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Vogue. L’Inde, c'est tout un roman.


Michel Audétat

La littérature du sous-continent, bouillonne d’énergie. Les romanciers indiens présents dans la rentrée littéraire, comme Tarun J. Tejpal et Abha Dawesar, en apportent la preuve.


( © Sanjit Das ¦ onasia.com ) Des familles posent au Fort Rouge dans la Vieille Dehli, décor de Le Trône du paon, le beau roman de Sujit Saraf.

La vitalité du géant indien ne se manifeste pas seulement par la hausse de son PIB ou par l’essor des nouvelles technologies sous le ciel de Bangalore; elle s’exprime aussi dans son effervescence littéraire. L’Inde d’aujourd’hui est pétrie par des romanciers qui en tirent des livres ambitieux, inventifs, vastes et d’une fibre souvent épique. Ils pratiquent le roman comme un sport de combat.

L’Inde, qui possède deux langues officielles (l’hindi et l’anglais) et en reconnaît une vingtaine d’autres, impose à l’écrivain de choisir la sienne. Si les langues régionales ne sont pas délaissées, bien au contraire, l’anglais présente des avantages très concurrentiels. C’est la langue des élites urbaines, cultivées et acheteuses de livres. Celle, aussi, qui s’exporte le plus facilement. Rien d’étonnant, du coup, si les auteurs indiens présents dans la rentrée littéraire ont écrit leur roman en  anglais. Qu’il s’agisse de Sujit Saraf, d’Abha Dawesar ou de Tarun J. Tejpal.
Ce dernier n’est pas un inconnu: en 2006, la traduction française de son premier roman, Loin de Chandigarh (Buchet Chastel) fut un immense succès. Avec Histoire de mes assassins, il expose aujourd’hui le grand corps de l’Inde déchiré par ses contradictions, écartelé entre les violences héritées du passé et celles produites par la modernisation du pays. On en ressort comme piétiné par un milliard d’Indiens.
L’auteur a imaginé un personnage qui lui ressemble. Journaliste d’investigation comme lui. Menacé de mort et contraint de vivre sous la protection de gardes du corps comme Tarun J. Tejpal l’a été lui-même, après avoir dénoncé un scandale de corruption à grand fracas. Dans le roman, le journaliste est confronté à ceux qui voulaient le tuer, et leur histoire s’insère alors dans la sienne. Qui sont-ils donc?
Des damnés de l’Inde moderne. Des âmes égarées. Des princes de l’embrouille comme Tope qui doit fuir son village de l’Haryana après avoir trop joué du couteau. Ou des enfants à l’abandon, comme Kalya et Chini, qui font peu à peu leur éducation criminelle. Les pages évoquant les filouteries de ces derniers dans la gare de Dehli sont à couper le souffle. On y admire le talent à ciseler des personnages, le sens de la peinture sociale et la verve terriblement allègre qui se déploie jusque dans les moments les plus dramatiques.

Autre poids lourd, Sujit Saraf. Le trône du paon est un roman large comme le Gange qui charrie l’histoire indienne de 1984 à 1998, de l’assassinat d’Indira Gandhi aux élections ayant amené les nationalistes hindous au pouvoir. L’architecture du livre est sophistiquée. Sujit Saraf mêle les trames, multiplie les personnages, brasse les castes et les communautés religieuses, compose un grand roman symphonique de l’Inde en mouvement, mais tout cela concentré dans quelques rues grouillantes du vieux Dehli dont on découvre les replis et les secrets. On en recommande la visite.

Plus intimiste, Abha Dawesar filtre l’Inde contemporaine à travers la conscience d’un jeune garçon vivant avec ses parents médecins dans un minuscule dispensaire, mais sans être protégé de la maladie pour autant: «Et c’est là l’ironie de la chose, il n’a jamais développé de système immunitaire.» Cet enfant observe. Les voisins. Les patients qui défilent. Les manigances cupides de son oncle et de sa tante. Les rêves d’ascension sociale qui désagrègent les solidarités familiales. D’une écriture distanciée, ironiquement neutre, L’Inde en héritage est un roman puissamment évocateur qui semble comme enroulé sur lui-même.

Le Sri Lanka n’est pas l’Inde, bien sûr. On profitera malgré tout de cette escapade à travers le sous-continent pour signaler le premier roman d’une jeune Sri Lankaise établie aux Etats-Unis: Le sari rouge de V. V. Ganeshananthan. C’est une histoire de guerre, d’exil et d’identité souffrante. Mais aussi d’amour à l’ombre de la cause tamoule: les deux se conjuguant parfois difficilement: on apprend ainsi que le chef des Tigres tamouls avait interdit le mariage dans ses rangs avant de tomber lui-même amoureux.  

SOMMAIRE
ÉDITO.
ENTRETIEN. M. Assayas
VOGUE. L’Inde. Tout un roman
PRIVÉ. Noëlle Revaz
ROMANS FRANÇAIS (1)
ROMANS FRANÇAIS (2)
ROMANS TRADUITS (1)
ROMANS TRADUITS (2)
ESSAIS & DOCUMENTS
CRITIQUES I. Alice Munro
CRITIQUES II.
Jan Karski, M. Augé, F. Bon
CRITIQUES III.
A. Soler, Z. Zivkovic, I. Kadaré
CRITIQUES IV.
D. de Roulet, M. Arditi, J.-M. Lovay
LES ...
9782283022832.gif
Tarun Tejpal
Prix: CHF 40.00

9782246724612.gif
Sujit Saraf
Prix: CHF 41.10

... LIVRES
9782350871219.gif
Abha Dawesar
Prix: CHF 36.70

9782709629393.gif
V.V. Ganeshananthan
Prix: CHF 38.20