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Son pied-à-terre parisien est à deux minutes de marche du Café de Flore. Du premier étage, plus précisément, où ce beau gosse rigolard donne tous ses rendez-vous et prend une bonne partie de ses repas, en adorateur déclaré de la vie à la française. En français dans le texte, s’il vous plaît: on aura beau supplier, argumenter que l’on rêve d’exercer son anglais avec un natif de Manhattan, rien à faire. Douglas Kennedy veut parler français, langue qu’il apprend depuis sept ans, depuis qu’il a acheté («Pas plus cher qu’une BMW») cette chambre de bonne dans le Ve arrondissement de Paris, au fond d’une impasse débouchant sur les artères bobo-chic de la capitale. Il y passe une semaine par an, pour écrire, et parce qu’il aime Paris – «cette ville m’inspire». A Londres, dans un quartier chic et familial, sa femme Grace et leurs deux enfants de 11 et 15 ans l’attendent dans une grande maison victorienne. Ce grand garçon tout simple, exilé à Dublin à 22 ans, où il fonde une compagnie de théâtre, puis à Londres à 33 ans, où il donne dans le journalisme free-lance et le récit de voyage, a publié son premier livre, un récit de voyage justement, en 1988. Mais c’est avec L’Homme qui voulait vivre sa vie, publié en 1996 et traduit en France en 1998, qu’il connaît un succès international. Depuis, les best-sellers s’enchaînent: Les désarrois de Ned Allen, La poursuite du bonheur, Rien ne va plus, Une relation dangereuse ou Les charmes discrets de la vie conjugale. Dans un coin de la chambre de bonne, un grand lit. Devant la fenêtre, un bureau avec l’ordinateur. Une télévision, un coin cuisine. Un porte-bouteille garni de bouteilles de vin rouge, du saint-émilion, du whisky Knockando 19 ans d’âge, son favori. Des CD sur toute la paroi – beaucoup de musique classique, Bach, Mozart, Celibidache, Elvis aussi, Petrucciani. Il écoute «en corrigeant, jamais en écrivant». Un étrange et absolu silence règne dans ce coeur de Paris. Il aime les lunettes de soleil rondes à la John Lennon, les montres Jaeger-LeCoultre, comme celle qu’il a à son poignet, et son unique pièce: «Il y a 25 ans, j’ai commencé dans un endroit comme ceci, à Dublin. Ça me rappelle ma jeunesse.» Son huitième roman, La femme du Ve, est aussi le premier qui se passe à Paris. «Je voulais prendre le contre-pied des romans américains qui ne donnent de la France et de Paris qu’une image complètement cliché et aseptisée. Mon roman, c’est l’anti-Paris.» Le héros, un professeur de lettres américain victime d’un scandale, arrive sans le sou à Paris. Pour survivre, il accepte un travail louche le mêlant à la pègre turque et africaine du Xe arrondissement, avant de tomber sur une mystérieuse émigrée hongroise qui fait basculer sa vie. Thriller noir et métaphysique plongeant dans un Paris sombre et solitaire, nocturne et sans pitié, La femme du Ve joue avec le statut de l’écrivain et de la réalité tout autant qu’avec les nerfs des lecteurs. Comme son héros, Douglas peut passer des heures dans les salles obscures parisiennes. «J’ai 15 salles de cinéma à moins de cinq minutes de marche. Fabuleux!» Il écrit tous les jours entre 500 et 1000 mots, visite de même son club de sport dans le XVI e, torture son clavier d’ordinateur à quatre doigts, se promène avec un calepin et une plume Omas, aime manger au précieux Récamier. Pour le cinéaste français Olivier Assayas, il vient de terminer le scénario de La poursuite du bonheur. Le bonheur, parole d’écrivain. l