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Juin 2010 : Les meilleurs livres de l'été




© Pierre-Emmanuel Lemaire

Tous à l’Ouest !

Tous à l’Ouest ! L’été sera américain. Une avalanche de romans inspirés de la conquête de l’Ouest sortent des officines des éditeurs en cette fin de printemps, plaçant l’été sous le signe des grands espaces, des terres neuves et des rêves de nouvelles vies.

En tête, Points Seuil, qui publie quelques superbes histoires dans la veine du nouveau western: La rivière des Indiens de Jeffrey Lent, qui suit Blood, veuf, dans un pays sans frontières où l’hiver rend fous trappeurs, hors-la-loi et fermiers miséreux; Texas, la fantastique saga familiale de James Michener à travers l’histoire à la fois espagnole, américaine, mexicaine et indienne du Texas; L’agent indien de Dan O’Brien, ou le face-à-face entre un médecin militaire responsable d’une réserve dans les Grandes Plaines et le chef indien qu’il tente de civiliser; ou encore La porte d’or de Michel Le Bris, qui a mis ses pas dans ceux de London et de Stevenson pour raconter la Californie à l’époque de la ruée vers l’or. Les autres éditeurs emboîtent le pas. Pour ne citer que quelques titres parmi les plus formidables: Montana 1948 de Larry Watson, Indian Creek et Avant la nuit de Pete Fromm chez Gallmeister, et deux récits aussi dramatiques que romanesques chez Belfond, Mississippi de Hillary Jordan ou L’histoire très ordinaire de Rachel Dupree d’Ann Weisgarber.

Qu’est-ce qui fait qu’un pays, une région, un moment de l’histoire deviennent un réservoir sans fond où artistes et écrivains puisent sans cesse, tirant, génération après génération, matière à littérature, à fictions et à mémoires? Tout comme la route de la soie, l’Ouest est constitué des rêves et fantasmes que ses nouveaux habitants ont plaqués sur lui pendant trois siècles. En 1790, on recensait quelque 100 000 Américains à l’ouest des montagnes Appalaches. En 1840, ils étaient 7 millions. Quelle somme colossale d’histoires humaines, de destins accrochés aux pistes poussiéreuses, d’attentes déçues ou comblées! De la ruée vers l’or à la construction du chemin de fer qui la rendit possible, l’Ouest américain, et avec lui la Frontière qu’il a symbolisée, est un territoire symbolique, mental, fantasmé, avant d’être géographie. En 1890, la Frontière est officiellement close: le territoire américain est désormais colonisé. Heureusement pas les esprits ni l’imagination, qui dès lors s’est emparée de l’Ouest pour y bouleverser les clichés, revisiter sans cesse l’histoire officielle et donner la parole à des héros qui ne l’avaient jamais eue. Pour les écrivains, la Frontière n’a jamais disparu.

Isabelle Falconnier, Rédactrice en chef adjointe, L’Hebdo



Le grand reporter, témoin de son temps.

Tout au long du XIXe siècle, journalisme et littérature ne font qu’un: les grandes plumes de la presse française ont des ambitions littéraires et, à l’inverse, nombre de romanciers (Nerval, Dumas, Théophile Gautier, Balzac, etc.) travaillent pour un journal. Au début du XXe siècle, les deux professions deviennent distinctes. Si une ligne de partage se dessine clairement, le grand reporter-écrivain sera incarné par de grandes figures: Joseph Kessel bien sûr, dont Gallimard publie Reportages, romans dans «Quarto» et Tallandier, 6 volumes de reportages. De Colette, on connaît plus la romancière que la journaliste, qui écrivit pourtant plus de 1200 articles, guidée par l’obsession de la «chose vue». Un choix de 132 articles nous est donné par Gérard Bonal et Frédéric Paget, dans Colette journaliste (Seuil). Moins connu, Ryszard Kapuscinski fut l’un des grands; Flammarion réédite (en rétablissant des passages censurés) deux de ses livres: Le shah et Le négus.

À partir des années 80, la fonction de grand reporter perd de sa noblesse. Il devient un journaliste comme un autre, la presse – francophone en tout cas – ne lui accorde plus la place et le rang qui ont fait sa gloire. Dès lors, c’est presque uniquement dans les livres que les grands reporters trouvent un lieu de publication accueillant, ce qui modifie sensiblement leur approche: les règles du journalisme sont oubliées ou contournées, au profit d’une démarche plus personnelle. Plus littéraire aussi. L’ancien correspondant de guerre Jean Hatzfeld, avec ses ouvrages sur les conflits en ex-Yougoslavie ou au Rwanda, en est un bel exemple. Autre figure incontournable de ce genre littéraire, Hunter S. Thompson, inventeur du journalisme «gonzo», dans lequel le journaliste est à la fois auteur et héros. Excessif et déjanté, l’auteur de Las Vegas parano (10/18) finira par se tirer une balle dans la tête en 2005. William McKeen fait son portrait dans Hunter S. Thompson: journaliste & hors-la-loi (Tristram). Plus proche de nous, après La Chinafrique (Grasset, 2008, coécrit avec Michel Beuret), Serge Michel nous revient avec un regard nouveau porté sur l’Iran dans Marche sur mes yeux (Grasset, avec des photos de Paolo Woods).

Enfin, on saluera l’excellente revue trimestrielle «XXI», créée sur le modèle de Granta, revue anglaise de narrative writing (avec des dossiers de 10 à 30 pages par sujet), qui connaît en librairie un succès très étonnant, ce qui montre bien que le public est resté, quant à lui, très attaché au grand reportage de qualité.

Pascal Vandenberghe, Directeur Général, Payot Libraire

L’Américaine de Londres, auteur du best-seller «La jeune fille et la perle», fait vivre dans un épatant «Prodigieuses créatures» des chercheuses de fossiles dans l’Angleterre du XIXe siècle.

De William Dalrymple à Reif Larsen, Oya Baydar ou Jean-Marie Laclavetine, ils sont partis sur les routes d’Inde, d’Amérique ou de Croatie pour trouver un chemin plus qu’une destination. Des livres toniques et inspirants.

Des lettres et un haubois. «La beauté du geste» fait un saut en avant et arpente l’univers d’un orchestre classique à Genève, de nos jours, qui interprète un soir la Messe en si de Bach. Rencontre.

L’embarras du choix! De nouveaux textes paraissent, sous les plumes de Charles Lewinsky et Martin Suter. Les stars Nancy Huston, William Boyd et Stewart O’Nan sont également au rendez-vous.

Un David Lodge tout en finesse, l’émotion et la pudeur chez Yvette Z’Graggen ou le réquisitoire de Didier Decoin à propos d’un fait divers. Dans la poche, de grands écrivains à emmener partout.

Le crime ne connaît pas de trêve estivale. Que ce soit dans les bas-fonds de l’Afrique du Sud, du Pays de Galles, des Pouilles ou de l’Argentine, la face la plus sombre de l’humanité reste une source d’inspiration inépuisable pour les écrivains.

Afrique du Sud, Iran, Chine ou Palestine: des ouvrages décryptent ces pays inscrits dans l’actualité. Les terrains numériques et les pièges de la séduction en ligne ne sont pas oubliés, grâce au nouveau livre de Jean-Claude Kaufmann.

Histoires de famille, romans initiatiques et récits d’aventures: cette sélection de littérature destinée aux adolescents traite sans tabou de thèmes éternels comme le suicide, la mort, l’amour et les liens entre parents et enfants.

Douglas Coupland. En mode jPod. La génération x a muté geek ...

  • Simenon voyage en noir et blanc. Les romans dit «du monde» du magnifique écrivain belge paraissent en oeuvres complètes. Une si belle errance.
  • Ecologie à la chinoise – L’écrivain Qiu Xialong aborde le grave problème de la pollution.
  • Braquage argentin – Dans Argent brûlé, Ricardo Piglia mêle avec art fait divers et fiction.
  • Ramon Chao. Défaite espagnole - «L’odyssée du Winnipeg» est un roman picaresque pris dans la guerre d’Espagne. Il ne manque ni de souffle ni de verve.
  • Puissance imprévisible – Alberto Barrera Tyszka réussit un beau roman sur le thème difficile de la maladie.
  • Un amour fou et après – Les allers et retours Rome-Sarajevo, grinçants et sublimes, de Margaret Mazzantini.
  • Rufin, un thriller du djihad - Fiction politique et roman d’espionnage, truffé de détails, «Katiba» traite de la diplomatie et du terrorisme.
  • Plume fugue – Lily Petite, l’héroïne d’Amélie Plume, recontre l’amour dans un train.
  • Trafics de femmes – Adrian Lesniak signe un thriller impitoyable sur les filières du proxénétisme.
SOMMAIRE

ENTRETIEN.
Tracy Chevalier

VOGUE.
Voyage. À la recherche de l’âme perdue.

PRIVÉ.
Catherine Fuchs.

ROMANS SUISSES ET ÉTRANGERS

POCHE

POLARS

ESSAIS

JEUNESSE

CRITIQUES I.
Douglas Coupland

CRITIQUES II.
- Georges Simenon
- Qiu Xialong
- Ricardo Piglia

CRITIQUES III.
- Ramon Chao
- Alberto Barrera Tyszka
- Margaret Mazzantini

CRITIQUES IV.
- Jean-Christophe Rufin
- Amélie Plume
- Adrian Lesniak