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Michel Buenzod


Joëlle Brack
13 janvier 2012

L’écrivain, enseignant et militant de gauche vaudois Michel Buenzod est décédé le 4 janvier 2012, à l’âge de 93 ans.


Certains écrivains laissent une œuvre abondante mais peu révélatrice de leur propre parcours, d’autres, un corpus plus modeste mais qui reflète entièrement leurs intérêts, leurs préoccupations, leur personnalité profonde.

C’est le cas de Michel Buenzod. Lausannois de cœur – il avait 16 ans en 1935 quand ses parents venus de France s’y installèrent – il mit d’abord au service de la cité ses multiples compétences (le jeune Buenzod rafla pas moins de trois licences à l’UNIL) en s’investissant dans l’enseignement, de l’École de commerce à HEC, et dans la vie culturelle : rares sont les auteurs romands à pouvoir se targuer d’avoir vu ou entendu toutes leurs œuvres théâtrales mises en scène ou mises en ondes !

Mais c’est dans l’engagement politique et social que Michel Buenzod trouva sa véritable voie. Homme de gauche profondément convaincu, l’enseignant et écrivain, actif également dans la presse d’opinion, fut non seulement un militant constant des mouvements sociaux et progressistes, mais le pilier suisse d’un mouvement pour le désarmement nucléaire multilatéral.

La littérature, dans un tel parcours, n’eut pas la part congrue, mais dut cependant attendre l’orée de la retraite pour trouver sa pleine expression, d’abord avec un galop d’essai qui sera un coup de maître puisque L’invention du corps (1990), roman historique et humaniste retraçant la genèse de l’anatomie à la Renaissance, reçut immédiatement le Prix Bibliomédia ! Puis vint Le temps des camarades (L’Aire/Le temps des cerises, 1995), qui revient sur sa jeunesse en France pendant le Front Populaire, l’élan plein d’espoir qui animait alors les hommes de bonne volonté, et le choc que fut pour eux de comprendre le dévoiement des idéologies. En 1999, il osa Moi, Lénine, une autobiographie imaginaire qui tranche aujourd’hui encore dans le sage catalogue des Éditions Cabédita… Ce n’est qu’en 2006 qu’il prit le temps de se consacrer à ses propres mémoires, Les quatre vies d’Emmanuel, avant de renouer avec son premier style par l’inattendu (sous une telle plume !) Évêque de Cyrène, fiction historico-philosophique remontant cette fois aux racines du christianisme.

Michel Moret, qui fut son éditeur à L’Aire, l’exprime avec émotion : « Quand on parlait avec lui, on entendait en sourdine les cris de révolte des Communards, l’écho des chants rouges qui ont fait la Révolution d’Octobre, la litanie des slogans des manifestants du Front Populaire. Toutes ces grandes espérances souvent déçues luisaient dans le bleu de ses yeux. Tout naturellement, ses livres furent le fruit de ses méditations tragiques sur le destin de l’homme. Mais Michel Buenzod appartenait à cette catégorie d’hommes qui ignorait le découragement. Le sens de la fraternité triomphait toujours. »

En dépit de son grand âge, Michel Buenzod n’avait jamais baissé les bras : son dernier article dans l’hebdomadaire romand Gauchebdo date du 30 septembre 2011 – il avait 92 ans.