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Avec «L’ombre de ce que nous avons été», ce Chilien qui vit en Espagne bricole un drôle de livre
à la fois baroque, aigre-doux et plein d’humanité.

Le dernier livre de Luis Sepúlveda n’est pas très gros. Dans ses 150 pages, L’ombre de ce que nous avons été concentre toutefois bien des rêves et des désillusions tout en revisitant par la bande – et à travers le passé de ses différents personnages − la biographie mouvementée de son auteur.
La vie de Luis Sepúlveda tient en effet du roman d’aventure et ne se départit pas d’un certain mystère. Né en 1949 à Ovalle, au nord du Chili, établi aujourd’hui dans les Asturies en Espagne, l’écrivain chilien a connu l’engagement politique au sein des Jeunesses communistes, la prison sous le régime d’Augusto Pinochet, l’exil. Il a sillonné l’Amérique du Sud en tous sens, fondé une troupe de théâtre en Equateur, s’est engagé dans la lutte armée aux côtés des sandinistes. Il a même partagé pendant un an la vie des indiens Shuars dans la forêt amazonienne, dans le cadre d’un programme de recherche de l’Unesco. En 1980, enfin, il s’exile en Europe, vit à Hambourg et Paris. Publié en 1992 en français, Le Vieux qui lisait des romans d’amour lui valut une renommée mondiale. Il sera suivi de nombreux livres. Devenu écrivain, Luis Sepúlveda n’en a pas oublié pour autant l’engagement, notamment en faveur des droits de l’homme et de la cause écologiste.
Après les histoires nomades de La lampe d’Aladin, paru l’an dernier, L’ombre de ce que nous avons été – qui a reçu en Espagne le Prix Primavera 2009 – semble un brin plus sédentaire. Ce récit éclaté nous ramène au Chili actuel et nous introduit dans le cercle désabusé de trois anciens militants gauchistes, amis sexagénaires et déglingués que la vie a séparés. Réunis à nouveau dans un entrepôt d’un quartier populaire de Santiago pour tenter un dernier coup, ils attendent l’arrivée d’un mystérieux personnage, le Spécialiste dit aussi l’Ombre, petit-fils de l’auteur de «la première attaque de banque dans l’histoire de Santiago». Un tourne-disque jeté par la fenêtre à la suite d’une dispute conjugale va bouleverser le cours des choses et déclencher une enquête policière permettant ainsi à Sepúlveda, fervent admirateur de l’écrivain français Jean-Patrick Manchette, de renouer avec un genre qu’il affectionne particulièrement.
La boisson, mais aussi la nourriture jouent un grand rôle dans ce roman plein d’humour. Il y a la sopaipilla, une galette frite de farine de blé et pulpe de courge bouillie que Lucho Arancibia, l’un des trois compères, verrait bien figurer dans les mots croisés de l’édition dominicale d’El Mercurio. On apprend ailleurs que les boudins, baptisés morcillas en Espagne, s’appellent prietas au Chili. Et aussi qu’il s’agit d’un pays où l’on fait un café exécrable, un véritable «traumatisme national» qui se transforme en nostalgie chez tous les Chiliens revenus chez eux après avoir vécu en Italie ou en France.
Bricolage baroque. Dans L’ombre de ce qui nous avons été, il pleut. Et il fait plutôt froid. Une humidité sournoise qui rend les âmes tristes et fait déraper le récit. On se souvient dès lors de «ce matin pluvieux de septembre où, à partir de midi, les horloges commencèrent à indiquer des heures inconnues, des heures de méfiance, des heures où les amitiés s’évanouissaient, disparaissaient, ne laissant que les pleurs épouvantés des veuves et des mères.»
L’auteur a dédié ce livre à ses «camarades, ces hommes et ces femmes qui sont tombés, se sont relevés, ont soigné leurs blessures, conservé leurs rires, sauvé la joie et continué à marcher». Grand bricolage baroque et libre épousant la logique capricieuse du souvenir, son texte prend à rebours nos habitudes et nos repères pour nous emmener toujours ailleurs. Au pays de Sepúlveda, un simple achat de volaille peut déboucher en quelques minutes sur la reconnaissance complice de deux êtres hantés par les mêmes ombres, un vendeur et un client réunis par «une même animosité envers les poulets et un même présent d’oiseaux déplumés».

L’enquêtrice Nastia Kamenskaïa a changé de travail.
Toujours passionnée et attachante, elle a quitté la brigade criminelle de Moscou pour un poste au tout nouveau service analytique qui devrait lui permettre de décrocher le grade de lieutenant-colonel. Ce travail apparemment plus tranquille ne l’empêche pas, toutefois, de se retrouver avec un cadavre sur les bras. Parmi les gens qui ont fréquenté cet étudiant sans histoire figurent un jeune et très beau chanteur à la voix magnifique mais à la cervelle d’oiseau ainsi qu’une belle orpheline dont les parents auraient été tués, il y a dix ans, par son propre grand-père. Et si l’énigme de ce nouveau meurtre se trouvait dans le passé?
Une fois de plus, l’écrivain Alexandra Marinina, qui fut elle-même lieutenant- colonel de police, nous fait partager avec finesse son regard sur le quotidien d’une société moscovite en pleine évolution – le livre date de 1998. Quant à la clé du mystère, elle surprendra, à n’en pas douter, les lecteurs de polars les plus blasés.

Poussé à bout par une mère possessive et trop exigeante, un adolescent des quartiers résidentiels de Tokyo, surnommé Le Lombric, finit par la tuer avec une batte de base-ball. En quittant sa maison, il croise toutefois sa jeune voisine alertée par le bruit et qui, malgré elle, se retrouve impliquée dans sa cavale ainsi que trois de ses amies.
Donnant à tour de rôle la parole à chacun des lycéens, Natsuo Kirino sonde l’univers tourmenté de l’adolescence. Moins cruel et outrancier que Out, Le vrai monde distille goutte après goutte le malaise d’une génération paumée, écrasée par les rêves de parents obnubilés par la réussite, une génération qui, sans vrai avenir ni repères, peine à sortir de l’enfance et tutoie la mort.