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L’ÉTÉ SERAIT LA SAISON DU POLAR. Explications officielles? Frissonner d’effroi aux exploits d’un serial killer ou suivre les enquêtes glaçantes de Patricia Cornwell passerait mieux par 30° à l’ombre. Ou encore, nos neurones de vacanciers dopés au punch ne supporteraient pas une littérature sophistiquée et se laisseraient glisser dans les polars comme dans des tongs en plastique orange. C’est un fait: vous êtes très nombreux à emporter à la plage les derniers forfaits de Mo Hayder ou John Grisham. Mais ce qui se passe depuis quelques années va bien au-delà de la climatologie littéraire. Le polar, vaste famille éditoriale incluant le thriller, le roman policier, le roman à suspense psychologique ou l’énigme historique, ne cesse de progresser. Et pas seulement en été. Toutes les grandes maisons d’éditions littéraires, derrière Gallimard et sa fameuse Série noire, ont désormais au moins une collection policière. Même l’édition pour la jeunesse s’est mise au parfum (lire la critique de Qui a volé la marionnette? de Marie-Christophe Ruata-Arn en page 19).
DE FAIT, NOUS SOMMES ALLÉS AU POLAR autant que le polar est venu à nous. On est désormais loin des seuls Gérard de Villiers sur les tourniquets des quais de gare. Le polar a acquis ses lettres de noblesse, s’est enrichi, «littérairisé». De nombreux auteurs, comme l’Espagnol Manuel Vázquez Montalbán, sont reconnus comme des écrivains littéraires à part entière qui ont choisi la trame policière pour construire leur univers. La reconnaissance de ce changement esthétique et social est venue en 2003, avec l’entrée dans la très sélect Pléiade des oeuvres de Georges Simenon.
DE NOTRE CÔTÉ, NOUS SOMMES ALLÉS CHERCHER DANS LE POLAR ce que la fiction contemporaine ne nous donnait plus: des bonnes histoires peu narcissiques, du suspense, une construction impeccable, un univers égalitaire et concret injectant une bonne dose de mystère dans les rues de nos villes. Nous trouvons dans les polars nordiques, chinois ou russes (lire en page 26) un monde nouveau, excitant, à défricher. N’ayez plus honte de le penser: l’avenir du livre passe par le polar.
DANS L’ESPRIT DU DON, paru une première fois en 1992 et devenu au fil des années un classique de l’anthropologie moderne, l’universitaire québécois Jacques T. Godbout explique que les biens et les services ne circulent pas seulement selon la modalité du marché ou de la redistribution étatique, mais qu’il existe un troisième mode de circulation, aussi important que les deux autres, la circulation par le don et le contredon. Poursuivant les réflexions engagées dans ce sens dès le milieu du XXe siècle par Marcel Mauss et Karl Polanyi, l’auteur observe que même dans nos sociétés, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, le don s’observe partout: dans la famille, dans les organisations, mais aussi dans les entreprises.
EN EFFET, CE QUI S’APPLIQUE DANS LA SPHÈRE PRIVÉE peut également être décliné dans les entreprises, avec une dimension de partage du savoir et des richesses, par exemple par des actes de solidarité envers des projets qui «résonnent» en écho à la mission principale d’une entreprise. Ainsi, pour la première fois Payot Libraire a décidé de s’engager dans une telle démarche en soutenant Biblored (voir en dernière page de ce numéro), un projet colombien d’équipement en médiathèques de la ville de Bogotá, par ailleurs désignée par l’UNESCO pour être la «capitale mondiale du livre» en 2007. Alpandes, l’association suisse qui relaie Biblored et dont Payot est le partenaire, s’est fixé comme objectif de récolter 300 000 francs. De quoi financer l’acquisition de 10 000 livres pour la section jeunesse de la nouvelle méga-bibliothèque actuellement en construction
LE LIVRE, PORTE D’ENTRÉE DANS L’ÉDUCATION ET LA CULTURE fait partie des « premiers besoins », au même titre que la nourriture, l’eau ou le logement. Nous faisons le pari que les lecteurs suisses auront à coeur de participer à l’accès à la lecture de jeunes Colombiens qui, devenus adultes, seront ainsi mieux armés pour participer au développement et à la croissance de leur pays. Nous pouvons contribuer, même modestement, à cette «juste cause».













