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Joëlle Brack
29 avril 2011

Les médias romands se plaignent souvent d’être négligés au profit des médias français. Normal : l’info y est souvent plus amusante ! Démonstration.


Le premier jour du printemps était également jour d’élections cantonales, pour le renouvellement des Conseils généraux. Participation faiblette, donc normalement à 21 heures l’affaire était pliée. Sauf en Corrèze, où le Tribunal administratif était saisi d’un cas grave : dans la petite commune de Meyrignac-L’Église [52 habitants] il y avait dans l’urne un bulletin de plus que de votants. Grave parce que prouvant la coupable légèreté de l’employé municipal en charge du registre ? Ou parce que la Conseillère générale sortante, Mme Bernadette C***, épouse d’un dévoué président déjà sorti, n’était précisément réélue que par une seule voix d’avance ? Mais alors, en ce cas, était-il raisonnable de procéder au bourrage d’urne dans une commune où on peut compter les bulletins à l’œil nu ?

Subodorant le coup fourré si ça tombait un 1er avril, l’administration avait prudemment fixé au 31 mars l’intégration de Mahoré comme 101e département français, sous le nom de Mayotte. Raté : les élections cantonales ayant livré un résultat cocasse – huit élus de gauche, huit de droite, plus trois centristes que chacun essaie d’attirer dans son camp – ces messieurs ont entrepris de se crêper le chignon dans les règles de l’art, annonçant froidement que ça durerait ce que ça durerait, et que les festivités officielles étaient reportées d’autant. La ministre d’Outre-mer était déjà dans l’avion pour y assister ? Z’attendrez, comme tout le monde. Apprenant que la fête était annulée, les Mahorais, qui ont voté trois fois en trente ans pour confirmer qu’ils voulaient rester français, se sont stupidement fâchés. Alors qu’ils ont des élus exemplaires qui, en quelques minutes, ont entièrement assimilé les pratiques républicaines [droit de grève, mauvaise foi, politique du bac à sable, culte de la personnalité, mépris du bien public, etc.] et ils ne sont encore pas contents. Quelle ingratitude.

Si ça se trouve, votre grand-mère en faisait depuis toujours, sans éveiller d’autre suspicion que celle d’une voisine envieuse de ses pétunias plus florifères ou de ses tomates plus généreuses. Mais d’imaginer que le garde-champêtre puisse venir fourrer son nez dans ses bassines et ses arrosoirs l’aurait bien fait rire, notamment parce qu’il en faisait sans doute autant : il laissait lui aussi macérer ses orties en une répugnante mais salutaire bouillie, assez justement nommée « purin », pour en asperger le pied de ses cultures potagères, qui en tiraient un merveilleux profit – sans compter que c’était là une manière plaisante de se débarrasser des orties : hop, retour à l’expéditeur. Mais voilà, en 2006 une loi d’orientation agricole est entrée en vigueur en France, interdisant la promotion et la vente des engrais ou pesticides non homologués – or comme, bêtement, personne n’avait pensé à faire homologuer ses orties, c’est devenu interdit. Et pas pour rigoler : poussés par un saint zèle procédurier [ou, insinuent les agriculteurs bios, par le lobby des phytosanitaires], des inspecteurs de la répression des fraudes [!] ont commencé à sévir. Non en saisissant les orties – ça, leur mémé les avait avertis – mais le purin d’icelles, pas règlementaire donc potentiellement dangereux pour celui qui le manipule, le malheureux. Quand on sait ce que contient le RoundUp – pas sur l’étiquette, dans le flacon – on croit rêver… Cependant, si on veut des voix écolos aux présidentielles, mieux vaut faire profil bas : voilà que le Ministère de l’agriculture, avec mille bidouillages, vient de réussir à faire inscrire l’ortie sur la liste européenne des substances de base ! Et même à débloquer un petit crédit pour faire homologuer l’infâme et pesticide bouillasse de grand-maman, au cas où des exploitants bios voudraient vendre leurs excédents. Mais est-ce encore utile ? Car entre temps, les herbicides du lobby susnommé ont détruit tellement, tellement d’orties… Le ridicule, lui, ne tue toujours pas. I