|
| ||
À la veille d’élections législatives démocratiquement séquestrées par le Kremlin, l’opposition menée par l’ancien champion d’échecs Garry Kasparov a essuyé les dernières menaces avant le scrutin, répétition générale pour les présidentielles de 2008.

Rien de tel qu’une sainte indignation pour se refaire une vertu : descendu en flammes ces derniers jours dans la presse occidentale pour avoir laminé les modestes manifestations d’opposants à son règne, Vladimir Poutine s’est offert coup sur coup une envolée lyrique contre ces « chacals » [la « « racaille » des steppes] qui mangent aux râteliers étrangers, puis une diatribe en règle contre l’OCDE, donc les États-Unis, qui au mépris de leur mission « cofinancée par la Fédération de Russie » [dixit Borissov, responsable de la Commission électorale] ont boycotté la surveillance des législatives russes pour venir se plaindre ensuite de leur manque de transparence. Affreux détail : la défection des 70 paresseux observateurs occidentaux a été annoncée par l’OCDE le 16 novembre dernier, soit au lendemain de la date buttoir pour l’obtention par ces derniers de leurs visas russes, sans doute égarés dans quelque labyrinthe administratif post-soviétique. De même, apparemment, que les invitations des 329 autres experts en droits de l’homme de l’OCDE qui avaient pu assister aux législatives de 2003…
Du sur mesure - C’est que bien des choses ont changé en Russie depuis 2003, qui avait vu la Douma d’État, élue au suffrage universel, basculer dans le camp Poutine : le Parti communiste et, surtout, le Groupe agraire, perdant de 50 à 90% [!] de leurs sièges au profit de Russie Unie [38%], des ultra-nationalistes de Jirinovski [11.7%] et, littéralement cerise sur ce gâteau, le minuscule Parti du Peuple – ce qui en dit long… - dont les 1,2% de voix suffisent à donner la majorité à qui vous savez. Le reste représente certes un contrepoids, et Poutine y tient : en février dernier, à la Conférence de Munich sur la Sécurité, il a vigoureusement défendu ses mesures visant « à renforcer le pluripartisme ». Mais, outre sa timidité maladive, la force d’opposition est fragmentée en une poussière de formations sans leaders affirmés, et ne pèse donc pas grand-chose. Et comme les 176 sénateurs du Conseil de la Fédération sont désormais nommés par le Kremlin, les régions n’ayant plus qu’à « entériner ultérieurement » [sic], les conclusions s’imposent – sauf dans les médias russes, soigneusement muselés malgré les persistantes impertinences des journalistes des Izvestia [« Nouvelles »]. C’est ce qui est bien, avec un ex du KGB : il fait les choses à fond, comme il a appris et sans se préoccuper du qu’en dira-t-on. Pas de ces bidouillages piteux comme lorsqu’il s’agit de se débarrasser d’un gouverneur de Floride en l’exilant à la Maison-Blanche.
Comme avant, mieux qu’avant - Fragmentée et impuissante, la coalition disparate menée sans illusions par Garry Kasparov l’est certes, mais n’entend pas pour autant rester tranquille : la corruption de la justice, les nouveaux oligarques oeuvrant dans l’ombre à la fortune du Kremlin, la censure, les exactions policières nourrissent tristement ses revendications. Sa cruelle course à l’échec – son programme est flou et, sans l’inscription officielle, dont doute Kasparov, sa liste n’aura même pas été admise le 2 décembre – rend toutefois la riposte violente du pouvoir incompréhensible : tenant l’occasion rêvée de montrer sa largeur d’esprit quoi qu’il pense, et en cela il est sans rival, Poutine a retrouvé ses vieux réflexes et fait embastiller le contestataire, préférant prouver au monde, qui n’en doutait pas, qui commande dans Nach Dom Rossiia [notre maison Russie]. Contre-productif, car Kasparov le stratège est nettement plus populaire à l’étranger que chez lui, mais on ne se refait pas… Par ses réactions, la Russie se montre encore et toujours fidèle héritière de la tradition soviétique et de ses méthodes archaïques : intimidation de médias [« L’article ou la pub ! »], réquisition des lieux de réunion louées par l’opposition, installation de sono beuglante pour rendre inaudible les intervenants etc. Le polonium 210 de Litvinenko avait tout de même plus d’allure, ça au moins c’était le XXIe siècle ! L’ennui, c’est que cette attitude ringarde, risible si elle n’était de si grave conséquence, force à constater que l’Occident n’a pas beaucoup grandi non plus : il suffit de surfer parmi les blogs pour étouffer sous la sempiternelle rengaine que « ceux qui critiquent Poutine sont tous payés par les US », comme au bon vieux temps quoi...
C’est comme ça - Alors que la Russie et ses satellites se rapprochent de l’Occident classique sur le plan socio-économique, il est difficile de réaliser que, d’une part, il s’agit d’une nation qui, au cours de sa longue et pénible histoire, n’a simplement jamais connu de véritable démocratie, et d’autre part que, comme le rappelle la mappemonde, elle voisine moins avec l’Europe qu’avec les cultures orientales ou asiatiques, attachées à des valeurs : le clan, le chef, la visibilité du pouvoir etc, dont la comparaison avec la démocratie à l’européenne n’a pas forcément de sens. L’appui de l’Occident à Gorbatchev le « traître », comme son jugement sans pitié envers l’effarant mais populaire Eltsine, ont témoigné en leur temps de l’impossibilité de transposer certains critères au-delà de la Vistule. Kasparov, avec sa personnalité volcanique et son allure très occidentalisée, est peut-être simplement plus sympathique parce que plus facile à comprendre que le glacial Poutine. Et puis… « Mais enfin pourquoi tu sors avec ce type, tu vois bien qu’il se fiche de toi ! » « Ben oui je sais, mais chaque fois je craque… » : que celui ou celle qui n’a jamais entendu une copine pleurnicher ainsi lance à la Russie son premier bulletin de vote ! Or les psychologues sont clairs : la propension à se martyriser volontairement dans une relation vient d’un manque d’estime de soi, reliquat en général de désastreux rapports avec des parents autoritaires, méprisants et/ou violents. Or s’il y a une nation dont les « parents » se sont ingéniés à saboter toute velléité de confiance en elle, c’est bien la Russie. |
| 1) |
Thérèse Obrecht, Editions Autrement, Frontières, Broché, 2006, 186 pages
Prix : CHF 30.80
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|
| 2) |
Alexandre Litvinenko, Iouri Felchtinski, Calmann-Lévy, Broché, 2007, 331 pages
Prix : CHF 35.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
François Roche, Seuil, Broché, 2004, 198 pages
Prix : CHF 28.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 4) |
Valery Paniouchkine, Calmann-Lévy, Broché, 2007, 280 pages
Prix : CHF 31.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|