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Payot vous propose d’aller à la rencontre des plus grands textes de la dramaturgie mondiale, à l’affiche des scènes romandes et dans votre librairie !
LA VOIX, LE TEXTE
La représentation théâtrale, l’une des plus anciennes formes d’expression et de transmission de la culture, n’a pas toujours été accompagnée d’une mémoire écrite : des grands auteurs de l’Antiquité à Shakespeare ou Molière, en passant par les trames de farces ou mystères médiévaux, bien nombreux sont les manuscrits disparus… Quant à la nécessité de la traduction, elle a longtemps empêché ou dénaturé la circulation des textes, grands ou moins grands, et reste toujours un frein à la diffusion des œuvres contemporaines. Heureusement, une part très généreuse du répertoire théâtral mondial – classique ou récent - est aujourd’hui facilement accessible, et permet de garder vivant le lien entre un texte et sa représentation ! En banales éditions de poche ou prestigieuses collections, parfois aussi en d’étranges fascicules à peine reliés, le théâtre se fait bibliothèque. Et quel plus grand plaisir, lorsque s’éteint la voix des acteurs, s’estompe la magie du spectacle, que de replonger au cœur de l’œuvre elle-même, et d’aller en lecteur à la rencontre d’un auteur dramatique ? Au fil de la saison théâtrale romande, cette rubrique traitera pour vous des textes à l’affiche également disponibles en librairie. Rideau !
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La Lettre au père de Franz Kafka, ou quand le simple témoignage d’affection filiale se mue en réquisitoire…
Jamais sans doute l’expression « tel père, tel fils » n’aura connu un si cinglant désaveu que chez les Kafka, famille de commerçants pragois aisés où le conflit fut permanent. Autant Hermann Kafka était massif, prétentieux et autoritaire, autant son aîné Franz (1883-1924) était fin, souffreteux, tourné vers la réflexion et l’écriture. La pression du premier sur le second fut constante, agressive, cruelle – et injuste, car le jeune garçon était sage et soucieux de plaire à ce bourgeois borné. Ses deux petits frères étaient pourtant morts tout enfants, mais cela n’incita guère le père à ménager son unique héritier, fâcheusement proche de sa famille maternelle, des intellectuels, plutôt que du solide négoce paternel.
Élégante, mesurée et poignante, la Lettre au père – jamais envoyée – fut écrite en 1919, alors que Kafka (à 36 ans !) avait dû rompre ses fiançailles faute de l’accord d’Hermann, et aurait pu être un sanglant règlement de compte. Renonçant au contraire à accuser, le fils brimé et déjà fort malade analyse avec subtilité de quel père, de quelle figure emblématique et tutélaire il aurait eu besoin pour grandir heureux et s’épanouir. La répétition des humbles regrets du fils pour sa responsabilité dans leur mésentente finit cependant par alerter, et peu à peu se révèle en creux l’impitoyable bilan d’une éducation totalitaire, dont l’objectif d’anéantissement faillit être atteint…
Comme il n’y a pas de justice, Franz Kafka, terrassé en 1924 par la tuberculose à l’âge de 41 ans, passera son éternité dans la même tombe que son père, qui lui survécut sept ans.
LETTRE AU PÈRE - Théâtre de Vidy-L, La Passerelle, Lausanne. Du 10.01. au 19.01.2012 et du 14.02. au 25.02.2012
– Renseignements et réservations : 021.619.4544 et www.vidy.ch
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Franz Kafka, Editions Gallimard, Folio, Poche, 2002, 98 pages
Prix : CHF 3.30
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