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De prime abord, on ne retrouve pas dans le nouveau roman de Ian McEwan l’imagination cruelle et cauchemardesque qu’il a mise dans ses précédents livres (L’Enfant volé, Délire d’amour, Amsterdam, Expiation…). Le héros de Samedi est un neurochirurgien, il habite Londres et sa vie est bâtie comme une maison solide: une femme aimante, deux enfants doués chacun à sa manière, la reconnaissance sociale, une Mercedes S500 dans son garage et le squash du samedi avec un confrère anesthésiste. Henry Petrowne apprécie la simplicité, la répétition, la sécurité. Il pose sur toutes un regard éclairé par la science, convaincu que l’essentiel des rapports humains se joue au niveau moléculaire, et il déplore que le reste du monde n’en fasse pas autant.
Comme Joyce avec Ulysse, Ian Mc Ewan concentre l’action de son roman en une seule journée. Un samedi, jour de squash donc, qui débute par un moment d’insomnie devant la fenêtre dans un sentiment de douce euphorie. Ça ne durera pas. La journée prévue se dérègle à petites touches. Un avion en feu dans le ciel qui finit par se poser à Heathrow. Un petit accident de voiture avec trois types inquiétants qui aurait pu mal tourner. Le match de squash perdu. L’immense manifestation qui envahit Londres pour s’opposer à la perspective d’une guerre en Irak. Avec ces matériaux disparates, Ian McEwan bricole une machine infernale qui va réduire en miettes la béatitude du début.
Ce samedi dans la vie de Henry Petrowne débouche ainsi sur un grand roman de l’anxiété contemporaine, quand la surinformation met les nerfs à vif, quand on ne sait plus démêler le vrai du faux, quand la vie privée elle-même se retrouve contaminée pas la sphère publique et ne protège plus contre rien. A-t-on tort ou rai-son de manifester contre la guerre de Bush et Blair? Le scénario-catastrophe est-il toujours le plus sûr? Tout devient ambivalent et on descend par cercles au cœur de l’angoisse. Par son écriture enveloppante, précise, tendue, Ian McEwan nous installe dans ce dérèglement que l’on reconnaît bientôt comme le nôtre. Et pas seulement le samedi. l