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Lors de la manifestation de protestation devant le siège bâlois de Novartis, suite au démantèlement annoncé du site de production de Prangins (VD), manifestants et syndicats eurent l’heureuse surprise de voir se joindre à eux des élus de la région touchée. Surprise car en ces circonstances ce n’est apparemment pas souvent le cas, aller faire le coup de feu contre les patrons, vous n’y songez pas mon brave. Le citoyen en butte à l’inéquité, aux pressions, aux mises en danger se débat d’ordinaire tout seul…

Pour ne pas chercher plus loin que l’industrie pharmaceutique, deux cas récents montrent que les simples citoyens se montrent plus soucieux du bien public que l’État, dont c’est pourtant le « métier ». L’an dernier, l’affaire Médiator et ses centaines de décès fait sortir de l’ombre une pneumologue qui s’époumonait à mettre en garde contre ce coupe-faim empoisonné : le laboratoire incriminé fit censurer le livre par lequel elle essayait d’avertir le public, puisque les instances officielles de le faisaient pas. Tollé, embarras, que cela n’arrive plus jamais – et paf : un an à peine plus tard, on apprend que les biberons utilisés dans les maternités françaises et belges (ailleurs aussi sans doute) sont toujours stérilisés au peu coûteux oxyde d’éthylène, alors que ce gaz cancérigène est formellement interdit de contact avec la nourriture. Là encore, une femme avait publiquement dénoncé le scandale en 2010 dans un ouvrage que les multinationales concernées ont fait interdire. Les services de santé, eux, n’avaient rien vu, occupés sans doute par d’inoffensifs concombres espagnols.
Et ces dysfonctionnements se retrouvent à tous les niveaux, dans les circonstances les plus diverses. Ici l’armée et la police suisses, en dépit des avertissements, négligent d’échanger leurs informations pour empêcher un homme violent de disposer d’une arme qui lui permettra de tuer sa fiancée. Là des citoyens français, espagnols ou américains campent bravement en plein hiver pour réclamer le simple réexamen de la situation socio-économique du monde dit développé, en vue de plus de réalisme des élus, donc d’efficacité des plans de réforme. Les Danois (dont le pays culmine à 170 mètres) ont ri d’abord de la demande de subventions européennes pour la création d’une piste de ski sur une île plate enneigée un jour par an, avant de dénoncer la fortune ridiculement gâchée sans vérifier, alors que des entreprises locales sont durement touchées par la crise. Et à Aubonne c’est un homme d’affaire épris de physique qui publie quasiment à temps perdu un essai mettant en lumière la « voie du milieu » qui permettrait à la Suisse, et à d’autres, de sortir du nucléaire en douceur, en attendant le relais d’énergies renouvelables encore balbutiantes. Et que dire du « printemps arabe » et de ses centaines de milliers d’acteurs, descendus ou descendant encore dans la rue pour dire à leur État ce qu’il aurait dû comprendre et réformer de lui-même : qu’on ne se sent ni en sécurité, ni libre, ni utile, ni heureux dans un système totalitaire ?
Des exemples tirés, au hasard de l’actualité, d’un fourre-tout planétaire, mais qui au-delà de leur aspect hétéroclite ont pour point commun de voir de simples citoyens prendre en charge des responsabilités logiquement dévolues à l’État. Non particulièrement un État-providence qui infantiliserait sa population, mais une structure dotée d’un sens des responsabilités raisonnables, et capable de regarder un peu plus loin que les échéances électorales ou les avantages directs. Est-ce à l’habitant lambda d’un pays de se préoccuper plus sérieusement que ses autorités de la sécurité sanitaire, de l’efficacité des investissements, de l’approvisionnement énergétique, du contenu réel de l’expression « équilibre financier » ? Non, si l’on considère le temps, l’énergie et les moyens employés par les politiciens en tous genres pour convaincre leurs concitoyens de leur aptitude supérieure à tenir les rênes de l’État et les cordons de sa bourse ! Mais une gestion inexistante ou inopérante, qui passe par temps calme, interpelle le citoyen-contribuable réduisant ses ambitions pour « faire avec » (ou sans) en période délicate, et n’accepte plus que, plus haut, le réel soit traité avec détachement. Alors : oui, si l’on repense au sens originel de « démocratie », galvaudé mais riche d’un potentiel infini (et qui doit commencer à en inquiéter certains). Poussée dans la rue et à la une des nouveaux médias par la nécessité, res publica redevient ce qu’elle est fondamentalement, un bien commun. L’insurrection, quelle qu’elle soit, est à la fois un signe d’échec et une victoire. I
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Tarik Ghezali, Hugues Sibille, Grasset & Fasquelle, Mondes vécus, Broché, 2010, 137 pages
Prix : CHF 21.90
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Stéphane Hessel, Editions de l'Aube, Monde en Cours, Broché, 2011, 92 pages
Prix : CHF 10.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Jean-Christophe de Mestral, Favre Sa, Broché, 2011, 140 pages
Prix : CHF 25.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Joseph Stiglitz, LGF/Le Livre de Poche, Le livre de poche, Poche, 2003, 407 pages
Prix : CHF 11.40
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