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Entre réprobation et enthousiasme, le monde a les yeux tournés vers Pékin pour des Jeux Olympiques controversés.

Tel un OVNI, un stade a posé son ellipse futuriste au cœur de la ville : ses deux architectes ont poussé la technologie dans ses retranchements, mais réussi à faire le lien entre sport et esthétique, rendez-vous international et origines culturelles. Les sportifs, cependant, sont inquiets : leurs poumons, contrairement à ceux des habitants, ne sont pas habitués à la qualité de l’air, et ils craignent pour leur santé. Politologues, humanistes, simples citoyens du monde se posent, eux, d’autres questions : attribuer une manifestation comme les Jeux Olympiques à une dictature, même pour honorer son essor et ses efforts, est-il judicieux ? Les droits de l’Homme et l’idéal démocratique trouveront-ils là une tribune pour leur bonne parole, ou un échafaud ridiculisant ?
Ces jeux de cirque, le monde en a pourtant besoin pour desserrer l’étau des menaces internationales. Car si les athlètes s’échauffent, la planète bouillonne. Les Etats-Unis, les nerfs à fleur de peau, ont transformé un sang innocent versé par des irresponsables en arme de répression, mais le pessimisme gagne : la discussion d’une égalité de chances véritable pour la communauté afro-américaine ne peut en effet masquer le malaise généré par une guerre lointaine, interminable et insupportable — littéralement ; le bout du tunnel, éclairé par le pétard éphémère de l’élection présidentielle, est estimé à cinq ans. L’Afrique, entre guerres fratricides et famines, entre fort péniblement dans le cercle des préoccupations de la communauté internationale, la Chine pare sa révolution de grands mots à l’Occidentale qui masque de catastrophiques dégâts, l’annexion « par sécurité » de territoires palestiniens rallume la mèche au Proche-Orient, l’Est secoué de courants belliqueux fait trembler de menaces oubliées les frontières de la vieille Europe, elle-même dans la rue pour réclamer une vie plus facile, et même la prospère petite Suisse fourbit ses urnes pour lutter contre l’immigration des « basanés »... La tentation de s’évader à travers des exploits inutiles, mais splendides, est alors grande. Mais le choix dérange. Les sportifs sont-ils des symboles, des cautions, des alibis, ou juste des travailleurs de force sous contrat ? Un badge de solidarité a-t-il un sens ? Et sacrifier sa carrière, ça change quoi ? La controverse du boycott agite le Café du Commerce — beaucoup moins le CIO. Le président du Comité a d’ailleurs été clair : « Cet amical rassemblement de la jeunesse du monde, dans une compétition fraternelle, se poursuivra comme prévu » a-t-il précisé, mais « s’il y a des manifestations sur les sites olympiques, les compétitions seront annulées ». Et comme il n’y en aura pas…
D’ailleurs c’est trop tard, tout est prêt. À quelques pas de la vasque bientôt enflammée, alors que se pressent spectateurs et caméras, le sang des étudiants en révolte contre un régime impitoyable est à peine sec sur la grande place – oublié, ignoré, censuré. Combien furent-ils, jeunesse et conviction en bandoulière, à avoir cru que la liberté était légitime, que la démocratie avait un avenir face à la corruption, à l’arbitraire, à la torture ? Impossible à dire, puisque le gouvernement n’a jamais admis plus qu’une poignée de morts sur ce lieu emblématique, et nie la répression dans le reste du pays… Quant aux minorités « terroristes », fâcheusement fières de leurs origines ethniques discordantes, elles paient depuis longtemps leur prétention au respect, et les sanglantes mises au pas qui indignent régulièrement le monde semblent, une fois de plus, tombées dans l’oubli. Et pourtant : ces Jeux resteront dans les mémoires, pour leurs actions symboliques comme pour leur valeur sportive, et – malgré – le climat doteront l’histoire des JO de records impressionnants. Pas besoin de boule de cristal pour le savoir : c’était il y a tout juste quarante ans, en 1968 à Mexico. Les Américains embourbés au Vietnam comprenaient brutalement que Martin Luther King ou Bob Kennedy pouvaient être assassinés à cause des Droits civiques, les appels au secours du Biafra révèlent la famine comme arme de guerre, la mal nommée Révolution Culturelle redresse de force [au mieux dans l’indifférence, au pire avec approbation] ses forces vives mais suspectes de réflexion, la Guerre des Six Jours a « autorisé » Israël – qui vient de se doter de l’arme nucléaire – à occuper une partie des territoires palestiniens, le Printemps de Prague a ramené des tanks aux limites du Rideau de fer, Mai 68 met à mal une certaine idée de la stabilité sociale, le triste Schwarzenbach tente par son initiative de bloquer l’accès de la Suisse aux étrangers, et la participation aux JO de Mexico est remise en question : les athlètes craignent de manquer d’oxygène à 2200 mètres d’altitude, et le boycott a été réclamé en réponse non seulement à la présence de l’Afrique du Sud et de la Rhodésie racistes, mais plus globalement contre le Mexique lui-même.
Choisi comme icône de l’Amérique Latine émergente, le pays dirigé par Gustavo Diaz Ordaz est une dictature de la pire espèce, qui élimine aussi bien syndicalistes et journalistes qu’opposants politiques et représentants des minorités indiennes. Quelques jours avant l’ouverture des JO, une manifestation d’étudiants sur la place des Trois Cultures a tourné au bain de sang : l’armée a laissé sur le pavé quelque trois cents jeunes victimes, et dans l’Histoire le nom de « massacre de Tlatelolco », dont l’onde de répression s’étendit sur tout le pays et fit des ravages. Dans le Stade Aztèque conçu par Ramirez Vasquez et Mijares, les athlètes, arborant nombreux le gros badge de l’Olympic Project for Human Rights, engrangèrent pour leur part les records, entre autres grâce à l’altitude [ !], et la fête fut, pour eux et leur public, très réussie.
Vous pensiez à autre chose ? À Pékin, au Tibet, à Tian’anmen ? À Obama, à l’Irak, au Darfour ? Au « mur de sécurité » d’Olmert, aux missiles nationalistes de Poutine, à l’initiative contre l’élargissement des bilatérales ? Aux récentes ondulations d‘échine du CIO, des chefs d’États, des journalistes ? Normal : les hommes n’évoluent pas vite. En 1968, sur un podium de Mexico, deux médaillés gantés de noir ont jeté à la face du monde médusé le défi d’un certain culot politiquement incorrect, et sauvé l’honneur. Peut-être, dans le stade Made in Switzerland de Pékin, un[e] athlète badgé[e] « JO 2008 - Pour un monde meilleur », en fera-t-il autant. À sa manière. Peut-être.
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Philippe Paquet, Philippe Picquier, Picquier poche, Poche, 2008, 313 pages
Prix : CHF 13.40
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 2) |
Claude Levenson, Editions Albin Michel, Broché, 2008, 298 pages
Prix : CHF 35.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Marie Holzman, Cheng Yan, Editions de l'Aube, L'Aube poche essai, Poche, 2008, 345 pages
Prix : CHF 17.60
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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| 4) |
Robert Temple, Editions Philippe Picquier, Broché, 2007, 288 pages
Prix : CHF 46.40
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 5) |
Philippe Rochot, L'archipel, Broché, 2008, 258 pages
Prix : CHF 35.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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