www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Dossiers d'actualité
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

Le jeudi noir


Joëlle Brack
23 octobre 2009

Le Jeudi Noir de Wall Street, c’était il y a quatre-vingts ans… entre autres !


© D.R.

Cette date effrayante a frappé si profondément l’imaginaire occidental que l’expression « jeudi noir » s’est décalquée sur d’autres événements politiques ou économiques, voire sportifs ! Mais le « vrai », celui qui plongea les États-Unis et l’ensemble du monde industrialisé dans la Grande Dépression, occupa précisément l’actualité du 24 octobre 1929. Ceux qui l’ont vécu en direct ne sont plus là pour le raconter et le NYSE a bien changé, mais c’est toujours à la criée qu’on y suit aujourd’hui l’évolution des crises boursières…

Jamais un lieu aussi petit n’aura été l’épicentre d’une catastrophe aussi étendue. Parti d’une simple pelouse sous un arbre de Wall Street en 1792, le New York Stock Exchange est certes devenu en 1903 un beau bâtiment néoclassique de 1300 m2, dont le floor [salle des transactions] hérissé des stands des agents de change grouille, dans une incroyable agitation, d’une foule de traders et de garçons de bureau, en vestons colorés ou rayés pour se faire reconnaître de leurs clients, depuis la galerie publique. Combien sont-ils, en ce matin du 24 octobre 1929, lorsque sonne la cloche qui, aujourd’hui encore, ouvre [et ferme] traditionnellement la séance de cotation ? Des centaines, d’après les photos d’époque, qui s’agitent entre ces drôles de bureaux évoquant plutôt des stands de fête foraine – mais l’ambiance est loin d’être festive. Depuis quelques jours, les ventes prennent un tour inquiétant : la bulle spéculative, qui en trois ans a entraîné une hausse de 200% de la valeur des actions depuis qu’il est permis de les acheter à crédit, est en train d’éclater. Captant les capitaux à son seul profit, en autarcie, la finance américaine ultralibérale a en effet asséché la circulation d’argent à destination de l’économie réelle ; les banques prêtent aux investisseurs davantage qu’aux entrepreneurs, l’industrie cale, le besoin de fonds pousse bientôt à de grosses ventes de titres, qui entraînent automatiquement la chute des cours et la fonte des portefeuilles – la spirale infernale est en place. Ce jeudi matin-là, il n’y a que des vendeurs, mais plus d’acheteurs…

L’explosion de panique chez les petits actionnaires incite les banques d’affaires, dès l’heure du déjeuner, à créer artificiellement des transactions rassurantes, en injectant des sommes astronomiques sur le marché par l’achat « charitable » de titres en quantité. Mais si le volume des transactions est pharamineux, presque quatre fois la normale, le bilan effectif est mitigé, et surtout ces investisseurs n’ont pas les moyens de maquiller le crime longtemps. Passée la pause du week-end, la panique reprend de plus belle, sans parachute cette fois, mais aggravée par un élément difficile à concevoir en un temps où n’importe quel ado peut vérifier le cours du baril sur son iPhone : les télex et leurs bandes perforées ne peuvent pas suivre ! Alors que chaque minute compte, l’information circule avec une, puis plusieurs heures de retard, et les transactions se font à l’aveuglette tandis que les rumeurs les plus folles circulent sur les prix en cours. Aussi dépourvu de bon sens que la hausse spéculative qui a perdu le contact avec l’état réel des entreprises, le crash s’emballe dans une rage générale de « récupérer ses billes », sacrifiant absurdement les fleurons de l’économie américaine dont la valeur boursière s’effondre alors qu’ils auraient pu constituer des valeurs refuge. Le mardi 29 octobre, le drame est consommé. Il va durer dix ans.

Spéculation hallucinée, maladie d’enfance de la Federal Reserve, endettement exorbitant de l’État [plus de 300% du PIB !], asphyxie du tissu industriel, blocage brusque des crédits, forte bipolarisation sociale et chute de la consommation ont eu raison de la croissance qu’avaient connue les États-Unis depuis le début des années 1920, et qui entra en collision avec l’instabilité de l’Europe mal sortie de la Première Guerre mondiale. En rapatriant ses fonds de l’étranger tout en instaurant un protectionnisme démagogique, l’Amérique de Hoover propagea la crise vers l’Ancien Monde, son bon client, qui bien sûr lui retourna le coup, parachevant ainsi ce désastre exponentiel. Faillites en série et chômage catastrophique [un quart de la population active en 1933, au moment où Roosevelt impose son New Deal] lacèrent l’image du « pays où tout est possible » : bouleversés, des artistes, bien étrangers au fonctionnement économique, prennent à cœur de restituer une situation humanitaire que personne n’aurait crue possible, et qui ramène les USA au stade misérable de la Guerre de Sécession. Ce sera le cas de romanciers comme John Steinbeck avec ses Raisins de la colère [1939], ou de Horace McCoy qui signa On achève bien les chevaux dès 1935. Mais l’impact le plus impressionnant vint sans doute des photographes qui, comme Walker Evans et surtout Dorothea Lange, parcoururent les zones les plus déshéritées des États-Unis à la rencontre des deux millions de sans-abri, dont énormément de femmes et d’enfants, que la Grande Dépression avait jetés sur les routes. Un phénomène qui toucha jusqu’à Annemarie Schwarzenbach : en 1936 et 1938, la jeune Zurichoise partie comme reporter pour rendre compte à son tour, avec une remarquable lucidité, de la fin d’un rêve américain. Une fin au goût amer d’éternel retour, tant les mêmes causes viennent de produire les mêmes effets ! Seules véritables différences : les transmissions permettent aujourd’hui de jouir en direct des cascades de mauvaises nouvelles, et la Fed’ qui a bien grandi, a totalement inversé sa politique du crédit en cas de crise –­ inondant le monde de dollars au rabais qui menacent presque autant les tentatives de reprise de l’économie mondiale, via les deux canaux classiques que sont le prix du pétrole et, pour les monnaies fortes, la bonne vielle technique qui consiste à « faire marcher la planche à billets »…

Et encore ...


1)
9782707157089.gif
Emmanuel Didier, Editions La Découverte, Textes à l'appui, Broché, 2009, 317 pages
Prix : CHF 44.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

2)
9782130575665.gif
Bernard Gazier, Presses Universitaires de France - PUF, Que sais-je ?, Broché, 2009, 127 pages
Prix : CHF 14.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

3)
9782228904278.gif
John Maynard Keynes, Payot, Petite Bibliothèque Payot, Poche, 2009, 186 pages
Prix : CHF 15.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

4)
9782909356228.gif
Charles-P Kindleberger, Valor, Broché, 2005, 349 pages
Prix : CHF 56.00
Disponibilité: Ouvrage indisponible

LE JEUDI NOIR
9782864246992.gif
Paul Claudel
Prix: CHF 17.60

9782847364040.gif
Gordon Thomas, Max Morgan-Witts
Prix: CHF 36.50

9782228903424.gif
John Galbraith
Prix: CHF 16.50

LA GRANDE DÉPRESSION

9782228901208.gif
Annemarie Schwarzenbach
Prix: CHF 11.10

9780714896533.gif
Mark Durden
Prix: CHF 25.30

les romans
9782070360833.gif
John Steinbeck
Prix: CHF 15.40

9782253125808.gif
Sara Gruen
Prix: CHF 12.80

9782070410330.gif
Horace McCoy
Prix: CHF 10.70