|
| ||
Le résultat du référendum, voté à 98%, a décidé de l’avenir théorique du Sud-Soudan comme État indépendant. Les problèmes soulevés sont, eux, bien réels.

C’est un résultat comme même Cuba n’ose plus en afficher : 97,5% de oui au référendum du 15 janvier sur l’indépendance du Sud-Soudan – et pourtant la communauté internationale, ONU en tête, applaudit ! C’est que les manquements au bon déroulement du scrutin sont infimes au regard de ce raz-de-marée, et en tout cas pas de nature à laisser planer le doute sur la volonté exprimée par quatre millions de Soudanais du Sud. La tranquillité politique et militaire promise mais inespérée qui l’a entouré ne fait que valoriser ce vote historique, que le chef de l’État Omar Al-Bachir s’est de plus engagé à respecter. Selon le programme officiel, le 9 juillet 2011, après cinq ans de transition chaotique, verra le Sud-Soudan, majoritairement de souche africaine et chrétienne ou animiste, se séparer de la République du Soudan arabo-musulmane.
Ce n’est pas faire preuve de méfiance que « d’attendre pour voir » : si les promesses fédéralistes de l’indépendance, en 1956, avaient été tenues, le plus grand pays d’Afrique n’en serait pas à se débattre dans une misère causée par quarante ans de guerres civiles. Et, sans remonter si loin, le souvenir de semblables promesses de fair-play par l’Ivoirien Laurent Gbagbo autorise le scepticisme… Par chance pour le Sud, le mandat d’arrêt lancé contre Al-Bachir par le procureur du Tribunal pénal international – le seul à viser un dirigeant en exercice – incite probablement le dictateur à faire des efforts de coopération, supposés jouer en sa faveur le cas échéant. Alors il n’est pas impossible que l’indépendance plébiscitée puisse effectivement être célébrée. Ou du moins pas impossible que la férule d’Al-Bachir ne soit pas l’obstacle à cet aboutissement. Car les problèmes à résoudre au cours des prochains mois en vue de la sécession sont graves et nombreux, répartis globalement en deux grands sujets.
Le premier a trait aux ressources des deux futurs États. Plombés par une dette étouffante aggravée par les conflits et l’ethnocentrisme de Khartoum, les deux futurs Soudan devraient logiquement se partager les ardoises, ce qui ne passera pas – situation d’autant plus cynique que les moyens, pétroliers et agricoles, existeraient pour la débloquer s’ils n’avaient souffert, des décennies durant, de l’antagonisme nord-sud. Le Sud-Soudan, longtemps « grenier » de toute la région, pâtit en effet du sous-développement idéologiquement imposé par le Nord, et des dégâts écologiques et économiques induits par les divers conflits. Quant à l’or noir, les uns ayant maintenant le pétrole et les autres le tuyau, il souffre d’une « garde alternée » problématique : la manne pétrolière, à 80% localisée dans le sous-sol du Sud, dépend d’un unique oléoduc aux mains de Khartoum, qui n’est pas près de le lâcher [l’armée au pouvoir vit pour partie des recettes pétrolières détournées, et pour le reste des achats de la Chine, qui paie en armes directement utilisables au Darfour] et facturera sans doute chèrement un droit d’utilisation. Tout signe de faiblesse serait en outre dangereux alors qu’à la frontière Nord de l’antique Nubie l’exemple libertaire de l’Égypte s’est soudain invité à la table des négociations…
Mais, plus fondamentalement, ce sont les pays mêmes qui restent à partager. Car les frontières des nouveaux États, dont quatre cinquièmes du territoire resteront au Nord, n’ont toujours pas été fixées de manière crédible, et seul le climat – tropical au Sud, désertique au Nord – semble les différencier. Cette bipartition est d’ailleurs elle-même source de problèmes, puisqu’un quart environ de la population totale, soit environ sept millions d’habitants, pratique la transhumance au gré des saisons, dans les deux sens ! Une migration à l’effet homogénéisant, alors que paradoxalement les ethnies du Sud ont peu de liens entre elles autres que la nécessité de résister au Nord : un ciment socio-politique qui risque de s’effriter dangereusement après l’indépendance, d’autant que le Nord menace de renvoyer chez eux les mains vides les dizaines de milliers d’immigrés venus survivre dans les grandes villes du Nord.
Des innombrables incertitudes qui obèrent la perspective, a priori sympathique, de la naissance démocratique d’un nouveau pays, seule l’Algérie tire une conclusion sereine: le 9 juillet 2011 si tout va bien, elle deviendra le plus grand État du continent africain. Peut-être une bonne occasion, pour fêter ça, de lever l’état d’urgence qui y empoissonne la vie depuis trente ans ? Si d’ici-là le souffle d’un vent venu de l’est, de Tunisie et d’Égypte, n’a pas déjà fait son œuvre… I
| 1) |
Patricia Musa, Salah El Mur, Grandir, Album, 2010
Prix : CHF 21.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 2) |
Camillo Ballin, Editions de Paris, Studia Arabica, Broché, 2008, 499 pages
Prix : CHF 41.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Isabelle Jarry, Desclée de Brouwer, Littérature ouverte, Broché, 2002, 150 pages
Prix : CHF 25.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 4) |
Laurent Gaudé, Actes Sud, Babel, Poche, 2007, 237 pages
Prix : CHF 12.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|