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En devenant le 44e président des Américains, Barack Obama hérite d’un passé aussi riche que lourd, d’un présent plus que précaire et d’un avenir aux espoirs démesurés.

Dans l’incroyable euphorie qui a accompagné l’élection d’Obama, personne n’a eu un mot pour son challenger, et c’est un peu dommage : si Bush et les Républicains ont certes creusé leur tombe pendant huit ans, John McCain a été un adversaire honorable, pas toujours aussi mauvais que les Démocrates l’auraient souhaité, et dont la personnalité a permis aux deux bords, donc en définitive à tous les citoyens, d’entretenir un débat nettement plus approfondi qu’en certaines éditions précédentes. Crise oblige, des questions de fond n’ont pas pu, cette fois, être déviées par les stratèges du marketing politique, et c’est tout de même ce qui devrait caractériser un débat politique digne de ce nom ! « Rouges » et « Bleus » peuvent faire mieux, mais c’était un bon début [d’où, d’ailleurs, le surdimensionnement hollywoodien des attentes placées par les Américains en leur nouveau président…] Et puis, soyons justes, McCain a fait cadeau au public de sa co-listière, ce qui n’a pas réjoui que les « Justiciers Masqués » ! Et, piégée, Sarah Palin l’a été par bien pire que deux humoristes québécois qui adorent ridiculiser les people, pris en flagrant délit de sotte naïveté : tous ceux qui comptent y ont déjà passé ou presque, et c’est plutôt un signe de notoriété que de méchanceté ! Il est peut-être audacieux, mais pas irréaliste, d’imaginer que le piège véritable venait de plus haut, ce que la chasseuse de caribous du dimanche pourrait avoir zappé. Car cette jeune femme dynamique, sinon brillante, ne paraît pas s’être demandé pourquoi diable on était venu la chercher au fond de son bled d’Alaska, elle parfaite inconnue, pour papoter devant les caméras du monde entier lors d’un des scrutins les plus importants de la planète… Pour que son fameux lip-stick rouge fasse joli sur les photos [McCain n’en porte pas] ? Ou pour faire diversion – car on peut compter sur elle pour assurer le spectacle ! - pendant que les Républicains purs et durs, Richard Cheney en tête, continueraient dans l’ombre à tirer les ficelles ? Elle doit être tellement déçue que ce serait moche de lui donner des soupçons maintenant… Il faut plutôt se réjouir pour Trig, son bébé : il a besoin de vrais parents à la maison, ce gamin.
Le héros de ce formidable bouleversement, civique et politique, la planète entière a l’impression de le connaître. Et, à part les Medvedev-Poutine, Kim Jong-il, Ben Laden et W., tout le monde, même les Chinois, même les Cubains, a l’air content pour lui. C’est que Barack Obama est jeune, pas mal de sa personne, fort intelligent, plutôt gentil, il joue bien au basket, et, parti de rien, il est arrivé au sommet : le gendre idéal. Non, un gars pareil ne mérite pas ce qui lui tombe dessus, et sous les hourras en plus. Une crise mondiale, une récession qui entre en frappant, des brouilles climatiques internationales. Un bouclier de missiles que c’était pas malin, des pseudo-républiques ex-soviétiques qui passeraient bien prendre un verre à l’OTAN, des Russkofs « comme avant ». Guantanamo qui fait des plis, le rapatriement d’Irak qui fait des bosses, les contingents d’Afghanistan qui font des trous là où il ne fallait pas [marchés, noces villageoises etc]. Une énorme bulle immobilière qui a éclaté, et une énorme bulle des crédits qui va éclater - car quand on ne peut plus financer une chose aussi essentielle qu’un toit, c’est qu’on ne va pas rembourser non plus la télé, le frigidaire ou la voiture [pour les conséquences voir les subprimes – et toutes les banques en ont, donc ce sera pareil mais pire]. Difficile à croire, mais c’est apparemment bien à cela que Barack Obama, 47 ans, diplômé de Columbia, marié et père de famille heureux, veut consacrer 1462 jours et autant de nuits [2012 sera bissextile] : pour ce rôle unique, il a payé en campagne d’affichage plus de six cents millions de dollars. Mais, bizarrement, lui qu’on ne voyait jamais sortir sans son sourire-tirelire de gamin de Chicago, ne sourit plus depuis le 5 novembre. Il a peut-être compris que, comme d’hab’, les Blancs se sont débrouillés pour refiler le sale boulot à un black…
Harriet Beecher Stowe et Rosa Park, Martin Luther King et Malcolm X, Ann Obama et Madelyn Dunham, tous hélas sont morts sans savoir que, le 4 novembre 2008, les États-Unis d’Amérique briseraient le tabou, que le rêve du pasteur d’Atlanta se réaliserait, qu’un citoyen américain d’origine africaine allait occuper la Maison-Blanche. Heureusement, il reste pour se réjouir Angela Davis et Joan Baez, Tommie Smith et John Carlos - les Black Panthers des JO de Mexico – et Sara Obama, la grand-mère kenyane ! Et Mandela, le premier, le « grand frère »! Et avec eux des millions d’Américains qui ont voté, et des millions de Terriens qui ont attendu ! Et les Paccard, à Annecy, qui en 1950 ont fondu les fac-similés de l’historique Liberty Bell, une par État : celle qui sonnera le 20 janvier 2009 à Washington sera, enfin, une vraie Cloche de la Liberté. Le 29 juillet dernier, les parlementaires américains, à l’instigation du Démocrate Steve Cohen, ont même présenté pour la première [!] fois officiellement des excuses à leurs concitoyens pour le mal causé par l’esclavage, tandis que la Chambre des Représentants s’engageait à corriger les traces « persistantes » de la doctrine esclavagiste dans les textes de loi et les faits. Franchement, c’était le moment… Le fait que l’élection soit célébrée comme un événement historique, aussi riche d’espoirs soit-il, n’est d’ailleurs pas en soi un très bon signe : les Américains ne se sont donc pas choisi le candidat le plus apte, mais un candidat « spécial », et on se pâme sur ces électeurs blancs novateurs qui ont eu le culot de voter pour un black - sans se demander à l’aide de combien de voix afro-américaines résignées les tout pâles Kennedy, Clinton ou Bush avaient été élus. Alors, bien sûr, c’est une Amérique différente qui est born the 4th of November : l’oncle Sam a passé le flambeau à l’oncle Tom. Mais la vraie fin du racisme ordinaire, la véritable réconciliation des États-Unis avec leur passé, ce sera en 2016, quand Républicains et Démocrates présenteront à la fonction suprême une frêle candidate d’origine vietnamienne et un Sioux - et que personne ne le remarquera… I
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Paul Krugman, Flammarion, Broché, 2008, 352 pages
Prix : CHF 38.30
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François Durpaire, Olivier Richomme, Editions Demopolis, Broché, 2008, 220 pages
Prix : CHF 31.40
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Al Gore, Seuil, Broché, 2008, 318 pages
Prix : CHF 33.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Pierre Melandri, André Versaille éditeur, References, Broché, 2008, 976 pages
Prix : CHF 65.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Noam Chomsky, 10/18, Fait et cause, Poche, 2008, 404 pages
Prix : CHF 16.30
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