www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Dossiers d'actualité
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

Cachez ces Roms que nous ne saurions voir


Joëlle Brack
27 août 2010

L’expulsion des Rroms organisée par la France en quête de reprise sécuritaire met paradoxalement en lumière un peuple et une culture mal connus.


© Yves Leresche

Rejetés depuis leur arrivée en Occident, sans doute au XIVe siècle, les Rroms, ou Tsiganes, ou Gitans, ou Cintis, ou Manouches [en France], ou Jenisch [en Suisse], restent ostracisés avec une permanence égale à celle de l’antisémitisme. Pour leur nomadisme d’abord, une liberté durement réprimée dans toute l’Europe jusqu’à la fin du XIXe siècle. Pour leur culture ensuite, faite d’une langue incompréhensible proche de l’hindoustani, de coutumes à la fois sévères et étrangement insouciantes, d’une approche de la vie privilégiant l’instant, la solidarité, plutôt que l’ambition ou la possession. Ni la vogue du tourisme intensif, ni les élans hippies ou New Age n’ont incité les Européens du XXIe siècle à une meilleure compréhension de ces particularismes roms devenus familiers…

La situation actuelle en France attire une fois de plus l’attention sur l’exploitation de réactions archaïques, une politique utilisée depuis la nuit des temps en cas de problème : calamités météorologiques, épidémies et guerres jadis, stratégie électoraliste et écran de fumée anti-scandales aujourd’hui, mais est-ce si différent ? Les expulsions violentes de Rroms illégalement installés dans l’Hexagone soulèvent une part d’indignation, tant est grosse la ficelle et choquante la théorie, mais rencontre aussi une certaine approbation – or seule celle des quelques privés lésés dans leur propriété foncière semble recevable, le reste n’est que manipulation dangereusement stigmatisante masquant les défaillances de la République, incapable de fournir les quelque 1’700 places aménagées qu’elle devrait légalement mettre à la disposition des nomades. Mais un audimat spectaculaire ça ne se refuse pas, quitte à invoquer plus tard de simples dérapages et à limoger quelques « fusibles » ! L’indignation internationale contre la France ne fait d’ailleurs que reprendre en l’amplifiant ce phénomène du bouc émissaire, car à y bien regarder l’Italie a déjà essayé de faire admettre par l’UE le fichage anthropométrique de ses Rroms, la Grèce les persécute, l’Allemagne les renvoie massivement vers le Kosovo indépendant, la Belgique se réjouit de faire comme la France. Et en Suisse, où les enfants de la communauté jenisch ont été placés de force pour « redressement » jusqu’en 1973, les Rroms sont dans plusieurs cantons interdits de mendicité sous peine de marquage [illégal] de leur passeport – pas un « J », mais presque. Partout, la même rengaine sert de bonne conscience : « Mais ils rentrent dans leur pays, une démocratie de l’UE ! », répété à l’envi par des gens qui n’y mettront jamais un orteil, la Roumanie, quelle horreur, vous n’y songez pas. Si ?

Lunga. Un village de la province de Timişoara, pauvre mais généreusement accueillant aux rares visiteurs, dans la tradition roumaine. Dans cette région longtemps quadrillée par des communautés germaniques, comme en témoigne son architecture baroque bien que délabrée, on ne compte plus les habitations abandonnées par les Allemands, d’abord les enthousiastes du Reich invités à rejoindre la mère patrie avant la Seconde Guerre mondiale, puis les intéressés à récupérer un passeport de RFA à la fin du bloc de l’Est. Depuis, Lunga est habité pour un bon tiers par des Rroms sédentarisés qui occupent ces maisons vides, troquent, chôment, cultivent sans outils des lopins qui ne seront jamais à eux, même ceux que personne ne revendique. Mais il serait utopique de considérer ce précaire équilibre comme un signe d’intégration. Résumé de la situation par le contremaître de la coopérative agricole : « Ce sont tous des feignants et des voleurs, payés par services secrets pour nous espionner [sic], ils préfèrent rigoler et faire de la musique plutôt que travailler. D’ailleurs personne ici ne leur donnerait du travail, puisqu’ils sont malhonnêtes et paresseux ! » Et l’école, où les petits Rroms semblent rares malgré l’instruction primaire obligatoire ? « Ils ne viennent pas volontiers » explique l’institutrice, « et comme le gouvernement oblige la maîtresse à garantir leur présence sinon l’amende est retenue sur son salaire, nous détestons ces gamins après lesquels il faut courir. Mais il ne sert à rien qu’ils viennent, puisqu’ils ne savent rien ! »

Dans un village où personne n’est aisé ni éduqué, où tout le monde a des pommes de terre et des poules à voler, où chacun pense honnêtement n’être pas raciste, l’espoir est mince de faire réaliser mieux qu’en prospère Europe à quel point les graves problèmes économiques du pays, les iniquités et les abus nationalistes touchent injustement les citoyens roms en premier, et les maigres avancées sociales en dernier, voire jamais. Que dire alors des villes roumaines, violentes et sans pitié ? Et combien d’expulsés de France y échoueront-ils plutôt qu’à Lunga, là où les Rroms ne sont victimes « que » des préjugés, de l’ostracisme – les hommes surtout, les femmes ont l’habitude de s’entraider – et de la misère ? Rom pourtant signifie « être humain »…

Pour mieux comprendre, nous vous invitons à visiter le remarquable site du photographe lausannois Yves Leresche, auteur en 2002 chez InFolio du fameux Rrom [malheureusement épuisé en français], et qui présente un magnifique portfolio d’images saisies au cours de ses nombreux séjours parmi les Rroms en Roumanie.

Voir Aussi:

Et aussi...


1)
9782911939754.gif
Claire Auzias, Indigene, Ceux qui marchent contre le vent, Broché, 2010, 31 pages
Prix : CHF 5.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

2)
9782707149107.gif
Jean-Pierre Liégeois, Editions La Découverte, Repères Sociologie, Broché, 2009, 122 pages
Prix : CHF 19.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

3)
9782752900340.gif
Jan Yoors, Editions Phébus, Libretto, Poche, 2004, 273 pages
Prix : CHF 14.40
Disponibilité: Ouvrage indisponible


4)
9782846703192.gif
Marc Bordigoni, Editions Le Cavalier Bleu, Idees recues, Broché, 2010, 127 pages
Prix : CHF 15.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

5)
9782226136220.gif
Isabel Fonseca, Editions Albin Michel, Latitudes, Broché, 2003, 340 pages
Prix : CHF 40.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

6)
9782742743636.gif
Nigel Dickinson, Actes Sud, Relié, 2003, 142 pages
Prix : CHF 31.40
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

7)
9782220058559.gif
Christophe Robert, Desclée de Brouwer, Broché, 2007, 451 pages
Prix : CHF 47.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste
Rroms
9782849501979.gif
Morgan Garo
Prix: CHF 34.90

9782849951019.gif
Philippe Conti, Marie-Arlette Carlotti, Bruno Ulmer
Prix: CHF 30.40

histoire
9782844051127.gif
Claire Auzias
Prix: CHF 8.90

9782251380643.gif
Guenter Lewy
Prix: CHF 56.00

9782940189427.gif
Thomas Huonker, Regula Ludi
Prix: CHF 27.00