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70'000 LIVRES POUR LA TUNISIE !


Joëlle Brack
08 juillet 2011

Récoltés en avril grâce à votre générosité lors de notre opération PARTAGERLIRE 2011, 70'000 volumes ont rejoint fin juin diverses bibliothèques tunisiennes enthousiasmées !


© DR
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Initiée en 2008, l’opération annuelle PARTAGERLIRE de la Fondation Payot pour la promotion de la lecture (FPPL) coïncide avec la Journée mondiale du livre, le 23 avril, et permet de récolter dans nos onze librairies romandes plusieurs dizaines de milliers de volumes destinés à la redistribution auprès d’organismes sociaux et caritatifs, en Suisse ou à l’étranger : triés et bons pour une seconde vie, ces ouvrages atteignent alors le public d’adultes et d’enfants défavorisés pour qui la lecture n’est pas aisément accessible.

Très appréciée des organismes bénéficiaires comme des généreux donateurs – vous, clients Payot ! – cette récolte a revêtu en 2011 un aspect inattendu : Payot Libraire a en effet été contacté par l’Amicale Tuniso-suisse, qui dans le sillage de la « révolution de jasmin » et des ouvertures entrevues sollicitait l’attribution de livres pour un envoi vers les régions de Tunisie mal dotées en livres et en bibliothèques. Mais pourquoi ne pas faire les choses en grand ? Tandis que nos trois librairies Payot de Genève Rive Gauche, Genève Chantepoulet et Nyon lançaient leur collecte en faveur de l’Hospice Général, partenaire historique de PARTAGER
LIRE, les huit autres librairies romandes réservaient l’entièreté de leur provende à un envoi vers la Tunisie ! Parrainée pour l’occasion par la Mission de Tunisie auprès de l’ONU, l’opération menée conjointement avec l’Amicale Tuniso-suisse a rencontré un succès remarquable, soit quelque 70'000 livres soigneusement triés et présélectionnés par les libraires Payot, et prêts à tenter la grande traversée !

Financé par la mairie de Meyrin (GE) et le gouvernement transitoire tunisien, le transport par cargo des containers de livres n’était pourtant qu’une partie de l’aventure ! Car, à l’invitation de l’agence de voyage Air Marin et de la compagnie Tunis Air, Pascal Vandenberghe, Directeur général de Payot Libraire (voir ci-dessous) et Luc Feugère, directeur commercial, ainsi que le journaliste du Matin Loïc Delacour et deux responsables de l’Amicale, se sont envolés le 23 juin pour Tunis, où ils furent reçus par l’ambassadeur de Suisse, M. Pierre Combernous. L’esprit de PARTAGER
LIRE, efficacement relayé par un communiqué de l’ambassade, n’a pas échappé aux médias locaux – deux articles dans la presse et une interview radio à la clé !

Dès le lendemain, les nouveaux ministres de la Culture et de l’Éducation nationale ont longuement reçu la délégation Payot, dont ils ont salué la mission, très en phase avec la demande actuelle pressante de la population tunisienne en matière de culture, et notamment de lecture. Le périple lui-même pouvait alors commencer, emmenant livres et libraires vers Kasserine, cité au riche passé romain et byzantin, puis Sidi Bouzid, berceau des premiers mouvements ayant abouti à la révolution en janvier 2011 : les bibliothécaires de ces deux villes, destinataires de PARTAGER
LIRE, et les autorités culturelles des municipalités et de leurs provinces respectives – soit près d’un million d’habitants – ont eux aussi chaleureusement accueilli la spectaculaire donation ! Les échanges fructueux sur place, ainsi qu’avec la population de la bourgade carthaginoise de Sidi Bousaïd (premier site classé au monde, et rendez-vous favori des écrivains français depuis Chateaubriand et Flaubert !) laissent penser que cette opération d’envergure, importante à l’échelle de la Suisse romande mais encore modeste en regard des besoins, ne sera pas la dernière…

Remerciant, dans un message envoyé peu après le retour, pour l’engagement de PARTAGER
LIRE 2011, l’ambassadeur Combernous en a souligné l’à-propos : « La démarche que vous avez entreprise, à l’instigation de nos amis tuniso-suisses, est tout à fait remarquable, s’inscrivant dans une logique qui est très substantielle, sans être à première vue économique (…) vous avez accroché à la dynamique révolutionnaire un contenu fort. » Ces remerciements, ainsi que la reconnaissance des autorités politiques et culturelles tunisiennes, et surtout celle des bibliothécaires et de leurs lecteurs, vous reviennent de droit : ce sont vos livres qui ont parcouru mille cinq cents kilomètres de mer et de sable pour poursuivre leur mission. Sans eux rien ne se serait fait – avec vous tout est possible !

Pascal Vandenberghe, Directeur général de Payot Libraire, n’a pas oublié qu’il collabora aux Éditions La Découverte à l’époque où elles publiaient les dissidents tunisiens et les critiques de la dictature : c’est avec enthousiasme qu’il s’est embarqué, impromptu, dans l’accompagnement sur place de PARTAGERLIRE ! Impressions de voyage…



Comment l’initiative de PARTAGERLIRE , romanesque en regard des événements qui bouleversent la Tunisie, y a-t-elle été reçue ?

PARTAGER
LIRE a été extrêmement bien accueilli, aussi bien des pouvoirs publics que de la population. Non seulement l’opération est unique en son genre, mais elle n’a le caractère ni d’une aumône ni d’une amorce commerciale, et répond avec justesse à l’attente des gens, qui ont apprécié qu’on ne leur parle pas argent ou charité mais culture. La situation en Tunisie pourrait bénéficier en outre des nouveaux crédits d’investissement que le Direction du développement et de la coopération doit attribuer, et les échanges que nous avons eus à ce sujet avec madame Calmy-Rey laissent envisager d’utiles suites pour la Tunisie.

Quelle est l’impression qui domine dans le pays ?

L’impression première est celle d’une parole libérée, et donc chacun profite : comme nous l’a dit le gardien d’un site historique, avant on n’ouvrait la bouche que chez le dentiste ! On perçoit donc, c’est normal, beaucoup d’impatience, parce que la population, en particulier les jeunes, a soif de changement : Sidi Bouzid par exemple, maintenant connue dans le monde entier comme le lieu où un marchand ambulant s’est immolé, est surtout la ville qui placarde sur la place publique les diplômes de ses jeunes, bien formés mais à 70% au chômage, et bien sûr un tel dossier ne doit pas être lâché. Mais on ressent aussi une certaine assurance, due à ce que, justement, le niveau de formation est bon (et même excellent chez les bibliothécaires !), que les structures de l’État existent même si elles ont été manipulées à mauvais escient par la dictature, et peuvent fonctionner, que les dirigeants provisoires sont des vrais spécialistes de leur domaine et non des politiciens – le Ministre de la culture est un archéologue passionnant – qui travaillent donc pour la collectivité sans l’ambition, ni d’ailleurs le droit, d’être élus ou nommés après l’installation d’un gouvernement définitif.

Les journalistes sur place vous ont demandé quel message accompagnait PARTAGER
LIRE , quel était-il ?

Celui d’abord de la patience : le processus démocratique ne s’installe pas en un jour, nulle part ! Comme nous l’a fait remarquer le Ministre de la culture, ces bouleversements sont la première véritable révolution populaire qu’ait jamais connue le monde arabe, habitué seulement aux soulèvements épars ou aux coups d’État, elle mérite donc d’être menée à son terme dans la sérénité, et les bases solides du pays en sont une bonne garantie. Ensuite, celui de la vigilance, et doublement, face d’une part au clivage entre villes et campagnes, et d’autre part à la condition des femmes. Il n’y a pas de démocratie sans homogénéité de la population, ni sans respect des droits des femmes, et toute dérive se payerait cher. Mais il y a aussi un message à l’adresse des Suisses, et de l’Europe en général : alors que nous allions en vacances en Tunisie sans états d’âme du temps de la dictature, voilà que nous sommes devenus frileux au moment où la Tunisie a besoin de soutien ! Le tourisme, dans ce pays magnifique mais sans ressources naturelles importantes, est une activité essentielle, qui a dramatiquement chuté cette année sans véritable raison, puisque les troubles, très restreints, sont apaisés depuis longtemps et que la Tunisie est parfaitement calme et sûre. PARTAGER
LIRE est un beau geste, mais contribuer à l’activité économique d’un pays qui ne demande qu’à s’assumer en toute indépendance est aussi une marque de solidarité et d’estime !

Et encore...


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Isabelle Eberhardt, Bourin Editeur, Le voyage littéraire, Broché, 2011, 262 pages
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