|
| ||
Le poète, écrivain, traducteur et essayiste genevois Georges Haldas, auteur de L’état de poésie, est décédé le 24 octobre 2010, à l’âge de 93 ans.

Sa petite silhouette noire de pope myope manquera à la convivialité du boulevard des Philosophes, son royaume, aux cafés de Plainpalais, aux allées tranquilles du Mont-sur-Lausanne où il résidait de longue date, aux pages des journaux que ses Chroniques ont longtemps animées, et surtout aux Lettres romandes, irriguées depuis plus de soixante ans par la prose et la poésie de Georges Haldas.
Né à Genève en 1917 d’un père italo-grec et d’une mère valdo-française, Georges Haldas avait passé son enfance à Céphalonie, terre mythique où se forgea sans doute sa familiarité avec la démesure et l’absolu des rapports de l’Homme aux dieux, mais aussi la révélation de la beauté que recèle l’extrême simplicité. Revenu à Genève, son véritable « village », c’est tout naturellement que cet esprit sensible aux plus petites choses comme aux réflexions les plus abstraites se tourna vers les études classiques et l’université, tenté également par les Lettres et par la théologie –l’écriture tranchera le débat. Qu’il ait été journaliste – engagé à gauche dès avant la Seconde Guerre mondiale, il ne fera pas long feu au conservateur Journal de Genève… –, galeriste ou éditeur dans l’aventure coopérative des Éditions Rencontre, c’est par la restitution permanente et toujours renouvelée de sa très subtile perception du monde qu’il se construit comme écrivant [« pas écrivain ! »], penseur [« pas philosophe ! »] et poète. Un moraliste aussi, au plus noble sens du terme.
De son Cantique de l’aube, un recueil de poèmes publiés par La Baconnière en 1942, à Vertige du temps [L’Âge d’Homme, 2009], ultime carnet de cet État de poésie exploré durant plus de trente ans, ce sont près d’une centaine de titres : chroniques [Chroniques de la rue Saint-Ours, Boulevard des Philosophes, La légende des repas, Pâques à Jérusalem], mémoires [La confession d’une graine], poèmes et carnets qui racontent le parcours de Georges Haldas, et le foisonnement de ses centres d’intérêt : méditation spirituelle, anti-capitalisme épidermique, poésie vie des petits quartiers, pacifisme fervent, mythologie grecque – sport et humour aussi. Chez tout autre, une œuvre mêlant une étude de la figure du Christ chez les Primitifs italiens, un éloge du football et une traduction de Catulle à une mythologie des bistrots, une ode à la Mère, une analyse comparative de Ramuz et un intermède sur l’islam serait qualifiée au mieux de baroque : or jamais, en des décennies de présence diffuse mais permanente, le soupçon de dilettantisme ou de dispersion n’a effleuré la critique. D’une densité presque palpable dans sa façon d’envisager la relation à l’autre, à soi et au monde, Georges Haldas a su instiller dans chaque facette de son talent une extraordinaire capacité narrative et le don d’entraîner la réflexion, parfois ardue mais fondamentalement révélatrice, capable d’extraire des détails quotidiens une réflexion cosmogonique comme des Évangiles une émouvante « leçon de choses ». Cette œuvre considérable, souvent peu spectaculaire mais profondément enracinée dans la littérature suisse francophone lui a d’ailleurs valu nombre d’estimables lauriers, dont les Prix Rod, Ramuz et Schiller.
Rattrapé dans son grand âge par la cécité, lui dont les yeux plissés derrière de forts verres de lunette furent le signe distinctif pour tout un public qui le rencontrait mais ne le lisait pas – mais n’écrivit-il pas dans ses carnets « Vivent ceux qui n’écrivent pas ! » – Georges Haldas n’avait rien perdu dans l’acuité de sa recherche, humaniste et spirituelle, comme en témoignèrent récemment Patrie première ou Les hauteurs de Moab, carnet 2008-2009 [L’Âge d’Homme, 2010] ; sa place, c’est à craindre, restera vide. Payot Libraire pour sa part a perdu son plus célèbre employé, dont les coups de cœur, l’immense culture et certains éclats ont fait autrefois la réputation de son arcade – aujourd’hui disparue – de Plainpalais, tout près de l’université, de la rue Saint-Ours bien sûr, et du boulevard des Philosophes…
| 1) |
Georges Haldas, Editions l'Age d'Homme, Au coeur du monde, Broché, 2009, 250 pages
Prix : CHF 35.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 2) |
Georges Haldas, Editions l'Age d'Homme, Poche suisse, Poche, 2007
Prix : CHF 12.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 3) |
Georges Haldas, Editions l'Age d'Homme, Broché, 2007, 214 pages
Prix : CHF 35.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 4) |
Georges Haldas, Editions l'Age d'Homme, Broché, 2002, 219 pages
Prix : CHF 36.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|