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FÉVRIER 2009 : LES MEILLEURS LIVRES DU PRINTEMPS




© Stefan Schlageter

Six cents livres et le net. Et le lecteur ?

Est-ce la rentrée littéraire d’hiver ? De printemps ? Impossible à dire. Une chose est sûre: autant de livres – quelque 600 – paraissent désormais en français entre janvier et février qu’en septembre. Bonne, mauvaise nouvelle? C’est selon. La tendance est au flux ininterrompu de parutions durant l’année. Et, mieux, à l’extension du domaine de la lecture sur le net, puis du net au papier, dans un cycle imparable.

Après Didier Jacob («La guerre littéraire») et Pierre Assouline («Brèves de blog») , une anthologie de commentaires d’internautes sélectionnés par Assouline sur son blog La république des livres, c’est au tour de l’écrivain Eric Chevillard de publier un ouvrage reprenant les contenus de son blog L’autofictif. «Les 328 premiers billets de L’autofictif, publiés entre le 18 septembre 2007 et le 17 septembre 2008, sont désormais disponibles en librairie comme cela se faisait jadis», annonce benoîtement l’auteur à ses lecteurs.
Les raisons? «En septembre 2007, [pour] me distraire d’un roman en cours d’écriture, j’ai ouvert un blog, quel vilain mot (...) et je lui ai donné un vilain titre, plutôt par dérision envers le genre complaisant de l’autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie.» Chevillard prend goût, et même un goût «extrême», à cet exercice quotidien d’intervention dans ce «deuxième monde » que constitue aujourd’hui l’internet. Son identité de diariste s’en est trouvée du coup agréablement «fluctuante, trompeuse, protéiforme».

Plus proche de nous, l’écrivain et journaliste lausannois Gilbert Salem publie un gros roman, Trois hommes dans la nuit (Campiche), tout en renvoyant à son blog pour des chapitres inédits et des addenda s’intégrant dans le fil du livre. La raison? Gilbert Salem, s’il ne craint pas la page blanche, confie à L’Hebdo redouter le «baby blues» du livre terminé. Très bien. Mais le lecteur, dans tout cela? Cela fait-il son affaire que, «du blog au volume, le work in progress se fasse oeuvre», comme revendique Eric Chevillard? Qu’a-t-il fait au bon dieu de la littérature pour se retrouver noyé sous le verbiage sans fin d’écrivains incapables de limiter leur propre temps de parole? L’internet fait du bien à l’ego de l’écrivain, certes. Mais ma collection préférée s’appelle désormais Folio 2 E. Pour 120 pages et 4 petits francs, un texte court, incisif, limpide. Le choix d’un éditeur, la concision d’un auteur.

ISABELLE FALCONNIER, CHEFFE DE LA RUBRIQUE CULTURELLE DE L’HEBDO



Dans l’arrière-boutique

Sapins déshabillés, guirlandes rangées, le début de l’année est l’heure des «bilans et perspectives» dans la plupart des secteurs de l’économie. Le livre n’échappe pas à ce traditionnel passage en revue de l’année écoulée. Pour autant, ici comme ailleurs, l’analyse du passé récent ne donne plus guère d’indications fiables sur ce que sera l’avenir proche: on est passé du monde des prévisions à celui des prédictions, la seule certitude étant désormais qu’on a plus de chances de se tromper que de voir juste dès lors qu’on s’aventure à présager l’avenir. Nous ne nous y risquerons donc pas.

Quoi qu’il en soit, le livre en Suisse romande ne s’est jamais aussi bien porté: si au chœur des lamentations aiguës de la fin de la culture est venu s’ajouter celui des barytons de la «crise économique », force est de constater que le livre est et demeure un secteur en croissance. Et si l’on a été arrosé des «performances» des ventes de quelques auteurs phares – Levy, Nothomb et autres zauteurz- à-succès – les comptes dans l’arrière-boutique révèlent une autre réalité: celle de la saine dispersion des ventes sur un nombre de titres bien plus important que ce que donnent à voir et à imaginer quelques records de hit-parade. Démonstration. Pour ce qui concerne Payot dans son ensemble, les 100 meilleures ventes de l’année 2008 pèsent seulement 7% dans les ventes totales, les 500 premières moins de 15% et les 1000 premières moins de 20%. C’est dire si le prisme du «best-seller» est trompeur et ne représente qu’une infime partie de qui se vend réellement. Vous avez dit «diversité culturelle»? Avec 150 000 titres différents vendus au moins une fois dans l’année au sein de notre réseau, les lecteurs semblent bien échapper au conditionnement culturel.

À propos de best-seller: que trouve-t-on parmi les vingt meilleures ventes de littérature générale? De bonnes surprises! Quatre titres parus avant 2008, en l’occurrence les trois volumes de la désormais célébrissime trilogie Millénium (2007), ainsi que L’élégance du hérisson (2006); cinq livres labellisés «suisses», soit par l’auteur (Zep pour Titeuf et Jacques Chessex avec Pardon Mère) soit par le thème et l’éditeur (Histoire suisse chez LEP et deux livres chez Favre, UBS les dessous d’un scandale et Guérisseurs), mais aussi les deux livres traduits en français de Khaled Hosseini (Les cerfs-volants de Kaboul et Mille soleils splendides) ou encore le courageux Gomorra. Plutôt réjouissant, n’est-il pas?

PASCAL VANDENBERGHE, DIRECTEUR GÉNÉRAL PAYOT LIBRAIRE


Délaissant la satire sociopolitique, l'écrivain anglais
livre avec «La pluie, avant qu'elle tombe» une superbe histoire de filiation, intimiste et habitée.

Mémoire, tête et musique : les neurones sont à l'honneur. Avec des livres pour enrichir notre matière grise sans se casser les méninges.

«L'implacable brutalité du réveil» est son huitième roman.

Avec les nouveautés de Blaise Hofmann, Michel Layaz ou Jacques Chessex, les Romands ne comptent pas pour beurre dans cette rentrée en langue française !

Du Vietnam profond de Duong Thu Huong à l’Argentine de Norma Huidobro, les pages étrangères du printemps font valser pays, paysages et personnages inoubliables.

Rien ne vaut un flic pourri ou un journaliste dépressif pour plonger dans les secrets d’une société: la preuve par l’inusable Arnaldur Indridason ou l’Iranienne Naïri Nahapétian.

Charles Darwin, physique, moeurs des animaux: si les essais de la rentrée font la part belle aux sciences plus ou moins dures, psychanalyse et philosophie ne sont pas en reste.

L’Allemagne du Reich, autour du film «Walkyrie», fait l’objet de plusieurs essais passionnants. Quant à Jérôme Garcin et à Catherine Clément, ils se livrent bellement à nous…

En quête de mémoires. Avec «Le septième voile», le grand auteur espagnol interroge l'amnésie sur fond de Seconde Guerre mondiale.
  • Maris, Dostaler et le capital de la mort
  • Philippe Dutilleul - Belgique à l’aigre-doux
  • François Heisbourg - Penser l’après al-Qaida
  • Odes à l’enfant - Trois ouvrages remettent l’enfant au cœur des débats
  • Robert Greenfield - Les Stones en enfer
  • Christopher Hitchens - Dieu, au rapport !
  • Félix Vallotton - Le peintre a aussi écrit trois romans, dont  le posthume «La vie meurtrière», fable sombre et personnelle
  • George Sand - Avec «Elle et lui», George Sand raconte son amour passionné pour le poète
  • Henning Mankell - «Le cerveau de Kennedy». Ce dernier roman nous plonge dans une Afrique rongée par le sida

Jean Calvin - À quelques mois de fêter les 500 ans de la naissance du réformateur, deux livres pour ne pas mourir idiot.
SOMMAIRE

ENTRETIEN.
Jonathan Coe

VOGUE.
Le cerveau

PRIVÉ.
Pascale Kramer

ROMANS FRANÇAIS

ROMANS TRADUITS

POCHES & POLARS

ESSAIS & DOCUMENTS I

ESSAIS & DOCUMENTS II

CRITIQUES I.
J. M. de Prada

CRITIQUES II.
Capitalisme, Politique, Terrorisme

CRITIQUES III.
Famille, Stones, Dieu

CRITIQUES IV.
Vallotton, Sand, Mankell

CRITIQUES V.
Jean Calvin