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Chessex, Zep, le message du plastique.
Jacques Chessex n’aimerait pas «Happy Sex» de Zep. Et Zep n’a sans doute pas Le dernier crâne de M. de Sade pour lecture de chevet. Pourtant ils sont tous deux frères en blister cette saison. Une mise sous plastique de leur œuvre la plus récente, à chacun, avec mention «Réservé aux adultes », qui n’a pas fait de mal à leurs chiffres de ventes mais qui a soulevé questions et débats − légitimes − sans fin en Suisse romande lorsque le roman posthume de Jacques Chessex est paru courant janvier.
Etait-ce justifié de le juger comme un vulgaire traité de pornographie appliquée? N’est-ce pas réduire ce roman intelligent et percutant à un étalage de débauche? Les lecteurs de cet auteur connu, reconnu et respecté, enterré avec les honneurs tout juste trois mois auparavant, avaient-ils réellement besoin de cet avertissement? Avec quelques semaines de recul, on peut remarquer que Le dernier crâne de M. de Sade caracole en tête des ventes en Suisse romande depuis sa sortie, juste devant Happy Sex, qui a tout simplement été la meilleure vente de l’année 2009 tous domaines confondus. Et qu’aucune horde d’adolescents boutonneux en rut ne s’est précipitée en librairie pour feuilleter le Chessex de la main gauche.
En revanche, avec ce blister incongru et inattendu, nous avons là une belle occasion de nous poser la question de l’audace littéraire. Qu’est-ce qui choque notre société? Qu’est-ce qui, partant, me choque dans un livre? Ce qui choque est-il plus ou moins intéressant que ce qui passe inaperçu? Dans le fond, on ne devrait lire un livre que s’il nous pousse dans nos retranchements. A quoi bon lire dix fois le même ouvrage? Chaque récit que nous entamons devrait être un blister que nous déchirons, une terra incognita d’idées nouvelles, dérangeantes, incorrectes, aventureuses et exotiques. Ils ne manquent pas, ces livres, à chaque rentrée littéraire, et celle de ce printemps ne fait pas exception. Le conflit d’Elisabeth Badinter oblige à poser un regard inquiet sur les femmes et mères d’aujourd’hui. Au bord du monde, signé Astrid Wendlandt, pousse nos pas jusqu’à des nomades d’un autre âge qui montrent qu’un autre monde est possible. Dans Lettres à Yves (parution le 4 mars), Pierre Bergé, veuf d’Yves Saint Laurent, livre un concentré de dandysme d’une élégantissime indécence. Je peux trouver dix raisons politiquement correctes de les mettre sous plastique. Ne reste qu’à le déchirer.
Isabelle Falconnier, Rédactrice en chef adjointe, L’Hebdo
La littérature ou la vie.
L’impossibilité d’écrire, l’angoisse de la page blanche: si tout écrivain a pu ressentir cet état, il reste aux yeux des non-écrivains un grand mystère incompréhensible, inaccessible. Et si beaucoup d’écrivains en parlent, peu le racontent. Considéré dans son pays, l’Uruguay, comme l’un des grands auteurs contemporains, Carlos Liscano nous narre dans L’écrivain et l’autre (Belfond) les affres de la création quand l’histoire reste bloquée, et que l’existence perd son sens alors que l’on vit pour l’écriture et que l’on n’a rien d’autre à quoi se raccrocher.
Commencé un an plus tôt, son roman reste désespérément en plan. Il y revient, corrige, récrit, rien à faire: la paralysie est totale. Alors Liscano décide de regarder les choses en face et fait ce constat: l’écrivain est une invention. Ecrire, c’est chercher ce qu’on ne trouvera pas. La littérature n’est pas un but, mais un territoire; pas un point, mais un lieu. Au fil de ses romans (quatre ont été traduits en français), l’écrivain a créé des personnages qui le suivent. Chacun d’entre eux a un peu de sa vie, quelque chose de lui, est lui. Au fil du temps, la distance entre l’écrivain et son œuvre devient indiscernable. Quand le livre s’écrit, qui pense ce qui se vit? Le personnage ou l’auteur? Qui invente qui? Ce livre (roman? méditation? essai?) très court, d’une grande sobriété de style et d’une magnifique sincérité, entre autoportrait impitoyable et brillante mise en abyme, recèle nombre de considérations d’une grande profondeur sur le créateur et sa création: «Le problème ce n’est pas la littérature. C’est la vie. Ma vie.».
Fortement influencée par ses deux «maîtres», Kafka et Céline, l’œuvre de Liscano a pris naissance durant ses treize années d’incarcération sous la dictature militaire uruguayenne dans les années 1970. Dans Le fourgon des fous (Belfond, 2003, 10/18, 2008), témoignage pudique et bouleversant sur l’univers carcéral et la torture, Liscano livrait une réflexion sur l’homme et son inextinguible appétit de vivre. Et, par-dessus tout, sur le pouvoir libérateur de l’écriture. C’est avec Souvenirs de la guerre récente (Belfond, 2007, 10/18, 2008) que Liscano s’inscrivit dans la lignée des plus grands chefs-d’œuvre latino-américains, bien qu’on y sente l’influence, dans l’écriture dépouillée et l’imaginaire absurde, du Désert des Tartares de Dino Buzzati: un jour, dans un pays inconnu, un homme est réquisitionné pour une guerre dont personne ne sait rien. Les jours et les années passent, mais l’ennemi reste invisible… Indéniablement, l’œuvre de Liscano, encore trop méconnue des lecteurs francophones, finira par trouver la place qu’elle mérite.
Pascal Vandenberghe, Directeur Général, Payot Libraire

Volontiers provocateur, ce philosophe traîne une réputation sulfureuse. Très en verve, il publie un livre qui réhabilite l’idée communiste.

La difficulté d’être père ou mère aujourd’hui est prise au sérieux et commentée par des spécialistes du domaine comme Elisabeth Badinter, Philippe Jeammet ou Martine Segalen.

L’auteure romande nous transporte en Sibérie avec son dernier roman. Rencontre.

Intrigues amoureuses et psychologiques, carnets intimes et récits de vies bouleversées: les écrivains francophones réchauffent la rentrée littéraire hivernale. Le dernier roman de Jacques Chessex la pousse même à l’incandescence.

L’Ukraine d’Andreï Kourkov, la Roumanie de Domnica Radulescu, le Paraguay de Lily Tuck ou l’Amérique mafieuse d’Alfio Caruso: les romanciers nous baladent d’un continent à l’autre.

Crimes et mystères se dégustent aussi en petit format. Du goulag russe au sud des Etats-Unis, secrets de famille et meurtres se mêlent. La violence, mais aussi la sensibilité et la romance sont au rendez-vous.

Mafia, assassinats, criminels de guerre et FBI. L’hiver prend des couleurs sombres, à l’image des essais portant sur l’histoire du XXe siècle. Dans un registre moins grave, on découvre la vie de Kate Moss et un tour en bicyclette au Japon.

Le climat, les banques et la crise économique figurent parmi les intérêts des essayistes. La place de la Suisse et les attaques sur son secret bancaire, au cœur de l’actualité, sont également traitées.

James Ellroy. L’art de la trahison. L’histoire sombre et violente des Etats-Unis entre 1968 et 1972, revue par un écrivain d’exception.


