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Salon du Livre de Paris


Joëlle Brack
14 mars 2008

Le Salon du Livre de Paris crée toujours l’événement, parfois même hors de ses murs ! En choisissant cette année les écrivains israéliens pour hôtes d’honneur, le Salon soulève en effet une vive polémique.


© droits réservés

Israël célèbre avec quelques semaines d’avance son soixantième anniversaire dans les « cours » étrangères, invité d’honneur coup sur coup de deux manifestations importantes, le Salon du Livre de Turin dans quelques semaines, et aujourd’hui celui de Paris. Invitations hélas mal reçues, politiquement très incorrectes pour l’ensemble du monde musulman et des amis de la cause palestinienne, heurtés de voir parader sur les tapis rouges un pays gravement engagé dans une politique contraire aux droits de l’Homme. Brandie avec fougue, l’arme du boycott par les éditeurs du monde arabe crée une tension palpable, alors même que les amoureux du livre se réjouissaient d’un festin culturel auquel la politique donne soudain un goût plutôt mer... Virulent, le débat porte à la fois sur la responsabilité du Salon, et partant de l’État français – c’est au Président de la République qu’il revient de l’inaugurer cette année, aux côtés de son homologue Shimon Peres – sur le lien entre littérature et politique, et sur les effets stratégiques du boycott.

Le sens des responsabilités
Christine Albanel, assez pâle ministre française de la culture jusqu’ici, a cette fois exprimé un avis qui, par son souci même de consensus, replace le sujet dans sa juste perspective, soulignant qu’une manifestation comme celle de la Porte de Versailles est par nature le lieu de la rencontre, de la compréhension, du débat et du dialogue, et que seule la qualité littéraire d’invités internationalement admirés comme Amos Oz ou David Grossman justifiait leur invitation. Pour les organisateurs du Salon de Paris, essentiellement le Syndicat national de l’édition [SNE], une différence paraît essentielle entre la manifestation italienne et celle de Paris : ce n’est pas l’État d’Israël qui est l’hôte d’honneur, mais bien les écrivains israéliens, qui pour la plupart n’ont rien à voir avec la politique, voire appuient des mouvements d’opposition comme La Paix Maintenant. Si certaines positions peuvent être reprochées, elles ne sont considérées que comme personnelles. Et le SNE de renvoyer chacun à ses amalgames, les pro-boycott obtus aussi bien qu’Amos Oz et son affirmation stupidement péremptoire : « Ceux qui appellent au boycott ne s’opposent pas à la politique d’Israël mais à son existence ». Cette position se défend par plusieurs arguments. D’un côté, la censure des écrivains, pour quelque motif que ce soit, n’a jamais passé pour un signe de démocratie, et il est difficile de prendre en otage une poignée d’intellectuels choisis par affinité littéraire pour leur faire porter la responsabilité d’une politique nationale. Certes, comme le souligna Camus, « Nous n’avons pas de responsabilité en tant qu’écrivains, mais en tant qu’hommes, si », cependant le silence des premiers sur certains sujets reflète plus sûrement la mollesse des seconds que de réelles compromissions, et ce n’est pas dans une francophonie où on lit Céline à l’école qu’on pourra affirmer le contraire. D’autre part, le boycott de la littérature pour punir la politique est un procédé pacifique mais qui demande de la rigueur : l’admettre ici devrait entraîner alors celui des auteurs et éditeurs américains à cause de l’occupation de l’Irak, britanniques pour celle l’Ulster, russes et chinois par solidarité avec la Tchétchénie et le Tibet envahis…

Le mur, toujours
Deux erreurs hélas ne s’annulent pas, et le débat sur l’avantage du boycott ne saurait masquer la posture « tête sous le sable » des divers responsables. Car leurs efforts justifiés en faveur d’un dialogue interculturel par le biais inégalable de la littérature est quelque peu mis à mal par les Israéliens eux-mêmes : le poète Aharon Shabtaï, invité, a refusé de participer à une mascarade qui « travestit » la politique en culture, selon son expression, et l’influent éditorialiste culturel du quotidien de Tel-Aviv Haaretz, Benny Ziffer, a appelé lui-même au boycott pour protester contre « l’enrôlement » des écrivains invités comme ambassadeurs de l’État… Nombre de maladresses regrettables ont donc jeté le discrédit sur une opération a priori purement culturelle, la plus manifeste étant que les auteurs israéliens de langue arabe ont été non seulement ignorés, mais spécifiquement éliminés du choix par l’exigence d’écrivains publiant en hébreu, y compris les membres arabes de la délégation comme Sayed Kashua ou le poète druze Naim Araidi. Parce que l’hébreu, véhicule à travers les millénaires des Écritures, est la première – mais non unique - langue nationale, et comme telle seule représentative ? Il est aisé de constater que l’an dernier la sélection était moins stricte, et que les auteurs indiens invités par ce même Salon étaient loin d’incarner cette unité, les innombrables langues nationales de l’Inde représentées étant directement en concurrence avec l’anglais, langue de publication la plus commode… La biologiste et auteur palestinienne Susan Abulhawa, née réfugiée dans un territoire annexé lors de la Guerre des Six jours et qui a passé une partie de sa vie à Jérusalem, s’est récemment insurgée dans une lettre ouverte contre cette ségrégation linguistique, qui - plus grave que le choix de l’invité d’honneur - contribue selon elle à minimiser, voire anéantir la réalité multiethnique et pluriculturelle d’Israël. Grands perdants du débat, les livres payent aujourd’hui comme hier pour la folie des hommes. Mais ils auront pourtant le dernier mot : portés par l’enthousiasme de millions de lecteurs qui placent plus haut la valeur d’un texte que celle du gouvernement qui préside aux destinées de son auteur, ils ignorent les querelles d’intérêts et voyagent sans passeport, se mêlant au hasard des lectures pour faire voisiner des sensibilités divergentes, et forger à leur manière un monde plus ouvert. |

… encore des livres !

Payot-L'Hebdo
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Amos Oz, Editions Gallimard, Du monde entier, Broché, 2008, 131 pages
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2)
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Michal Govrin, Sabine Wespieser, Broché, 2008, 474 pages
Prix : CHF 40.90
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3)
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Etgar Keret, Actes Sud, Lettres hébraïques, Broché, 2008, 253 pages
Prix : CHF 29.30
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Des auteurs…
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David Grossman
Prix: CHF 25.90

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Avraham-B Yehoshua
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Zeruya Shalev
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Aharon Appelfeld
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Benny Barbash
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