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L’essoufflement de la course aux armements s’était fait sentir dès 1969, une période où tous les sous – et beaucoup plus que ça - des États-Unis disparaissaient dans le gouffre du Vietnam. Pendant que Nixon et consorts y étaient d’avaler des couleuvres, pourquoi ne pas discuter avec l’ami Leonid [lui-même un peu à cours de liquidités, toute vodka mise à part] des modalités d’un léger moratoire sur les ruineux gadgets nucléaires ? Il y avait eu d’abord les accords SALT I, ainsi nommés parce qu’ils mettaient un peu de sel - et même de piment - dans les équilibres mondiaux en général, et en particulier dans « Comment nos héros vont-ils les contourner ? », grand jeu virtuel sur l’intranet du Pentagone. Grosso modo, Russes et Américains décidaient de limiter, sur le papier, leur arsenal nucléaire. Non par avarice ou modestie, mais parce que c’était le seul moyen que « l’autre » en fasse autant, plutôt que d’essayer d’en avoir plus dans son coffre à jouets, et un missile de plus, ça peut suffire à faire sauter la planète, peut-être pas au propre [ce n’est pas propre, ces engins], mais sûrement au figuré. Et puis, dans la foulée, un autre accord, un peu plus contraignant, qui limitait la détention de missiles anti-missiles balistiques, ABM pour les intimes. Et les deux parties, jouant le jeu pour épater la galerie, en vinrent aux accords SALT II, ainsi nommés parce qu’ils entendaient réduire le sel dans la facture des arsenaux en question par l’énoncé de stocks maximum, au boulon près, et donc la destruction des surplus. Bizarrement, le traité réussit le tour de force d’être rendu nul et non avenu par l’invasion de l’Afghanistan, mais d’être vaguement respecté tout de même ! Comme quoi il ne faut pas désespérer.
27 étoiles, 36 chandelles
Ou du moins faut-il, pour ce faire, attendre d’avoir élu, d’une manière ou d’une autre [plutôt d’une autre, semble-t-il], un Bush Jr qui rêvait d’envoyer aux vieux papiers ces garanties de tranquillité internationale. On n’avait pas plutôt éteint la dernière flammèche du terrifiant brasier des Twins que W. se retirait de l’affaire ABM, au motif que pour dégommer un état voyou, il fallait plus que des frondes et des galets, et qu’on allait voir ce qu’on allait voir. Afghans et Irakiens, depuis, y voient de moins en moins – mais Poutine, lui, s’est mis à voir rouge, et Barroso de toutes les couleurs ! Car si les ennemis visés par le futur bouclier nucléaire sont les États et mouvements terroristes, dont l’expérience n’a que trop montré à quel point la location est floue, l’endroit où les Américains se proposent de l’implanter est, lui, des plus précis : la Pologne et la République Tchèque. Là où le Rideau de fer, tout rouillé, vient à peine d’être remplacé par un drapeau bleu vif à 27 étoiles. Résultat : ce sont les Yankees qui lèvent le bouclier et les Européens qui se scalpent, au nom, pour la gauche occidentale, de la politique commune de sécurité et, pour la droite slave, de la souveraineté des États. Les premiers sont donc contre, alarmés non sans d’excellents exemples par les catastrophes en série induites depuis quelques années par les États-Unis, les seconds sont pour, enchantés aussi bien de la manne financière de cette installation que de la revanche ainsi offerte sur l’ex-oppresseur soviétique.
Pas fous, mais timbrés
Et là, évidemment, les poseurs de missiles ont un point : comment résister à la tentation, alors qu’à quelques verstes Poutine fulmine et somme les Européens de résister ? Sur quoi les jumeaux Kaczynski de s’exclamer vertueusement en polonais qu’il serait un comble de voir la Commission se rendre à de telles vues… Juan Manuel Barroso, s’étouffant dans le dernier petit four de l’anniversaire européen, peine à faire valoir un point de vue communautaire : seule la désastreuse dissonance des positions lors de l’invasion de l’Irak pourrait être un argument suffisamment cuisant pour fouetter la Commission. Sauf qu’à l’époque, ni la Pologne ni la République Tchèque n’étaient encore membres de l’UE, et se lavent donc les mains de cet encombrant souvenir. Ça va être intéressant, révélateur et, sans doute, inquiétant… En attendant que les Nouveaux Européens se décident à suivre ou à se distancer des Anciens, les Américains affichent la couleur : l’USPS [service postal national] vient de lancer à grand fracas une série de timbres - affreux, une véritable insulte au graphisme et à George Lucas - figurant les héros de la Guerre des Étoiles qui, est-ce croyable, célèbre justement ses trente ans. Plus délicat il n’y avait pas.