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«J’ai essayé de saisir la réalité de l’amour» Noëlle Revaz

Elle n’avait pas envie que le photographe aille chez elle. Normal lorsqu’on a été, des années durant, le numéro six de neuf frères et sœurs. «Pas de chambre à soi. Pas de bureau à soi. Beaucoup de fous rires.» Après, on protège sa chambre, son bureau, chez soi. En revanche, la forêt au-dessus de Lausanne, elle veut bien. Son autre chez soi. «J’adore la forêt, marcher, respirer. Etre seule, au calme.»
Noëlle Revaz, grande fille pâle, aérienne et dorée, est née en 1968, à quelques jours de Noël, forcément. Un père postier de Vernayaz, une mère suffisamment occupée entre la maison et la poste. Le Valais, donc. «Mais pas le Valais bucolique et charmant comme les non-Valaisans l’imaginent!» Plutôt la plaine et la route cantonale devant la maison. Du coup, adultes, les Revaz frères et sœurs se sont acheté un chalet au val d’Hérens. Depuis, elle navigue entre le Valais, le quartier de Beaulieu à Lausanne où elle est arrivée pour des études de lettres à la fin des années 80, et Paris. Toujours prête à partir, écrivain nomade qui tire son inspiration de «la vie», simplement, prodigieusement.
En 2002, le grand public la découvre grâce à la publication, remarquée pour un premier roman, de Rapport aux bêtes chez Gallimard. «Après Rapport aux bêtes, on me demandait sans cesse “à quand le prochain?” Mais je n’avais pas besoin d’écrire un roman. Rapport aux bêtes m’a habité longtemps.» Noëlle écrit depuis toujours, mais livre ses premiers textes pour la radio, en 1996, sous le pseudo de Maurice Salanfe. Elle tâte un peu d’enseignement mais, depuis 2001, ne vit que de sa plume. Ce qui signifie écrire pour le théâtre (comme avec le récent monologue Quand Mamie, joué à Vidy, publié dans la Nouvelle Revue française d’octobre), animer des ateliers d’écriture, faire des lectures, postuler pour des bourses d’écriture. Depuis un an, elle fait partie des joyeux mousquetaires de «Bern ist überall», une formation qui comprend cinq écrivains alémaniques, trois romands (Antoine Jaccoud, Daniel de Roulet et elle) et trois musiciens. Mêlant textes brefs et musiques, ils se produisent, avec un succès inédit, dans les soirées littéraires, les festivals, les théâtres.
Sept ans après Rapport aux bêtes, voici donc Efina. Fini la campagne, bonjour le théâtre, via une relation épistolaire époustouflante entre Efina et T., comédien réputé et ombrageux, qui s’écriront et s’aimeront, à leur manière, une vie durant. «Au début, Efina était une nouvelle. J’étais allée au théâtre un soir. J’avais rêvassé sur le thème des comédiens et des secrets. Mais les lettres que les deux personnages s’échangent m’ont entraînée. J’ai continué, influencée par les romans épistolaires sentimentaux du XVIIIe. Il y a une grande parenté entre les acteurs et les écrivains: le jeu entre le réel et le non-réel, la manière dont les deux doivent rentrer dans leur personnage...»
Efina est un roman d’amour, comme Rapport aux bêtes. «J’ai essayé de saisir la réalité de l’amour. Efina et T. essaient de l’attraper. Je pensais avoir écrit un livre pessimiste, mais non: peu importe leur capacité à vivre ce sentiment, c’est un fil éternel. Les lettres qu’ils échangent concrétisent leurs sentiments. Même si certaines sont des lettres d’adieu! Si on écrit à quelqu’un: “Je veux te dire que je ne souhaite plus te revoir”, c’est qu’on ne veut pas vraiment dire au revoir.»
Enfant, Noëlle Revaz a été frappée par les livres de la comtesse de Ségur. «Les rapports entre les gens, filles et mères par exemple, ne ressemblaient pas à ce que je connaissais. Ça m’intéressait prodigieusement.» Depuis, elle cherche sa propre langue étrangère. «A chaque texte, je cherche à m’approprier la langue, à la personnaliser à l’extrême.» Elle a écrit Efina partiellement à la main, ce qui ne lui était pas arrivé depuis longtemps. Allez comprendre.