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Le soutien de la Russie à la répression syrienne résulte d’un écheveau complexe de raisons disparates, que personne ne semble à même de pouvoir desserrer.

Que faut-il pour soutenir publiquement et férocement le droit d’un pays à descendre hommes, femmes et enfants au coin des rues, au seul motif qu’ils aimeraient changer de gouvernement après quarante ans de dictature ? Un cynisme à toute épreuve, un certain culot, l’assurance de l’impunité, un cuir épais et de solides raisons pratiques. Au minimum. Un cahier des charges qui ne réserve le rôle qu’à un petit nombre d’États, en tête desquels la Russie semble assurer avec beaucoup de naturel.
Depuis le début de la répression menée par le régime baasiste de Bachar el-Assad, en mars 2011, contre les manifestants croyant naïvement parvenir aux mêmes résultats (y compris militaires) qu’en Libye, l’armée loyaliste a, littéralement, sorti l’artillerie lourde, et affiche un tableau de chasse près de six mille morts, sans compter des milliers de disparitions. Ce n’est pourtant que maintenant, après le « silence assourdissant » dénoncé par Alain Juppé à la tribune du Conseil de Sécurité, que l’ONU remue enfin. Ou plutôt tente de remuer, car le poids de la Russie, détentrice du fameux droit de veto, plombe toute initiative. La majorité des pays membres, le Conseil, la Ligue Arabe – dont la Syrie fut pourtant l’un des sept pays fondateurs, en 1945 – l’opinion internationale et, globalement, les gens dotés du sens commun, manifestent une réprobation unanime, appelant à une solution négociée mais rapide et énergique. Pas Poutine ni (apparemment) Medvedev. Pour eux c’est niet, stop et fin. Et l’intox pleine de bonne volonté des autres intervenants, annonçant chaque jour qu’un compromis de résolution est en vue, ne masque pas qu’arqueboutée sur d’« excellentes » raisons, la Maison Russie ne cède par un pouce de terrain.
Certaines sont embêtantes mais recevables, comme celle-ci : Damas est l’allié de Moscou, c’est même le seul au Proche-Orient – un dernier bastion d’influence, ça se chouchoute – et si on ne se soutient pas entre alliés à quoi cela sert-il ? Voire celle-là : la Russie bénéficie à Tartous d’une base navale, atout stratégique précieux car son unique accès à la Méditerranée. Que ceux qui n’amarrent pas leurs porte-avions en Sicile, aux Émirats ou à Mourmansk lui jettent le premier missile… D’autres sont juste d’une banalité affligeante : la Syrie, par exemple, est un gros client en armement, avec près d’un milliard de dollars d’achats en 2011, et six autres à venir par contrat (davantage même, si la Syrie a le souci de montrer sa reconnaissance). On sent d’ailleurs que les livraisons sont entre les mains de connaisseurs qui apprécient, ce qui ne gâte rien, d’autant que le poids économique sérieux de ce marché se réorienterait difficilement vers la vodka ou les chapkas fourrées ! Là encore les Occidentaux n’ont pas de gros arguments à faire valoir : Washington ne pousserait pas tant à la chute du régime de Damas si le pétrole syrien n’était pas si tentant pour les grandes compagnies américaines, ces donatrices généreuses lors des campagnes électorales.
Mais les raisons internes ne sont pas moins importantes. À un mois de ses élections présidentielles, Vladimir Poutine, qui a moins perdu face aux grandes puissances qu’on l’espère, mais plus qu’il le voudrait, tient une belle occasion de faire admirer la Russie dans son rôle d’inflexible tenant en échec ses ennemis, les États-Unis et l’Occident, la puissante Chine et l’ensemble de la diplomatie internationale. Son allié Bachar el-Assad faisant chez lui ce que le futur ex-premier ministre russe fit en son temps en Tchétchénie, le soutien est quasiment affaire de solidarité professionnelle pour le Kremlin. C’est, aussi, une manière de rabattre la doctrine en matière de politique étrangère présentée par Medvedev en 2008, dont le désir de réseautage souple pour briser les vieux réflexes de bloc est là mis en sourdine. Et c’est, surtout, un message indirectement adressé à la frêle opposition et à ses velléités, squelettiques mais courageuses, de manifester (quand le froid ne pousse pas le pouvoir à l’interdire, par sollicitude). Car s’il se disait avec un rictus peu soucieux de réprimer un mouvement sans leader, Poutine a en revanche immédiatement réagi, début janvier, lorsque les dissidents se sont rangés derrière le sulfureux Édouard Limonov ou le blogueur Alexeï Navalny : avis donc aux amateurs, le droit d’un pouvoir à se défendre par tous les moyens est sacré, en Syrie ou ailleurs. On a beau être Super-Favori, en période électorale tout peut servir.
Alors, si compromis il y a finalement au Conseil de Sécurité, c’est qu’il sera à ce point vidé de substance qu’on n’en pourra rien tirer. De toute manière, quelle que soit l’issue du conflit, la Russie n’a rien à perdre à s’entêter, personne n’ayant les moyens de lui en tenir rigueur longtemps…. I
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Moustafa Khalifé, Actes Sud, La bibliotheque arabe, Broché, 2007, 257 pages
Prix : CHF 34.50
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Brigid Keenan, Editions Place des Victoires, Relié, 2008
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Joël Vernet, Le Temps Qu'il Fait, Broché, 2012, 160 pages
Prix : CHF 33.20
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Gérard Degeorge, Actes Sud, Beau Livre, 2010, 271 pages
Prix : CHF 108.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Khaled Khalifa, Actes Sud, Sindbad, Broché, 2011, 368 pages
Prix : CHF 37.90
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