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Les élections législatives italiennes remettent le Cavaliere Berlusconi en selle face à Veltroni le vertueux démocrate, mais révèlent des frémissements dans la manière d’envisager la politique autrement !
Alors que la crise socio-économique qui mine l’Italie laisse sur le bord de la route des milliers de jeunes adultes aux perspectives d’avenir plus que précaires, l’Italie avoue une préférence – dans les sondages du moins – pour un vieux milliardaire avec un grande avvenire dietro le spalle [un bel avenir dans le dos] : ce n’est que l’un des paradoxes de ce pays où la commedia d’un système politique poussé à l’absurde répond d’une façon tragiquement pitoyable aux sollicitations de la population. Qui, est-ce vraiment surprenant, ne sollicite d’ailleurs bientôt plus rien, tant est inopérant le fonctionnement même de l’État. Que les politiciens en lice pour les élections anticipées dépensent alors des sommes folles en affiches, tournées et interventions télévisées montre bien à quel point ils sont inconscients du désintérêt général provoqué par leur propre incurie. Quoi que…
Portés par quelques leaders, quelques idéaux, quelques projets, leurs parents ont pu s’investir, avec plus ou moins de conviction, dans la chose politique. Mais les jeunes et les actifs d’aujourd’hui n’y croient plus : la politique n’a, tout simplement, plus aucun contact avec leur réalité. Exemple : l’Italie pratique toujours – la France y a renoncé en 1884… - une tradition noble mais peu réaliste, celles des Sénateurs à vie nommés par le gouvernement. Outre les anciens présidents de la République, titulaires de droit, d’éminents citoyens sont ainsi régulièrement honorés d’un tel siège. En l’occurrence Rita Levi-Montalcini, Prix Nobel de médecine [99], le designer Sergio Pininfarina [82], et les politicien Emilio Colombo [88] et Giulio Andreotti [89], plus trois anciens présidents dont la moyenne d’âge est de 86 ans Ils sont en Italie moins de deux millions dans cette tranche d’âge [contre vingt et un millions de 25-50 ans, la force vive du pays] : l’équivalent d’un vieillard pour deux bambins seulement d’âge pré-scolaire… Ce déséquilibre intergénérationnel ne fait qu’aggraver les choses, avec ses corollaires économiques – les jeunes se décrivent avec un humour amer comme la « génération à mille euros » – et sociaux, car quels changements espérer d’un système caduc dans ses structures comme dans ses composantes ?
Le remède serait dans la prise en main de la politique par ceux qui sont en mesure de la renouveler, mais l’Italie, exceptionnellement, n’y va ni du geste ni de la parole. À moins d’une baguette de sourcier, difficile de s’y retrouver dans la constellation de partis qui squattent la vie politique : nées d’arrangements byzantins, les coalitions qui parviennent à souffler le pouvoir pour quelques mois peinent elles-mêmes à savoir qui fait quoi avec qui, et passent plus de temps à négocier d’improbables alliances qu’à gouverner. Déboussolée et sans illusions, une bonne partie de la population laisse donc tomber, préférant la passegiata [promenade avec glaces et papotages] les jours d’élection… Résultat : la croissance flirte avec le 0%, l’inflation initiée par le passage à l’euro galope ; la démocratisation des formations aboutit à l’impasse faute d’un tissu économique prêt à absorber les nouveaux arrivants ; la corruption va son chemin, soutenue par diverses lois sur mesure ; les syndicats sans relais politique sérieux dérapent au risque de provoquer des dégâts ; les droites dures exploitent facilement la peur de l’immigration, ce phénomène récent et déjà grave. Sans parler de la mafia et des rats qui surfent de concert entre les sacs poubelles. Or, semble-t-il, le désastre est tel que même les ténors de la politique s’en sont aperçus !
Les lecteurs de la presse nationale ont découvert à la une ces derniers jours un portrait horriblement drôle : l’hybride des deux candidats aux législatives, l’homme d’affaires Silvio Berlusconi [71], dirigeant la coalition de droite Peuple de la Liberté, et Walter Veltroni [52], l’intello de gauche, à la tête d’un récent Parti Démocrate. Biscornu et boursouflé, cet extra-terrestre matérialise une intention tout à fait nouvelle dans le paysage politique italien, celle de placer le débat dans les seules mains des plus grands partis, hors les innombrables groupuscules. Sans petits appuis atomisés, majorité plus nette, et personne à récompenser ensuite… Premier à rompre avec la tradition du clientélisme politique, Veltroni l’indépendant a réussi à influer sur le Cavaliere, d’autant plus disposé à planter là La Lega, Fini et consorts, que son ego surdimensionné lui souffle de caracoler seul. Mais le bidouillage de l’hybride, que les journalistes ont perfidement baptisé « Walvio Veltrusconi », pourrait connaître d’inattendus développements : prenant très vite goût à une façon de faire qui a déjà convaincu l’Europe depuis longtemps, les deux leaders laissent entendre que, pour débloquer l’intenable situation du pays, ils seraient prêts après la victoire à, disons, tendre l’oreille, sinon la main, à la partie adverse, afin de limiter le nombre de bâtons traditionnellement mis par toute opposition dans les roues de tout projet de la majorité. Les essieux du char de l’État étant actuellement en charpie, c’est tentant. Parole, parole, parole… ou début de commencement de prise de conscience ? Certes, les promesses électorales n’engagent que les crédules, et jamais les citoyens de la Botte ne se donneraient le ridicule, comme de simples Allemands ou Français, d’aller demander des comptes à un élu oublieux. Mais au pays de Leonardo, de Bugatti et de la Juve, toutes les audaces sont possibles… Après tout, Don Camillo lui-même ne fit-il pas occasionnellement cause commune avec Peppone ? |

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Roberto Saviano, Editions Gallimard, Broché, 2007, 356 pages
Prix : CHF 34.90
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| 2) |
Anna-Maria Ortese, Actes Sud, Un endroit où aller, Broché, 2006, 377 pages
Prix : CHF 40.00
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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| 3) |
Evelyne Ritaine, Collectif, Presses Universitaires de France - PUF, Sociologie d'aujourd'hui, Broché, 2005, 266 pages
Prix : CHF 40.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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