FÉVRIER 2006 : LES MEILLEURS LIVRES DU PRINTEMPS
JE VIS DONC JE LIS. Isabelle Falconnier, Cheffe de la rubrique culturelle de L'Hebdo. Pourquoi lisons-nous, finalement ? Pourquoi prendre cette peine ? Se plonger dans cette activité abstraite, étrange, autiste qui ne consiste pas à construire des maisons, des ponts, faire un gâteau aux pommes ou skier avec les enfants ? Réponse dans un petit livre de la rentrée des essais, comme on dit de ces livres qui lancent comme des bouteilles à la mer des explications du monde dans les rayons des librairies, soit
La Leçon de choses de Stéphane Ferret [Seuil] : « Le monde n’est pas une bibliothèque. Ce qui motive l’activité philosophique n’est pas tant la lecture qui présuppose elle-même cette motivation que la présence insolite du monde et la relation que nous entretenons avec lui. »
Ce qu’il dit de la philosophie s’applique bien sûr à la littérature : je lis parce que je vis. Je lis parce que j’aime, j’ai aimé, j’ai pleuré, j’ai grandi. Je lis pour rencontrer ma mère morte depuis quinze ans, comme John Berger [
D’ici là, L’Olivier] au détour d’une rue de Lisbonne, et lui parler, et lui raconter mon premier amour. Je lis pour faire sortir Alice du Pays des Merveilles et permettre à la petite fille malade de Jean-Marie Gourio [
Alice dans les livres, Julliard] de la rencontrer enfin. Je lis pour me grandir, devenir un géant qui avale le monde, pour faire ce que je ne peux faire que dans les livres, dans ma tête, dans mes rêves.
LE LIVRE, CADEAU PARFAIT. Pascal Vandenberghe, Directeur général de Payot Libraire. La « seconde » rentrée littéraire : c’est ainsi que l’on surnomme cette forte période qu’est devenu au fil du temps le premier trimestre. Depuis plusieurs années en effet, les éditeurs de littérature ont réparti sur deux périodes de l’année la majeure partie de leur production éditoriale. Alors que les romans susceptibles d’être dans la course aux prix littéraires automnale paraissent durant les mois d’août, septembre et octobre, les livres d’auteurs déjà reconnus sont pour beaucoup publiés de janvier à mars. C’est ainsi que paraissent ces temps-ci les derniers romans de J.-M. Le Clézio, Philippe Solers ou encore Jean Echenoz. Un rythme à deux temps s’est installé, d’autant plus équilibré que nombre de premiers romans ou de livres d’auteurs confirmés sont venus petit à petit renforcer encore la force éditoriale des premières semaines de l’année.
« Tout, au monde, existe pour abouti à un livre » écrivait Mallarmé. Cette citation s’applique particulièrement aux essais et documents, ce que le lecteur pourra vérifier dans nos sélections de ce numéro aux sujets aussi divers et variés que le climat, les femmes scientifiques, ou… l’avenir du livre lui-même à travers l’ouvrage du philosophe Georges Steiner. Poches et grand format, romans et essais : nous nous sommes efforcés de vous apporter de quoi passer agréablement les nuits encore longues avant l’arrivée prochaine du printemps !
L’écrivain français et énergumène littéraire hors norme, relit le philosophe avec une verve et une empathie extraordinaires. A la clé: la possibilité d’une « Vie divine ». Là, tout de suite. Propos recueillis par Isabelle Falconnier.
Aimer, ça s’apprend? D’Yves Simon à Serge Safran, de Jean-Paul Enthoven à Ahlam Mosteghanemi, les héros des romans d’aujourd’hui tatônnent dans la jungle des sentiments qui naissent, emportent tout, et parfois ne laissent rien. Par Isabelle Falconnier.
L’homme d’affaires et mécène genevois vit dans une très belle demeure entourée d’un parc. Un coin de nature en pleine ville où est né son nouveau roman, La pension Marguerite. Par Mireille Descombes.
Des auteurs célèbres, de Jean Echenoz à J.-M. G. Le Clézio; des auteurs à l'oeuvre déjà riche mais qui n'ont pas encore trouvé l'audience qu'ils méritent, comme le Suédois Enquist ou le Japonais Murakami; des auteurs romands, Ivan Farron et Jacques-Etienne Bovard, dont le talent s'affirme livre après livre.
Riche moisson, avec l'événement que constitue la parution des oeuvres de Marc Bloch, qui rejoint ainsi Hanna Arendt et Raymond Aron dans la collection Quarto, et dont l'humanisme donne la tonalité des réflexions sur l'homme et la société qui prédomine dans les choix de nos libraires.
René Girard, Panaït Israti, Philip Roth : chacun dans son genre, ces grands maîtres ont construit leur oeuvre patiemment. C'est bien à cela que l'on reconnaît les grands écrivains : ils sont l'auteur non pas d'un livre, mais d'une oeuvre.