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Avec un album et une exposition à La Chaux-de-Fonds, le photographe naturaliste Laurent Geslin propose de partir à la découverte des animaux sauvages… en ville !

Si vous croyez que les moineaux et les toutous sont seuls à se partager l’espace bétonné, si vous pensez qu’il faut rouler en pleine campagne pour heurter un sanglier, errer dans les bois la nuit pour apercevoir un renard ou traîner près des marais pour saisir un envol de hérons, ce livre est pour vous ! Car la faune dite sauvage, celle des beaux reportages à la télévision, est bien plus proche de nous que nous ne l’imaginons… Audacieuse, gourmande, pas farouche et très adaptable, elle a colonisé peu à peu notre banal environnement, et contribue à son étonnante manière à la biodiversité des villes. Chaussez vos solides brodequins, fourrez quelques provisions dans un sac à dos, et en route ! Laurent Geslin a balisé le parcours : chaque page de son Safari urbain est une surprise, visuelle et émotionnelle – et l’aventure court sur 24 heures…
Naturaliste enthousiaste devenu guide puis photographe pour faire de sa passion son métier, Laurent Geslin travaille [il dit « se réfugie »] six mois par an depuis plus de dix ans dans les grandes réserves naturelles du monde, pour le compte de médias aussi prestigieux que BBC Wildlife ou National Geographic ! Mais c’est à Londres, où il réside régulièrement, qu’il a eu l’occasion de collaborer avec un professeur de zoologie intéressé par la population des renards, et en quête de matériau pour étayer les théories qu’il avance sur leur vie communautaire. Pendant trois ans, Laurent Geslin va donc observer au quotidien les petits vauriens roux qui hantent le cimetière près de chez lui, et accumuler pour le chercheur des preuves de vie organisée… Drôle de rage que ces renards citadins auront inoculée au photographe, puisqu’il n’a cessé depuis de traquer la vie sauvage dans les quartiers les plus habités d’Europe !
Blaireaux, fouines, renards, faucons pèlerins, hérons, ours et sangliers voisinent donc dans ce très bel album, et dans l’exposition, avec les familiers mulots, araignées, pigeons, écureuils ou hérissons. Mais pour Laurent Geslin il n’y a pas de hiérarchie : il accorde à tous le même intérêt, offrant le luxe de prises de vues ébouriffantes aux ours pillant les poubelles de Brasov aussi bien qu’aux souris tranquillement installées sur le coin de son propre bureau. Saisis en plein vol, chauves-souris, abeilles, oies bernaches, écureuils gris et martinets rivalisent d’élégance… Une magnifique incitation à observer la faune sauvage là où elle se trouve, dans les îlots de verdure ou au coin de la rue ! I
Exposition « Safari urbain » : Musée d’histoire naturelle, La Chaux-de-Fonds. Du 28 novembre 2010 au 26 février 2011 – Renseignements : 032.967.60.71 et www.mhnc.ch.

Laurent Geslin, comment procédez-vous pour repérer vos sujets ?
En tant que naturaliste, j'ai toujours le nez en l'air pour observer les oiseaux ou toute autre forme de vie sauvage, en ville ou en campagne… Mais je travaille surtout avec des biologistes, qui me tiennent au courant de l'arrivée de certaines espèces en ville.
Quelle différence de technique ou d’approche entre vos prises de vues sauvages et urbaines ?
Les animaux en ville sont souvent moins craintifs. J'utilise les mêmes techniques que dans la nature, barrière infrarouge, téléobjectifs ou objectifs macro. La philosophie est aussi la même : le moins de dérangement possible pour les sujets observés. Et ne jamais utiliser d'individus captifs, tous les animaux dans ce livre sont sauvages, et vivent vraiment dans le milieu photographié !
Pourquoi sommes-nous si inconscients de cette faune, qui ne se cache pourtant pas beaucoup ?
Les citadins sont pris dans une vie assez stressante, ils ne prêtent pas attention à ce qui les entoure. Ils pensent que les animaux des villes se résument aux rats et aux pigeons, et ne vont pas chercher plus loin pour découvrir que la ville est aussi un milieu pour une certaine biodiversité. En ce sens, mon travail tombe à un bon moment, il correspond à une prise de conscience générale et je peux plus facilement faire passer le message aujourd’hui.
Pensez-vous qu’ils vont devenir ainsi plus curieux envers les animaux ? Ou au contraire plus réticents ?
Il y a toujours cette dichotomie, intérêt et rejet, dans le rapport de l’Homme au « sauvage ». Ceci est encore plus flagrant avec la faune des villes : on s'amuse de voir un renardeau traverser la rue, mais on s'inquiète de savoir s’il peut attaquer, ou introduire des maladies… Safari Urbain invite à découvrir cette avifaune des villes et encourage les habitants et les pouvoirs publics à promouvoir une faune qui peut être très riche. Si les gens se rendent compte qu’on peut facilement faire quelque chose pour l’environnement au cœur même des villes, qu'il y a un intérêt à faire du miel sur son toit, à ne pas couper son gazon trop ras pour les papillons, à laisser des corridors de verdure pour le passage d'animaux, alors la nature peut s'intégrer harmonieusement à nos lieux de vie.
Avez-vous réussi à capter tous les animaux que vous vouliez, ou en manque-t-il encore à votre palmarès ?
Euh… Pour la fouine, ce n’est pas encore ce que je voulais, mais sinon je crois que tout est à peu près couvert, même les sangliers ! Je pensais en photographier à Berlin où ils étaient nombreux : malheureusement je suis arrivé juste après la battue et l’abattage organisés pour les éliminer... Je désespérais d’en repérer – et soudain, à une semaine de la mise sous presse du livre, on m’a appelé de Barcelone pour m’en signaler !
Quelques anecdotes pour finir sur votre travail en ville, par rapport aux animaux, aux habitants, aux autorités ?
Du côté des autorités, la difficulté principale est d'obtenir les autorisations : pour photographier le faucon pèlerin sur la Sagrada Familia, à Barcelone, il m'a fallu près de six mois de négociations ! Car les lieux même publics ne le sont pas vraiment, la sécurité, l’ordre ou le droit à l’image restent prioritaires – et comme le genre de demande que je présente n’est pas courant, les réponses ne viennent pas vite… Les animaux me posent moins de problèmes. Durant les trois années à Londres, certains renards ont fini par complètement m'accepter : une femelle un jour est même entrée dans ma voiture garée à proximité pour me chiper une sandale et… mon portefeuille ! Mais il y a aussi des situations cocasses avec les gens : lorsqu’ils me voient pointer un gros téléobjectif sur la fenêtre d'un appartement, ils me demandent s’il y a là une star en vacances, ou me soupçonnent d’être un voyeur !
Avez-vous le projet de faire le même genre de travail ailleurs qu’en Europe ?
J'ai de bons contacts aux États-Unis, pour travailler sur le coyote à Los Angeles par exemple. Mais c'est le temps qui me manque. Un jour peut-être… I