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André Gorz


Joëlle Brack
26 septembre 2007

Le philosophe et essayiste André Gorz, co-fondateur du Nouvel Observateur, s’est donné la mort lundi 24 septembre en compagnie de son épouse.


André et Dorine Gorz [© droits réservés]
André et Dorine Gorz [© droits réservés]

Dorine, l’amour de sa vie, était atteinte depuis vingt-cinq ans d’une maladie dégénérative incurable : fidèle jusqu’au bout, André Gorz [84 ans] l’a accompagnée dans la mort, leurs corps sans vie discrètement enfermés dans leur maison tandis que d’ultimes messages organisaient leur départ pour éviter à leur proches une macabre surprise. Admirable attention de la part de cet esprit apparemment austère et sec, dont le parcours intellectuel brillant a survolé et inspiré un demi-siècle de pensée en Europe.

Des Rouges aux Verts
Né autrichien en 1923, Gerard Horst avait connu l’exil dès son adolescence, et fait ses études à Lausanne. Il rejoignit la France et la mouvance existentialiste dès la fin de la guerre, avant de s’intéresser de plus près à l’économie et au journalisme, entre autre à L’Express où, naturalisé français sous le nom d’André Gorz, il débute en 1955. Sartrien et marxiste de la première heure, comme en témoignent Le traître [Seuil, 1958] et La morale de l’Histoire [Seuil, 1959] André Gorz libère bientôt toute la force de sa très vaste puissance de réflexion vers le domaine socio-politique, mettant en parallèle les développements individuel et collectif dans une dynamique de démantèlement des limites sociales imposées par l’institution sous toutes ses formes. Alors qu’il dirige dès 1961 Les Temps Modernes, son intérêt controversé pour les mouvements syndicaux et les expériences socialistes en Europe l’incitent à rejoindre Jean Daniel pour fonder Le Nouvel Observateur [1964]. De cette tribune, comme à travers des ouvrages majeurs bien qu’ardus [Stratégie ouvrière et néocapitalisme, Seuil, 1964, Réforme et révolution, Seuil, 1969], il s’éloignera bientôt de la philosophie politique pour se lancer dans une lutte socio-écologique vigoureuse, contre la force nucléaire en particulier, qui projeta l’ex-chimiste diplômé de l’EPFL aux avant-postes de la critique du néo-libéralisme. Analyste sévère mais juste du socialisme, il a laissé sur ce plan également une réflexion dont l’actualité est toujours vive [Le socialisme difficile, Seuil, 1972]. Retiré du « monde des agitateurs » depuis 1983, bien que toujours actif, André Gorz se consacrait à soigner Dorine, son épouse depuis 1949, à laquelle il avait dédié une brûlante Lettre à D., histoire d’un amour il y a quelques mois à peine. Leur disparition simultanée signe la destinée de ce penseur d’exception qui, ayant tenté de tracer de grandes lignes de vie pour ses contemporains, a voulu donner par l’amour un sens à sa propre mort. I

Lettre à D.

Payot-L'Hebdo
1)
9782718607276.gif
André Gorz, Editions Galilée, Incises, Broché, 2006, 74 pages
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