|
| ||
Le romancier, poète et artiste vaudois Jacques Chessex est décédé brutalement le 9 octobre 2009, au cours d’une rencontre publique à la bibliothèque d’Yverdon-les-Bains. Il était âgé de 75 ans.

De même que les marins disent espérer mourir dans une tempête, ou les montagnards dévisser d’une belle paroi, un auteur serait fondé à souhaiter mourir en paix parmi les livres – ce qu’on appelle « une belle fin». Pas sûr pourtant que ç’ait été le vœu de Jacques Chessex, agitateur des Lettres romandes fasciné par l’omniprésence violente de la mort… Du moins est-ce une conférence animée, tant par les piques iconoclastes de La confession du pasteur Burg, tout juste adapté pour la scène à L’Échandolle, que par les thèses jugées provocatrices de l’écrivain au sujet de « l’affaire Polanski », que Chessex aura connue comme ultime décor, la sérénité érudite de la bibliothèque municipale d’Yverdon-les-Bains faisant contrepoids aux éclats de la discussion. La « consolation » d’une mort aussi appropriée qu’ont dit en tirer divers acteurs politiques et culturels suisses ne masque cependant pas le vide que laisse la disparition de Jacques Chessex, dans le microcosme de la littérature suisse francophone bien sûr, mais très au-delà également, ce dont il faudra un peu plus de temps pour prendre conscience…
Né à Payerne en 1934, Jacques Chessex, fils d’instituteur, aurait pu être un écrivain tranquille : le suicide de son père, qui le marqua à jamais, des rapports passionnément conflictuels avec sa mère, dont il fit récemment et post mortem une splendide amende honorable dans Pardon mère [Grasset, 2008], des études de Lettres qui allaient ouvrir sur un attachement forcené – dans tous les sens du terme – à la langue française, et un contact étrange, à la fois spirituel et charnel, avec le sentiments du religieux, mythologie antique ou protestantisme vaudois, forgèrent rapidement un esprit aussi riche que révolté, doué d’un sens aigu de la provocation et, au grand regret sans doute de ses détracteurs, d’une impeccable puissance stylistique. De la tragique Confession du pasteur Burg, en 1967, à la Revanche des purs, l’an dernier, romans, récits et recueils de poésie – et les flatteuses distinctions littéraires qui les ont accompagnées – se sont succédé avec force et insistance, la cadence à peine moins soutenue durant ses années d’enseignement à Lausanne [1969-1996], période marquée à la fois par des problèmes personnels et par la gloire d’un Prix Goncourt [L’ogre, Grasset, 1973] scandaleux et mythique – Chessex, exactement. Deux douzaines de romans et récits, parmi lesquels Les yeux jaunes [Grasset, 1979], La Trinité [Grasset, 1992], Incarnata [Grasset, 1999] ou L’Éternel sentit une odeur agréable [Grasset, 2004], et autant de recueils de poésie : car, régulièrement salué comme l’unique Prix Goncourt suisse, l’écrivain ne l’est presque jamais comme le seul lauréat à avoir également reçu le Goncourt de la poésie, hommage à une facette essentielle de son talent.
Un talent protéiforme, travaillé et abouti sous toutes ses formes – car le bonhomme, coutumier du coup de gueule, était un intellectuel humble et anxieux remettant sans cesse l’œuvre sur le métier – qui réservait à la prose la dissection sans pitié de la part sombre de l’homme, tandis que sa poésie ciselée offrait une lumière oblique, rasante, parant les beautés du monde et de l’être de discrets mais saisissants reliefs. Et qui a révélé, il y a une quinzaine d’années, un artiste peintre plus qu’intéressant, dont le pinceau décline ses grands thèmes familiers : sensualité, mythologie, métaphysique ou mort selon une interprétation plus violente et plus élégante encore que ne le fait sa plume. Et sont-ils assez nombreux, ceux qui savent que Jacques Chessex, membre de moult jury littéraires français, a encouragé nombre de jeunes auteurs, et signé non seulement des essais d’art mais aussi des contes pour enfants ?
Assagi mais nullement affadi, le Chessex de la dernière décennie n’avait pu qu’éblouir par la montée en puissance de sa maîtrise stylistique, paradoxalement rejointe par des thématiques plus proches d’un public élargi : ce furent Le vampire de Ropraz [Grasset, 2007], sinistre fait-divers traité à la manière du fantastique du XIXe siècle, Pardon mère, bouleversant d’humanité et de remords, Un juif pour l’exemple enfin [Grasset, 2009], dans lequel, au grand dam de ses concitoyens de Payerne, il soulevait le voile sur les compromissions des temps de guerre, et révélait par là même la triste veulerie d’aujourd’hui. Ultime pied de nez du bouillonnant romancier : cette œuvre forte et dérangeante sera prochainement portée à l’écran. Et que ceux qui y virent une mesquine manière de « l’ancien gauchiste lausannois » de faire parler de lui aux dépens de la tranquille cité broyarde se souviennent que nul, depuis Ramuz, n’avait saisi avec autant de justesse, de générosité et d’humour le Portrait des Vaudois !
En un temps et une langue où les écrivants sont légion mais les écrivains plutôt rares, la littérature romande, dont Jean-François Sonnay vient de brillamment démontrer dans Hobby qu’elle n’existe pas, a perdu son ogre. Il reposera au cimetière de son cher Ropraz, à quelques pas de sa propre demeure et de la tombe de son héroïne tristement vampirisée. I



| 1) |
Jacques Chessex, Grasset & Fasquelle, Broché, 2008, 218 pages
Prix : CHF 32.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 2) |
Anne-Marie Jaton, Editions Zoé, Ecrivains, Broché, 2001, 189 pages
Prix : CHF 29.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 3) |
Jacques Chessex, Bernard Campiche, CamPoche, Poche, 2006, 142 pages
Prix : CHF 12.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 4) |
Jacques Chessex, Grasset & Fasquelle, Non Précisé, 1991
Prix : CHF 31.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 5) |
Jacques Chessex, François Nourissier, Editions Gallimard, Blanche, Broché, 2008, 84 pages
Prix : CHF 17.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 6) |
Danièle Bour, Jacques Chessex, Grasset & Fasquelle, Grasset jeunesse, Non Précisé, 1977
Prix : CHF 19.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 7) |
Jacques Chessex, Grasset & Fasquelle, Broché, 2005, 358 pages
Prix : CHF 38.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|



| 8) |
Jacques Chessex, Grasset & Fasquelle, Broché, 2007, 107 pages
Prix : CHF 23.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 9) |
Jacques Chessex, CDL Editions, Livre audio, 2008, 1 pages
Prix : CHF 24.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|