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Beigbeder, coup de maître.
Les éditeurs le juraient au mois de juin, les libraires le crachaient, il n’y aurait pas de coup cette rentrée littéraire, pas de livre choc et sanglant sorti de tiroirs mystérieux au dernier moment, pas de correspondances glorieuses entre BHL et Houellebecq comme l’an dernier, pas de journaux intimes scandaleux de Christine Angot et Doc Gynéco qui allaient occuper tout l’espace, réduisant à néant les efforts de 600 autres écrivains. A peine un essai minute de Yann Moix sur Michael Jackson – mais arrivant après un tel déluge d’hommages sur papier ou à l’écran qu’il en passe inaperçu. Non, le coup est parti tout seul. On savait bien que Frédéric Beigbeder allait sortir un livre.
Mais cela ne faisait ni chaud ni froid à personne. Ses histoires de fêtard drogué dragueur divorcé ne faisait plus rire ni frémir. Mis à part le fan-club de femmes lectrices qui espéraient encore le consoler de la vie qui est méchante, on commençait à se lasser de ne pas l’aimer plus qu’il ne s’aimait lui-même. Une indifférence polie et routinière attendait la sortie de son Roman français chez Grasset.
Et soudain, au creux de l’été, la polémique a surgi: Beigbeder doit censurer des passages de son livre, injurieux envers un magistrat français. Ah, la bête vit encore. Et soudain, le 20 août, le livre sort – les journaux s’étalent, la presse louange, la radio l’invite à se raconter parmi, le menton en galoche de son hédonisme torturé se retrouve en photographie partout.
Pour vendre quoi? Deux livres en un. Deux paillassons de la littérature française, plutôt, sur lequel se sont essuyé les pieds tous les prétendants à la carrière de Grant écrivain: un classique récit d’enfance, doublé d’une harangue pamphlétaire qui dénonce les conditions de garde à vue dans les prisons de Paris. De l’autobiographie bête comme chou, du pamphlet premier degré: Beigbeder n’est rien moins en train de prouver que c’est dans les vieilles casseroles que l’on fait les meilleures soupes. Qu’en août 2009, cela intéresse, cela plaît, cela suscite débats et curiosité.
Je le dis sans ironie: chapeau bas. C’est un vrai coup. Que ce constat de pérennité du style vienne paradoxalement de celui qui a secoué autant qu’il a pu le cocotier du monde des lettres laisse inaugurer d’un avenir brillant pour le livre. La crise se cherche des valeurs refuges. On dirait bien qu’il faut miser sur les livres de Beigbeder.
Isabelle Falconnier, Rédactrice en chef adjointe, L’Hebdo
Conseils à un jeune écrivain.
Pour cette rentrée littéraire, les Editions Le Dilettante ont eu la bonne idée de rééditer un texte de François Nourissier datant de 1956 – qu’il avait alors signé du pseudonyme d’Albéric Norrit – intitulé Les chiens à fouetter, sous-titre: Sur quelques maux de la société littéraire et sur les jeunes gens qui s’apprêtent à en souffrir. Encore jeune écrivain – il a 29 ans et seulement trois romans publiés à son actif –, mais disposant d’un poste d’observation idéal des travers et facéties de l’édition parisienne de l’après-guerre, puisqu’il a occupé de 1952 à 1955 la fonction de secrétaire général des Editions Denoël, Nourissier imagine l’échange épistolaire entre un jeune provincial rêvant de «monter à Paris» et un grand écrivain soucieux de lui délivrer ses conseils.
Si ce texte, revu et corrigé pour cette nouvelle édition, a forcément vieilli par les noms qu’il cite – certains des auteurs à la mode à cette époque sont heureusement tombés depuis dans un oubli bien mérité! –, il semble toutefois que les méandres, chausse-trapes et passages obligés réservés à un jeune auteur n’ont guère changé. Féroce et drôle, Nourissier n’épargne personne, y compris les jurys des prix littéraires. Cocasse quand on sait qu’il sera lui-même, quelques années plus tard, membre, puis secrétaire général et enfin président de l’Académie Goncourt.
Le portrait le plus acide qu’il dresse est sans doute celui d’Aragon, alors grand manitou du versant communiste de la pensée française: «Un jeune homme de talent, en face des communistes en général et d’Aragon en particulier, est dans la situation d’une femme devant un homme qui la convoite. Traité avec une déférente sympathie tant qu’il n’a pas cédé, il se sentira un peu poule, après. On peut flirter avec les intellectuels du PC, mais on ne doit pas coucher. (…) C’est Elsa Triolet qui affirma un jour qu’il n’y avait pas d’exemple que, traité de flic par Aragon, on ne l’ait été ou le soit devenu. Ce petit milieu, en effet, si maladroit à se faire et à se conserver des amis, excelle à fabriquer des traîtres. De Nizan au jeune Gérard Prévot les exemples abondent, de ces métamorphoses, de ces trahisons “objectives”, sur lesquelles le maître à penser, à écrire en- vers et à peindre du PC ne s’explique pas volontiers.»
Et pour vous amuser après cette lecture revigorante, l’éditeur a imaginé, en accompagnement du livre, un «Jeu de l’oie du petit homme de plume», illustré par Maurice Henry. Interactif et moderne, donc!
Pascal Vandenberghe, Directeur Général, Payot Libraire











