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FÉVRIER 2008 : LES MEILLEURS LIVRES DU PRINTEMPS



© Matthieu Gadoin
© Matthieu Gadoin

UN DESTIN SINON RIEN      Isabelle Falconnier, Cheffe de la rubrique culturelle de L'Hebdo

ELLE S'APPELLE ANNE BUGNON. Elle habite Cugy dans la Broye fribourgeoise, où elle est notamment archiviste paroissiale. Elle a quatre grands enfants musiciens ou professeurs. Mais Anne est née Anna Szatkowska en Silésie en 1928. Sa mère était l’écrivaine polonaise Zofia Kossak. Anna a 16ans lorsqu’elle rejoint les insurgés qui, en août et septembre 1944, se soulèvent contre l’occupant allemand. Après 63 jours, 250 000 personnes sont mortes, les survivants sont déportés et la capitale détruite. Aujourd’hui, «grand-maman Anne» raconte dans La maison brûlée (Noir sur Blanc) comment, un bel été 1939, tout a basculé.

ELLE S'APPELLE KVETA LEGATOVA. À 81 ans, en 2001, elle a reçu le Prix de l’Etat tchèque pour la littérature en 2001 après avoir écrit La belle de Joza (Noir sur Blanc), une histoire d’amour dramatique entre une jeune médecin de la ville, résistante tchèque contre les nazis, et un paysan des montagnes de Moravie. Kvieta Legátová, de son vrai nom Vera Hofmanova, a longtemps été reléguée dans ces montagnes isolées par les autorités communistes qui voyaient en cette enseignante un «cas problématique». La belle de Joza, c’est elle.

ELLE S'APPELLE MARINA TSVETAEVA.En1941, elle est évacuée de Moscou devant l’avance des troupes allemandes avec son fils Gueorgui, et se retrouve à Elabouga, une petite ville de l’extrême est russe. Privée de tout soutien, son mari Sergueï Efron et leur fille Adriadna ayant été arrêtés deux ans plus tôt, elle se pend le 30août, deux mois avant que son mari ne soit exécuté, trois ans avant la mort de son fils sur le front de Lettonie en 1944. Libérée en 1955 seulement, sa fille Adriadna se consacre dès lors à sa mère, recherchant manuscrits, inédits, lettres. Ce qu’elle raconte dans Marina Tsetaeva, ma mère (Syrtes).

TROIS LIVRES, TROIS DOCUMENTS POIGNANTS DE CE DÉBUT DE PRINTEMPS, trois destins, trois histoires dans l'Histoire qui rappellent avec force que la vie des nations est d'abord celle des gens qui habitent ses villes, ses villages, qui y vivent et meurent.





« CRONOPE » OU « FAMEUX », COMMENT SAVOIR ?      Pascal Vandenberghe, Directeur Général  de Payot Libraire

ON QUALIFIE certaines œuvres de « météores » : ce terme désigne un livre considéré comme la seule œuvre marquante et fulgurante d’un écrivain, quel que soit le nombre de textes qu’il aura publiés. Cette appellation s’applique par exemple à Au- dessous du volcan, de Malcom Lowry, qui ressort dans la collection « Cahiers rouges », ou bien au Manuscrit trouvé à Saragosse de Jean Potocki, dont Garnier-Flammarion propose les deux versions – fort différentes l’une de l’autre – rédigées par l’auteur, l’une de 1804, l’autre de 1810.

POUR NOMBRE D’ÉCRIVAINS, l’ensemble de leurs romans forme une œuvre patiemment construite dans laquelle un ordre logique – ou pas, c’est selon – de lecture permet de suivre les étapes de leur puissance créatrice, et de saisir toutes les facettes de leur art. Parmi les auteurs contemporains, bien que dans des genres très différents, on pourrait citer Patrick Modiano, Paul Auster, Mario Vargas Llosa ,Vassili Axionov. Et Julien Gracq, évidemment, récemment disparu mais immortalisé de son vivant dans La Pléiade, qui écrivait : « Notre idée de l’immortalité, ce n’est guère que la permission pour quelques-uns de continuer à vieillir un peu une fois morts. »

POUR D’AUTRES ENCORE, un de leurs livres peut être considéré comme leur acmé littéraire, mais son accessibilité est conditionnée par la lecture préalable de textes qu’on pourrait qualifier d’initiatiques, car ils permettent, par cercles successifs, de se rapprocher de l’univers particulier qu’ils ont créé pour en trouver la clé d’accès.  Dans cette catégorie, des noms viennent spontanément à l’esprit, notamment, parmi les Sud-américains qui y sont bien représentés, ceux du Mexicain Carlos Fuentes avec Terra Nostra ou du Cubain José Lezama Lima avec Paradiso, par exemple.

C’EST LE CAS également de Julio Cortázar, un Argentin – bien que né à Bruxelles ! – , dont la lecture de Marelle, œuvre centrale, sera facilitée par une lecture de ses nouvelles avant que de s’y frotter. Et l’occasion se présente de (re)découvrir ce grand écrivain, avec la publication dans la collection « Quarto » (Gallimard), des Nouvelles, histoires et autres contes. Des influences initiales (Henry James et Edgar Poe) très sensibles dans ses premières nouvelles, il va peu a peu se détacher pour affirmer son propre style, créer un univers singulier. Êtes-vous un « Cronope » ou un « Fameux » ? Vous le découvrirez en lisant ce livre… Et votre vie en sera définitivement changée.


Et si notre pollution n’était que le prolongement de notre instinct de propriété? Le philosophe français poursuit dans «Le mal propre» sa réflexion sur le processus d’hominisation de l’humanité.

Terrorisme rouge et noir, assassinats d’Aldo Moro et de Pier Paolo Pasolini... Avec Enrico Fenzi, Alberto Garlini et Leonardo Sciascia, retour sur un passé qui ne passe toujours pas.

«Pourquoi j’écris? Pour savoir qui je suis, qui j’étais, qui je serai, parce que «je» c’est aussi «l’autre». Bessora, son choix de vie.

Nicolas Bouvier disparu il y a dix ans, les origines de l’homme, l’écologie urbaine ou les carnets inédits de la poétesse Marina Tsvetaeva sont autant de matière à essais et documents fascinants.

Des sombres années 40 en Europe et en Suisse au plaisir sexuel, le champ des essais est infini. Deux auteurs phare, Axel Kahn et Philippe Breton, reviennent avec des livres passionnants.

Les images poétiques peuvent cacher d’autres images: celles que les gens de plume tracent en marge de leurs œuvres. À découvrir dans «L’un pour l’autre les écrivains dessinent».
  • Israël - L'imaginaire comme résistance
  • Avec ou sans bébé - La romancière Anne Enright s'interroge sur la maternité, Macha Méril sur son absence.
  • Imre Kertész - La joie du Nobel
  • Simone de Beauvoir - Les vies de Beauvoir
  • Balthus - Balthus vivant
  • Serge Tisseron - Le beau rêve réel du virtuel
  • Jean-Christophe Rufin - La médecine d'abord
  • Patrick Rotman - Le Mai 68 sans peine
  • Jules Verne et l'horloger fou
  • Richard Flanagan - Aljaz meurt et se souvient
SOMMAIRE
Pour poursuivre votre lecture :
ÉDITO.
ENTRETIEN. Michel Serres
VOGUE. Italie
PRIVÉ. Bessora
Romans français
Romans étrangers
Poches & Polars
Essais & Documents I
Essais & Documents II
CRITIQUES I. Les écrivains dessinent
CRITIQUES II. Israël, Avec ou sans bébé
CRITIQUES III. Imre Kertész, Simone de Beauvoir, Balthus
CRITIQUES IV. Serge Tisseron, J.-C. Rufin, P. Rotman
CRITIQUES V. Jules Verne, R. Flanagan