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En souhaitant officiellement la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967, les États-Unis tentent de saisir une occasion de conjurer l’enlisement.

Les discours des 19 et 22 mai derniers avaient de quoi surprendre : l’optimisme des promesses d’un accord de paix israélo-palestinien «dans les douze mois» – nous étions alors en septembre 2010 – avait rapidement passé pour une ultime erreur de jeunesse de la part d’un président aux affaires depuis moins de deux ans, et le sujet semblait classé. En posant, même maladroitement, ce délai apparemment peu recevable, Barack Obama a cependant poussé dans leurs retranchements son administrations et lui–même autant, sinon davantage, que les autres intervenants : faire le malin au bout du plongeoir oblige presque toujours à plonger vraiment, ne serait-ce que pour éviter de redescendre par l’échelle sous les lazzis... Il ne reste alors que la liberté de choisir l’instant. Maintenant, par exemple.
En pouvant annoncer l’élimination de Ben Laden, le Président américain vient de donner des gages de rigueur à ceux qui le soupçonnent de ne pas voir l’Axe du Mal là où il est, et a profité de cet avantage – dont l’impact ne sera pas éternel – pour avancer des exigences plus sévères que d’ordinaire envers Israël, bénéficiaire indirect de cette disparition, toute gesticulation éradicatrice revenant désormais presque exclusivement à l’Iran. Ces exigences sont aussi la garantie, envers le monde arabe cette fois, que l’affaire d’Abbottabad avait un objectif extrêmement ciblé, sans lien avec l’intérêt constant des États-Unis pour le processus de paix et tous ses intervenants. La mise en œuvre effective de quelques résolutions des Nations Unies récemment – dont celle, supersonique, en Libye – crée en outre une fenêtre météo favorable, ce respect des décisions faisant habilement apparaître en négatif l’injustifiable mépris pour celles qui entourent depuis toujours le sujet, tout en titillant la fragile fierté de l’organisation alors que le dossier explosif de la reconnaissance d’un État palestinien est à l’agenda de la 66e Assemblée générale, en septembre.
En termes de calendrier, le moment est également assez intéressant pour Barack Obama, l’échec des élections de mi-mandat étant déjà une vieille histoire alors que se profile la campagne de 2012, mais surtout par rapport au monde arabe, en pleine effervescence à tendance libérale et non-islamiste. C’est maintenant que se lézardent les prétextes d’un État hébreu «cerné par les fondamentalistes» et «seul bastion de la démocratie au Moyen-Orient». Mais qui sait, les révolutions et les récupérations étant ce qu’elles sont, combien de temps cette apparente nouvelle donne restera exploitable ? Idem d’ailleurs pour les soudains rapprochements annoncés par le Hamas et le Fatah, qui pourraient bien dépasser le pouvoir réel des deux chefs de partis concernés, pas forcément incontestés chez eux : or les déclarations américaines obligent désormais chaque camp à poursuivre, quel que soit son degré de bonne foi, toujours en vue des revendications de septembre.
En revenant clairement aux frontières de 1967 comme plateforme de discussion, Barack Obama joue gros jeu : c’est, avec l’élévation de Jérusalem-Est au rang de capitale du nouvel État, la pierre d’achoppement essentielle, qui semble saper par avance toute progression diplomatique et fait hululer à tous les coups le puissant lobby pro-israélien aux États-Unis. Démarrer sur des bases aussi contestées en mettant du même coup en danger le financement de sa prochaine campagne semble donc soit très risqué, soit très bête. Mais si le discours-réponse de Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain enthousiaste a été des plus nets, il réserve une marge de manœuvre et de négociation plus large qu’elle n’en a l’air. Le processus de paix au Moyen-Orient est une situation étrange. D’un côté, il semble patent que personne n’en attend plus rien, les éventuels espoirs générés par Camp David, les accords d’Oslo ou l’évacuation musclée des colons de Gaza ayant depuis longtemps fané, et les dossiers régulièrement remis sur la table des négociations y déplacent surtout pas mal de poussière. De l’autre, aucune des parties ne souhaite manifestement entériner la réalité actuelle et admettre un échec définitif, ce qui permettrait à maints diplomates de passer enfin à autre chose – quitte à assumer cyniquement que si le problème palestinien n’a pas trouvé de solution, c’est donc qu’il n’est pas un problème. Mais, paradoxalement, cette situation ambiguë arrange beaucoup de monde un peu partout, qu’il s’agisse de politique intérieure, de sphères d’influence, de marchés divers ou d’occasions de se faire remarquer [s’il y avait un intervenant désintéressé dans cette affaire qui traîne depuis des décennies, on aurait fini par le savoir…] Désamorcer cette ambiguïté passera, fatalement, par des solutions qui n’ont pas grand-chose à voir avec le droit et la justice, mais plutôt avec des contreparties susceptibles de rendre la pacification plus «rentable» pour chacun que la précarité de feuilles qui ne tiennent pas leur route. «Les frontières de 1967 sont indéfendables« a souligné Netanyahou, ce qui en un sens est vrai, sauf que pour être exact elles ne sont plus défendables : que faut-il alors imaginer, négocier, extorquer, payer, organiser pour qu’elles le redeviennent, ou se trouvent compensées par des lignes qui le soient ? En Israël même, une partie de la Gauche soutient la revendication palestinienne, et sollicite ouvertement l’Union Européenne pour un appui à l’ONU : cinquième roue du char du fameux et inutile Quartette, l’Europe va bien être obligée de se positionner clairement. En claquant suffisamment fort le dossier sur la table, Barack Obama n’a pas fait qu’un coup médiatique, il a aussi fait s’envoler plus de poussière que d’habitude…
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David Chemla, Liana Levi, Piccolo, Broché, 2011, 124 pages
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Bernard Philippe, Riveneuve, Broché, 2010, 240 pages
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Itzhak Rabin, David Ben Gourion, Yasser Arafat, Points, Points, Poche, 2010, 61 pages
Prix : CHF 5.10
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Sandy Tolan, Flammarion, Broché, 2011, 423 pages
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