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Vogue. Du jardin dans l’art à l’art du jardin


Propos recueillis par Mireille Descombes

Lieu de délice et paradis des créateurs, le jardin peut aussi devenir un fabuleux outil pour comprendre et interpréter le monde.


Hortus Palatinus. De Jacques Fouquières. Cette peinture du XVIIe siècle représente le château de Heidelberg avec ses jardins tels que l’on projetait de les aménager: une terrasse en L, un bassin orné d’allégories et d’une personnification du Rhin.

Dans le monde de l’édition, les jardins n’ont pas de saison. Ils ne redoutent ni la pluie ni les frimas. On dirait même que plus le temps se fait gris et mieux ils fleurissent dans les rayons des libraires pour le plus grand bonheur des amateurs de culture… verte.
Pas besoin toutefois d’avoir la main verte, d’aimer les bottes en caoutchouc, le sécateur et la boue, pour se délecter des Jardins en peinture de Nils Büttner. Papillonnant à travers les siècles, des Romains à David Hockney en passant par Breughel ou Watteau, ce beau livre est à la fois plaisant et savant. Historien de l’art, professeur à l’Université de Dortmund, l’auteur nous rappelle que si «défricher la nature et composer des jardins font partie des premiers faits de culture de l’humanité», les représenter est presque aussi ancien. Pourquoi les hommes ont-ils ressenti depuis toujours le besoin de peindre les jardins? D’abord, sans aucun doute, pour fixer durablement leur éphémère beauté tout en s’offrant un objet de plaisir esthétique défiant le temps.
Peint, le jardin se contente cependant rarement de reproduire le réel. A Rome, il est «préfiguration terrestre des champs Elysées et métaphore d’une oisiveté raffinée». Au Moyen Age, il renvoie souvent au paradis, explore la symbolique du lieu clos, se fait jardin de cour ou jardin d’amour. L’invention de la perspective, à la Renaissance, lui confère une dimension plus spectaculaire et illusionniste. Par le moyen du trompe-l’oeil, il entre concrètement dans la maison et agrandit l’espace. Témoin fidèle des rapports de l’homme avec la nature, il évolue ensuite en fonction des préoccupations artistiques de chaque époque jusqu’à ce que Monet en vienne à inverser les rôles. A Giverny, en effet, le peintre aménage «son jardin dans le but avoué de se donner des motifs picturaux, comme le bassin aux nymphéas, surmonté d’un petit pont japonais». Le jardin est devenu fiction, matériau formel et chromatique. Il est d’abord et surtout conçu dans le but d’être peint.

Les plus grands créateurs. Prolongeant le voyage, Le Musée des jardins nous ramène, lui, dans le monde réel. Cet ouvrage très utile et ravissant, qui paraît aujourd’hui dans un format plus grand, présente une sélection des cinq cents plus grands créateurs de jardins (architectes, paysagistes, mécènes ou propriétaires), des temps anciens à nos jours. Alphabétique et agrémenté d’un glossaire, le parcours commence en Finlande avec Alvar Aalto et sa Villa Mairea située dans une clairière en pleine forêt. Il se termine à Merseburg en Allemagne avec un plan de parc paysager conçu en 1775 par Szymon Bogumil Zug. Entre le «jardin de la mousse» de Muso Kokushi, le Rock Garden de l’Indien Nek Chand Saini et un mur végétal de Patrick Blanc, on n’oubliera pas de faire halte dans le plus impressionnant jardin du monde situé au sommet du Rockefeller Center.
Abandonnons le point de vue des historiens, adoptons celui du créateur et du théoricien. Avec Gilles Clément, célèbre paysagiste, ingénieur agronome, botaniste et entomologiste, c’est une nouvelle conception du jardin qui est en jeu, l’idée d’un jardin conçu en dehors de toute recherche esthétique, libéré de la dictature du beau et qui, toujours en mouvement, prend en compte le fait que «les plantes voyagent. Les herbes surtout. Elles se déplacent en silence à la façon des vents. On ne peut rien contre le vent.»
Publié sous la direction d’Alessandro Rocca, Gilles Clément, neuf jardins, approche du jardin planétaire est davantage un essai – largement illustré – qu’un beau livre. Passionnant mais exigeant, il mêle l’analyse et l’interview à la présentation fouillée d’exemples concrets comme le parc André-Citroën et les jardins du Musée du quai Branly à Paris ou le parc Henri-Matisse à Lille. Une approche du jardin où l’homme devient un visiteur parmi d’autres visiteurs vivants, au même titre que les végétaux et les animaux, un lieu où le jardinier lui-même se transforme en «entremetteur de rencontres entre espèces qui n’étaient pas destinées, a priori, à se rencontrer»

SOMMAIRE

ÉDITO.
ENTRETIEN.
Michel Pastoureau
VOGUE.
Les jardins
PRIVÉ.
Buche
BEAUX-ARTS
SUISSE
GASTRONOMIE
PLANÈTE
LOISIRS
RÉFÉRENCE
BD
JEUNESSE
CRITIQUES I.
Peter Beard
CRITIQUES II.
Architecture
CRITIQUES III.
Plaisir, Vin, Épices
CRITIQUES IV.
BD
LES LIVRES
9782742778300.gif
Gilles Clément
Prix: CHF 61.40

9782742774913.gif
Nils Büttner
Prix: CHF 92.90