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La guerre civile a gagné en Côte d’Ivoire : contre Laurent Gbagbo, la lucidité de la population et la solidarité politique africaine n’ont pas fait le poids.

Ce qui va sans dire va mieux en le disant : avant le second tour des élections présidentielles de Côte d’Ivoire, fin 2010, le candidat sortant, Laurent Gbagbo, et son challenger Alassane Ouattara affirmaient haut et fort à la télévision qu’ils accepteraient l’un comme l’autre le résultat du scrutin. Cela peut paraître un peu superflu, mais c’est, les Ivoiriens ne s’en souviennent que trop, le non-respect de ce léger détail qui avait plongé le pays dans des années de guerre civile ou de calme précaire, et mené à la scission entre le nord et le sud : élu en 2000, Laurent Gbagbo avait eu besoin de la fameuse Commission électorale et de sanglants incidents pour reprendre les commandes à un général en mal de coup d’État. Après dix ans chaotiques de semi-dictature [il a tout simplement refusé de quitter le pouvoir en fin de premier mandat] mâtinée de cohabitation imposée par la communauté internationale, il n’imaginait sans doute pas que ladite Commission oserait cette fois déclarer son rival Ouattara vainqueur…
Les Ivoiriens, secoués par des années de crises et de sang, ont essayé d’y croire. Et, étrangement, cette confiance massive dans un principe élémentaire de la démocratie a pesé dans la balance, obtenant l’appui de la quasi-totalité de l’opinion mondiale contre l’homme officiellement désavoué par les urnes. Mais dès la riposte validée par le Conseil constitutionnel, les craintes se sont exprimées, aussi bien dans le clan Ouattara que dans la population qui, avec une ironie amère, a depuis belle lurette baptisé Laurent Gbagbo « le boulanger » pour son aptitude à rouler son monde dans la farine. Et les premiers signes d’une nouvelle démonstration n’avaient pas attendu, tous les médiateurs africains impliqués ayant été bernés ou renvoyés. Au soir même du verdict, pour les Ivoiriens la cause était entendue : leur ex-président allait comme d’habitude jouer la montre et enfariner à tout va. Ce qui n’a pas manqué, comme en ont témoigné quatre mois de « négociations » ubuesques.
La farine cependant a cette fois un goût particulièrement aigre. Car, en parallèle à des jeux stratégiques plus efficaces que souhaité, Laurent Gbagbo de son bunker a non seulement assuré ses arrières, mais solidement miné le terrain pour son adversaire. Il y avait, bien sûr, l’espoir d’un renversement définitif, l’armée étant restée fidèle, ainsi que les Jeunes Patriotes survoltés menés par Charles Blé Goudé. Mais les avoirs gelés. Mais le blocage des exportations de cacao [la Côte d’Ivoire en est le troisième producteur mondial, et le cours explose en dépit de surplus annoncés pour 2010-2011]. Mais les pressions internationales, des voisins africains aux confins de l’Occident. Mais la fatigue, l’usure, les retours de bâton. Même les beaux élans de Blé Goudé [« Le dialogue pour sauver des vies avant qu’il ne soit trop tard, c’est une question de principe, chacun doit faire attention à ses responsabilités »] à la BBC le 2 avril, avant même l’entrevue de la dernière chance proposée par l’Union Africaine à Addis Abeba, avaient des accents d’assurance-vie « au cas où »…
Pour qu’on pense encore à lui quand il n’y serait plus, l’ex-président a donc manipulé comme jamais. La Côte d’Ivoire qu’il laisse à son rival est en ruines, matériellement et moralement. Non seulement Alassane Ouattara aura les plus grandes peines à redresser la situation économique et sociale, mais il restera dans l’esprit de la plupart comme celui qui a joué son bon droit contre un conflit sanglant, et surtout « l’étranger » [ses origines furent à l’origine du dictat de l’ivoirité] qui ne doit son pouvoir qu’à l’intervention de la France colonisatrice et de l’ONU. Une défaite électorale peut être dure à avaler, une guerre civile ne s’oublie pas. Et partout ses suites : vengeance, ostracisme, méfiance, résignation, survivent longtemps aux armistices, davantage encore dans un mode d’organisation attaché à l’origine ethnique et au clan. Présider « ça » a perdu bien de son attrait. « Je ne l’aurai pas, mais toi non plus, na-na-nè-re », le refrain puérile qu’on retrouve dans les cours de récréation, dans les ultimes messages des divorcés ulcérés. Les hommes politiques ne sont pas souvent des hommes d’État...
Soutenu automatiquement par une communauté internationale solidaire des processus démocratiques, Alassane Ouattara – dont les événements ont bien fait oublier que son passé politique n’est pas spectaculairement plus flatteur que celui de son adversaire – doit maintenant lui prouver qu’elle a eu raison, et se hisser par son action et ses ouvertures au niveau d’une notoriété de hasard. S’il y parvient, alors seulement le «boulanger» aura perdu l’élection présidentielle. I
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Marguerite Abouet, Clément Oubrerie, Bayou Gallisol, Bayou, Album, 2005, 96 pages
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Ahmadou Kourouma, Seuil, Points, Poche, 2005, 160 pages
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Véronique Tadjo, Actes Sud, Broché, 2010, 188 pages
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Jean-Christophe Laxave, L'Esprit du Livre Editions, Docu-fiction, Broché, 2011, 228 pages
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