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Un accord surprise censé réformer l’organisation de l’État plonge la Bosnie dans une nouvelle crise qui réveille les vieux démons au cœur des Balkans.

Encombrées par la grève en France, Gaza, Davos et les intégristes, les « unes » n’ont pas donné grande attention à une information qui vaut pourtant son pesant de dynamite : le triumvirat gouvernemental bosniaque, soit le Musulman de Bosnie-Herzégovine Sulejman Tihić, le Serbe Milorad Dodik et le Croate Dragan Čović viennent de signer en catimini un accord transformant fondamentalement la répartition des entités territoriales et administratives bosniaques. Si les chancelleries occidentales semblent avoir lu la dépêche en diagonale, une grenade dégoupillée sur les plateaux des télévisions locales n’y aurait en revanche pas produit davantage d’effet. Entre stupeur, vociférations nationalistes et gabegie politique, les Bosniaques ébahis se sont réveillés dans ce qui pourrait bien être la prochaine crise des Balkans.
A priori, l’annonce d’un accord tripartite sur la réorganisation de l’État devrait être une bonne nouvelle. Si l’échafaudage interminablement négocié qui a abouti à la répartition boiteuse des territoires géographiques et administratifs tient depuis bientôt quinze ans, les tentatives de réformes constitutionnelles visant à alléger la sidérante complexité du système ont échoué : en 2006, les élections ont mis en concurrence trente-trois partis pour quatre mille sièges à pourvoir ! Cet infernal Rubik’s Cube politique est l’illustration d’un système qui, en fait d’unité nationale, oblige deux administrations complètes à cohabiter en parallèle, l’une pour la Fédération croato-bosniaque, elle-même subdivisée en dix cantons autonomes, l’autre pour la République serbe de Bosnie, ou Republika Srpska pour éviter toute confusion avec « l’autre ». Soit deux armées et polices, deux systèmes de santé et d’éducation, deux réseaux d’eau et d’électricité etc., et la bagatelle de treize sièges de gouvernements. Il est plus facile de lister les points communs : la monnaie, les ćevapčići [ça se mange grillé], les subventions européennes et le nationalisme – chacun le sien, donc.
C’est que la répartition née en 1995 des accords de Dayton ne satisfait personne, notamment parce que la multiethnicité prônée comme remède aux dégâts du conflit n’a jamais repris. La Bosnie, autrefois tenant pour la mixité – moitié par tolérance, moitié par obligation - ne pouvait panser les plaies de quatre ans de guerre et de massacres en remélangeant de force les anciens voisins. À l’époque, la communauté internationale avait soutenu une organisation « à la Suisse », avec pondérateur central et cantons autonomes, seul modèle compréhensible pour elle dans ces méandres balkaniques. C’est la Bosnie qui avait fait capoter le projet, adepte d’un pouvoir central fort qui aurait pu lui revenir, comme seule minorité proprement « locale ». L’ironie de l’histoire a voulu que ce soit justement l’entité croato-bosniaque qui s’organise maintenant en cantons, alors que la Republika Srpska va d’un seul bloc et à la baguette… Paralysé par la lourdeur du système, par une économie sous perfusion de l’UE et de la diaspora, et surtout par la mauvaise volonté politique, le pays vivote sans espoir d’intégration : lassitude et mécontentement étant les deux mamelles du nationalisme, nulle surprise donc à ce que les flambées de haine ressurgissent à la plus mince occasion chez les irréductibles frères ennemis. Et ce n’est pas le surréaliste accord du 28 janvier qui va améliorer la situation.
« Accord » n’est même pas le mot, ses trois signataires si fiers de leur coup [concocté en douce quelques jours après que le Haut représentant de l’ONU eut tourné le dos] présentant chacun la nouvelle donne à la sauce qui les arrange. Schématiquement, l’organisation de l’État bosniaque devrait passer de deux à trois entités, Sarajevo devenant district fédéral ; aux deux aires géopolitiques actuelles se superposeront quatre subdivisions géoéconomiques dites plus cohérentes. Il fallait beaucoup de culot pour faire croire aux Bosniaques que des frontières dédoublées embrouillant la précaire répartition du territoire allait faciliter quoi que ce soit. Mais il fallait un optimisme proche de l’inconscience pour imaginer que tous, avec des enthousiasmes contrastés, n’en tireraient pas la même conclusion, c’est-à-dire l’éclatement de la Bosnie. La nouvelle entité serbe, accrue de divers territoires et du goulet [actuellement « neutre »] de Brčko, n’aurait alors en effet que davantage d’autorité pour réclamer à la communauté internationale la même reconnaissance d’indépendance que celle accordée au Kosovo, avant sans doute de rallier la Serbie. Quant aux deux partenaires de la Fédération, héritiers d’une part minime des « biens » de l’État après cette nouvelle subdivision, ils ne pourraient continuer à cohabiter entre deux nations voisines aussi fortes : l’un des points de l’accord ne règle-t-il pas la double nationalité pour les minorités serbes et croates ? Quand les trois dirigeants bosniaques ont annoncé, peu avant Noël, s’atteler à sortir le pays de l’impasse, leurs concitoyens n’avaient probablement pas compris l’ampleur du séisme qui se préparait.
Dans la mémoire des Européens, la guerre de Bosnie, Dubrovnik, le pont de Mostar, Srebrenica, c’est déjà loin, la dernière guerre du siècle dernier. Des quatre signataires des accords de Dayton, Izetbeković, Milošević et Tudjman sont mort, tandis que Richard Holbrooks ne doit son actuelle survie comme envoyé spécial d‘Obama en Afghanistan qu’à l’épaisseur des blindages. Faute de mieux, c’est un blocage de plus au Parlement par l’opposition des Sociaux-Démocrates qui sera le gilet pare-balles des Bosniaques. L’Europe, elle, se cherche toujours une stratégie pour désamorcer la mythique poudrière des Balkans. Un jour, peut-être. I
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Sylvie Matton, Flammarion, Broché, 2005, 430 pages
Prix : CHF 33.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Louise-L Lambrichs, Philippe Rey, Broché, 2005, 475 pages
Prix : CHF 36.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Ivo Andric, LGF/Le Livre de Poche, Poche, 1999
Prix : CHF 12.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Gilles Orselly, Editions Gallimard, Nrf, Broché, 1999, 355 pages
Prix : CHF 38.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Sasa Stanisic, Stock, La Cosmopolite, Broché, 2008, 375 pages
Prix : CHF 40.20
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Zlata Filipovic, Pocket, Pocket, Poche, 2006, 207 pages
Prix : CHF 11.60
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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Sophie Képès, Les Editions Noir Sur Blanc, Broché, 2007, 159 pages
Prix : CHF 22.50
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