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Six cents livres et le net. Et le lecteur ?
Est-ce la rentrée littéraire d’hiver ? De printemps ? Impossible à dire. Une chose est sûre: autant de livres – quelque 600 – paraissent désormais en français entre janvier et février qu’en septembre. Bonne, mauvaise nouvelle? C’est selon. La tendance est au flux ininterrompu de parutions durant l’année. Et, mieux, à l’extension du domaine de la lecture sur le net, puis du net au papier, dans un cycle imparable.
Après Didier Jacob («La guerre littéraire») et Pierre Assouline («Brèves de blog») , une anthologie de commentaires d’internautes sélectionnés par Assouline sur son blog La république des livres, c’est au tour de l’écrivain Eric Chevillard de publier un ouvrage reprenant les contenus de son blog L’autofictif. «Les 328 premiers billets de L’autofictif, publiés entre le 18 septembre 2007 et le 17 septembre 2008, sont désormais disponibles en librairie comme cela se faisait jadis», annonce benoîtement l’auteur à ses lecteurs.
Les raisons? «En septembre 2007, [pour] me distraire d’un roman en cours d’écriture, j’ai ouvert un blog, quel vilain mot (...) et je lui ai donné un vilain titre, plutôt par dérision envers le genre complaisant de l’autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie.» Chevillard prend goût, et même un goût «extrême», à cet exercice quotidien d’intervention dans ce «deuxième monde » que constitue aujourd’hui l’internet. Son identité de diariste s’en est trouvée du coup agréablement «fluctuante, trompeuse, protéiforme».
Plus proche de nous, l’écrivain et journaliste lausannois Gilbert Salem publie un gros roman, Trois hommes dans la nuit (Campiche), tout en renvoyant à son blog pour des chapitres inédits et des addenda s’intégrant dans le fil du livre. La raison? Gilbert Salem, s’il ne craint pas la page blanche, confie à L’Hebdo redouter le «baby blues» du livre terminé. Très bien. Mais le lecteur, dans tout cela? Cela fait-il son affaire que, «du blog au volume, le work in progress se fasse oeuvre», comme revendique Eric Chevillard? Qu’a-t-il fait au bon dieu de la littérature pour se retrouver noyé sous le verbiage sans fin d’écrivains incapables de limiter leur propre temps de parole? L’internet fait du bien à l’ego de l’écrivain, certes. Mais ma collection préférée s’appelle désormais Folio 2 E. Pour 120 pages et 4 petits francs, un texte court, incisif, limpide. Le choix d’un éditeur, la concision d’un auteur.
• ISABELLE FALCONNIER, CHEFFE DE LA RUBRIQUE CULTURELLE DE L’HEBDO
Dans l’arrière-boutique
Sapins déshabillés, guirlandes rangées, le début de l’année est l’heure des «bilans et perspectives» dans la plupart des secteurs de l’économie. Le livre n’échappe pas à ce traditionnel passage en revue de l’année écoulée. Pour autant, ici comme ailleurs, l’analyse du passé récent ne donne plus guère d’indications fiables sur ce que sera l’avenir proche: on est passé du monde des prévisions à celui des prédictions, la seule certitude étant désormais qu’on a plus de chances de se tromper que de voir juste dès lors qu’on s’aventure à présager l’avenir. Nous ne nous y risquerons donc pas.
Quoi qu’il en soit, le livre en Suisse romande ne s’est jamais aussi bien porté: si au chœur des lamentations aiguës de la fin de la culture est venu s’ajouter celui des barytons de la «crise économique », force est de constater que le livre est et demeure un secteur en croissance. Et si l’on a été arrosé des «performances» des ventes de quelques auteurs phares – Levy, Nothomb et autres zauteurz- à-succès – les comptes dans l’arrière-boutique révèlent une autre réalité: celle de la saine dispersion des ventes sur un nombre de titres bien plus important que ce que donnent à voir et à imaginer quelques records de hit-parade. Démonstration. Pour ce qui concerne Payot dans son ensemble, les 100 meilleures ventes de l’année 2008 pèsent seulement 7% dans les ventes totales, les 500 premières moins de 15% et les 1000 premières moins de 20%. C’est dire si le prisme du «best-seller» est trompeur et ne représente qu’une infime partie de qui se vend réellement. Vous avez dit «diversité culturelle»? Avec 150 000 titres différents vendus au moins une fois dans l’année au sein de notre réseau, les lecteurs semblent bien échapper au conditionnement culturel.
À propos de best-seller: que trouve-t-on parmi les vingt meilleures ventes de littérature générale? De bonnes surprises! Quatre titres parus avant 2008, en l’occurrence les trois volumes de la désormais célébrissime trilogie Millénium (2007), ainsi que L’élégance du hérisson (2006); cinq livres labellisés «suisses», soit par l’auteur (Zep pour Titeuf et Jacques Chessex avec Pardon Mère) soit par le thème et l’éditeur (Histoire suisse chez LEP et deux livres chez Favre, UBS les dessous d’un scandale et Guérisseurs), mais aussi les deux livres traduits en français de Khaled Hosseini (Les cerfs-volants de Kaboul et Mille soleils splendides) ou encore le courageux Gomorra. Plutôt réjouissant, n’est-il pas?
• PASCAL VANDENBERGHE, DIRECTEUR GÉNÉRAL PAYOT LIBRAIRE












