www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Dossiers d'actualité
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

5e Prix des Lectrices edelweiss


Joëlle Brack
26 octobre 2011

Après d’ardents débats le jury du 5e Prix des lectrices edelweiss 2011, dont Payot Libraire est partenaire, a révélé son favori : Homo Erectus de Tonino Benacquista. Interview du lauréat.


© DR
© DR

C’est souvent long, parfois ardu, toujours passionnant. Et un sommet de la zone euro ou une réunion du FMI, par comparaison, ce n’est rien. Ici, pas de « petites mains » qui concoctent les dossiers, peaufinent les arguments et préparent le consensus avant de céder la place aux stars sous les projecteurs : c’est en personne, sans langue de bois ni petites phrases assassines, mais le cœur et l’esprit flottant haut que les dix jurées du prix des Lectrices edelweiss défendent leurs lectures, leurs goûts et leurs idées !

Confronté en début puis en cours d’été à une double sélection de dix-sept romans francophones opérée par Payot Libraire, le partenaire dès 2007 du Prix des Lectrices edelweiss, le jury entraîné par Laurence Desbordes, rédactrice en chef du magazine féminin initiateur du Prix, a tenu bon le cap. L’attrait des nouveautés de la Rentrée littéraire, attisé par le charme de lectures en avant-premières et le délicieux pensum de « devoir » dévorer avant tout le monde des milliers de pages aventureuses, militantes ou nostalgiques, a certes joué… Mais, au final, c’est bien à leurs premières amours que les lectrices sont revenues, couronnant pour la cinquième édition du Prix un roman paru en mars dernier, Homo Erectusde Tonino Benacquista !

Est-ce leur situation – dix volontaires partageant avec des inconnues leurs émotions, leurs expériences, leurs jugements – qui a incité ces lectrices d’horizons variés à choisir ce roman atypique ? Remarquablement charpenté et pourtant largement ouvert aux quatre vents de l’interrogation, sur soi et sur autrui, sur les rapports entre hommes et femmes, entre intimité et société, Homo Erectus est en effet accueillant et perturbant, générant sur un ton désinvolte une réflexion légèrement angoissée sur la déliquescence de ce que l’on pensait solide, permanent, éternel. Les femmes, par exemple, ou l’amour…

Homo Erectus

On « y » va – non : les hommes « y » vont – chaque jeudi soir, mais ça ne se dit pas. Dire quoi, d’ailleurs, puisque ça n’a pas véritablement de nom, ni de lieu précis ? Car comment appeler une réunion d’hommes qui, par choix, viennent raconter devant d’autres, auditeurs attentifs mais ne réagissant jamais, leurs expériences, malheureuses ou déroutantes, avec les femmes ? Denis, le garçon de café enjôleur que les femmes semblent fuir systématiquement (sauf une !), Yves l’époux trompé qui s’est rabattu sur un harem de prostituées au grand cœur (mais pas forcément de la façon qu’il croit), Philippe l’intello embarqué contre tous ses principes avec un mannequin moins sotte que prévu, y lient une amitié fragile. Entre eux, des femmes absentes, déjà enfuies ou encore inconnues, et d’immenses interrogations : comment fonctionnent-elles, sont-ils mieux avec ou sans elles, à quoi leur servent-elles, leur servent-ils ?

De confidences en introspection, les voilà pris dans un compagnonnage étrange et salutaire ; plus copains que coquins, ils expérimentent la thérapie des demi-mots pour évoluer chacun dans leur coin sans froisser les autres. Jusqu’aux dénouements, à la fois logiques et surprenants. De Christelle, Pauline, Agnieszka, Maud, Sylvie, Mia, laquelle aura-t-elle été la plus forte, la plus femme ? Et face à elle, comment être et rester un homme debout plutôt que dressé ? Un hymne à la vulnérabilité et au lien dont on comprend l’importance en des temps individualistes de performance obligatoire… et l’intérêt, presque anthropologique, pour un jury entièrement féminin !

Interview



Laurence Desbordes, rédactrice en chef du magazine edelweiss et initiatrice du Prix des lectrices en partenariat avec Payot Libraire, nous a aimablement autorisés à reproduire ici l’interview qu’elle vient de réaliser de Tonino Benacquista, lauréat 2011, au sujet de Homo Erectus.


Qui ne connaît pas l’auteur de Trois carrés rouges sur fond noir, de La commedia des ratés, de Saga, le scénariste de L’outremangeur, Sur mes lèvres ou encore De battre mon cœur s’est arrêté ? Peu de gens finalement, car tous ceux qui aiment les polars, la BD, le cinéma et bien sûr les romans ont, un jour ou l’autre, vu ce nom d’origine italienne au bas d’un écran ou sur une couverture de bouquin. Car Tonino Benacquista est, comme il aime à se définir, auteur de fiction. Mais il ne ratisse pas large pour autant. Bien loin de lui cette idée. Non, Tonino Benacquista est un être qui a dédié sa vie à l’écriture, sous toutes ses formes. Et il choisit, au gré de ses récits, le style de narration qui conviendra le mieux à ses histoires. On ne pouvait pas souhaiter un meilleur lauréat du Prix des lectrices EDELWEISS-Payot, qui fête ses cinq ans.

Avez-vous toujours eu envie d’écrire ?
Oui. Je n’ai jamais imaginé faire autre chose. J’ai envoyé mon premier manuscrit chez Gallimard lorsque j’avais 17 ans, j’étais encore au lycée. Bien sûr, j’ai reçu la réponse qui allait avec… Mais lorsque j’ai découvert la Série noire, je me suis dit: c’est ça ! C’est ce que je veux écrire, des romans policiers.

Mais vous ne vous êtes pas pour autant cantonné au polar.
Non, effectivement, parce que mon métier, c’est de travailler la fiction, quelle que soit sa forme. Je ne suis pas pour autant un touche-à-tout, ce n’est pas ça, mais lorsque j’ai écrit Saga (ndlr: publié en 1997), je me suis rendu compte que je n’avais plus besoin de la structure du polar pour enquêter sur mes personnages, pour les faire évoluer. D’une certaine manière, les intrigues devenaient plus quotidiennes. C’est finalement comme ça que je suis sorti du roman noir. Tout en restant fidèle à mon désir initial, celui, tout simplement, de raconter des histoires, que cela soit par le biais du polar, du roman, du scénario, du théâtre ou même de la BD (ndlr: Des salopes et des anges, avec Florence Cestac, vient de sortir chez Dargaud. Il y a eu auparavant L’outremangeur avec Jacques Ferrandez chez Casterman).

Comment naît une histoire ?
Pfffff, je ne sais pas quoi vous répondre… Je suis à l’affût, quasiment toujours sur la position « on ». Je vole des scènes de rue, des bribes de ce que j’entends. Je suis spécialement attentif à ce que je vois, à ce qui se déroule autour de moi. C’est une vieille habitude que j’ai, et puis bien sûr, j’ai une tendance au rêve, à des échappées. Je me dis : tiens, je vais mettre cette idée dans un coin… Ensuite, je la travaille un peu tous les jours, comme un artisan, avant d’arriver à maturation et de me lancer dans une histoire. Mais il faut qu’il y ait un déclic avant que je plonge, ce qui est loin d’être le cas à chaque fois.

Écrire un roman vous demande beaucoup de temps ?
Cela prend deux ou trois ans de ma vie, ce qui fait qu’il me faut beaucoup, mais alors beaucoup de raisons pour y aller. Inutile de dire que je ne pars pas sans biscuits… Car quand je m’engage dans un roman, je sais exactement où je vais. J’ai un plan très précis avec un début et une fin bien définis.

N’êtes-vous pas comme ces auteurs qui se disent emportés par leurs personnages et ignorent tout du dénouement de leur histoire ?
Non, absolument pas. Mon obsession, c’est que les choses dont je parle, que l’histoire que je raconte aient un sens. Je ne suis pas un intello et ne cherche pas à faire passer des messages.

Qu’entendez-vous par là ?
Que l’important pour moi, c’est d’avoir créé un dispositif sur lequel le lecteur s’attarde. Je lui propose une arborescence de situations pour qu’il puisse ensuite se faire sa propre histoire, avoir sa vision des personnages. Une fois écrit, le roman ne m’appartient plus. Mon but n’est pas de défendre une thèse, en tout cas pas la mienne, car elle n’a pas d’importance.

Dans Homo Erectus, il est question d’une rencontre entre trois hommes qui n’ont rien en commun, mais qui vont finalement se retrouver autour du sujet crucial des femmes, et qui vont même se lier d’amitié. Y a-t-il un de ces protagonistes qui vous est plus sympathique que les autres ?
Pas vraiment. Ils sont comme nous tous, avec leurs limites, leur part de lâcheté et d’héroïsme. Les trois se posent des questions que chaque homme a dû se poser un jour où l’autre à un moment de sa vie: « Pourquoi suis-je seul ? », « Est-ce que je suis fait pour multiplier les aventures ou pour fonder une famille ? », « Pourquoi pas moi ? » J’ai simplement fait en sorte qu’ils existent et mis un peu de romanesque dans leur vie, pour qu’ils puissent répondre à ces questions qui les hantent.

Quand écrivez-vous ?
Tout dépend de ce que j’écris. Lorsque c’est un roman, il me faut de la discipline. Je me lève à 7 h, et à 7 h 05, je suis derrière mon écran et je travaille jusqu’à 12-13 h. Comme ça, l’après-midi, je peux me consacrer à d’autres projets qui ne sont pas exactement autour de l’écriture. Par exemple, lorsque j’écris un scénario pour le cinéma, le travail est totalement différent. On est à la recherche de situation, on discute, et au final seulement, on couche l’histoire sur le papier. Mais ce n’est que 20% du travail.

Justement, en parlant de travail, on voit que vous ciselez vos textes, que chaque mot est pesé, senti, pour que vos phrases apparaissent comme évidentes, qu’elles coulent de source. Il en va de même avec vos titres. Comment faites-vous pour trouver des noms aussi percutants que Les morsures de l’aube, La commedia des ratés, La maldonne des spleepings ou, bien sûr, Homo Erectus ?
Ah oui... les titres! Soit ils arrivent tout de suite ou s’imposent en toute fin, soit je rame! Mais j’ai de la chance, car mon ami Daniel Pennac me donne parfois un coup de main pour mettre un bel intitulé sur la couverture. Des salopes et des anges par exemple, c’est lui qui l’a trouvé. J’aimerais à chaque fois avoir des fulgurances, trouver un titre tel que Les Hauts de Hurlevent…

En tant que romancier mais aussi scénariste pour le grand et le petit écran, la télévision est souvent présente dans vos œuvres. Que pensez-vous de ce que l’on nous donne à regarder actuellement ?
D’abord, je dirai que l’évolution majeure de ces dix dernières années dans la fiction, c’est la place faite aux séries. Ce sont les nouvelles machines à rêver. HBO a supplanté depuis longtemps Hollywood et ses films. Il y a bien sûr de tout, mais des choses comme Les Soprano ou Six Feet Under, c’est absolument fabuleux. C’est le haut du panier. On y trouve une humanité incroyable. C’est le contraire absolu du glamour, mais pourtant, les situations sont magnifiques. Vous vous rendez compte, baser toute une série sur un travail de deuil! Je retrouve là les émotions de mon enfance lorsque je regardais Le prisonnier.

Quels sont vos livres de chevet ?
Aujourd’hui, je remplis les cases manquantes. Je suis curieux de tout ce que j’ai raté en étant jeune. Il est vrai que je viens d’une famille d’ouvriers et il n’y avait pas de livres à la maison. Et puis je me suis mis très tard à la lecture. J’ai écrit avant même de lire. Alors maintenant, je pars à la découverte de ces monstres sacrés que sont Céline, Proust, Flaubert et son extraordinaire stylistique. Il y a aussi Maupassant bien sûr, vers qui j’aimerais très modestement tendre.

Sélection ...
9782070132928.gif
Tonino Benacquista
Prix: CHF 30.00