|
| ||
Le Moyen Âge passionne plus que jamais. De l’héraldique aux cathédrales, de nombreuses publications raviront connaisseurs et néophytes.

Coloré, paradoxal, excessif, sensuel et mystique, à la fois très libre et régi par des usages extrêmement codifiés et complexes, le Moyen Âge ne peut que séduire une période comme la nôtre. Grâce à un bouquet de belles publications, l’admiratrice de Lancelot ou l’amoureux de Guenièvre sortiront de l’hiver plus savants et mieux armés pour apprécier, pendant toute une année, tympans ou chapiteaux d’églises, miniatures célestes et majestueux vitraux de cathédrales.
L’héraldique, ou art des armoiries, n’est pas un sujet que l’on aborde en famille, à l’heure du petit-déjeuner. Quand l’historien Michel Pastoureau, fameux pour ses livres sur la couleur, s’en empare, le thème devient cependant passionnant. L’art héraldique au Moyen Âge permet aussi de réviser quelques clichés. «L’héraldique n’est pas une science hermétique; c’est au contraire un système de signes largement ouvert sur la société. Sa fonction première est de dire l’identité des individus et des familles, et de le dire clairement», insiste le médiéviste.
Autre préjugé à envoyer aux oubliettes, l’idée que les armoiries sont réservées aux nobles. Au Moyen Âge, chacun est en effet libre d’adopter ses emblèmes, à condition de ne pas usurper ceux d’autrui. Il faut enfin savoir que les rois de France n’ont jamais eu le monopole de la fleur de lys, et qu’elle vient en fait au cinquième ou sixième rang des figures les plus fréquentes dans les armoiries françaises et européennes.
Deux mille ans de survol. Dès la fin du XIIIe siècle, les églises deviennent de véritables musées héraldiques. C’est à une approche cependant plus classique que nous convie le Larousse des cathédrales de Gérard Denizeau. A consulter plus qu’à lire dans sa continuité, cet ouvrage généraliste déborde largement le Moyen Âge, survolant deux millénaires et tous les continents. Il inclut aussi bien la cathédrale carolingienne d’Aix-la-Chapelle et ses multiples agrandissements que celle d’Evry conçue par Mario Botta et inaugurée en 1995. Au chapitre traitant du gothique primitif, figure par ailleurs la cathédrale de Lausanne, dont on vante notamment la magnifique rosace.
Et si, maintenant, l’on entrait dans les ordres? La proposition n’est pas à dédaigner quand on vous offre pour guide Kristina Krüger, une spécialiste de l’utilisation liturgique de l’architecture sacrée médiévale. Le propos de ce gros ouvrage est lui aussi très vaste puisqu’il s’agit d’aborder 2000 ans d’art et de culture chrétiens sous l’angle des Ordres et monastères. Après avoir visité Moissac en France, Santes Creus en Espagne, Rievaulx et Fountains en Angleterre, on s’intéressera notamment aux ordres féminins. L’occasion de mettre l’accent sur un paradoxe. Les femmes n’ayant pas accès à la fonction de prêtre, les nonnes devaient sans cesse faire appel à leurs collègues masculins pour pouvoir vaquer à leurs occupations religieuses. Censées pourtant vivre cloîtrées, elles étaient donc contraintes de les côtoyer au quotidien, «avec ce que cela comportait de tentation pour les deux parties… »
Espace onirique. Retour au Moyen Âge proprement dit, pour partir au pays de l’ailleurs, au royaume somptueux des rêves et des cauchemars. Spécialiste de la littérature fantastique du XIXe siècle, Samuel Sadaune s’offre ici un saut dans le temps pour interroger Le fantastique au Moyen Âge. Le sujet est attrayant, les illustrations fascinantes, le rire et le sourire au rendez- vous. Les animaux à eux seuls composent en effet une galerie de portraits saisissants à l’image de cette immense baleine qui, verticale, avale un Jonas minuscule, de cette hydre aux trois têtes dignes de E.T. ou de ce Léviathan courtaud, monstre marin presque docile chevauché par un inquiétant personnage.
Ricanants, plus vivants que les vivants, même quand ils sont réduits à l’état de squelettes, les fantômes et les revenants sont eux aussi fort intéressants, voire parfois sympathiques. Et l’on ne parle pas du diable qui, au Moyen Âge, connaît d’innombrables métamorphoses et sans lequel l’art occidental ne serait pas aussi passionnant.