|
| ||
Alors que s’annoncent les premières sélections des grands prix littéraires, le Médicis Étranger 2008 a remarqué deux romans suisses, dont un qui a également séduit le Femina !

La célébrité de L’ogre de Chessex dans les chaumières helvétiques a les mêmes raisons que l’aura québécoise de Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet : la littérature francophone non-hexagonale n’a pas souvent ses chances lors des tractations qui préludent à l’attribution des grands prix littéraires, aussi leur Prix Goncourt est-il une telle rareté qu’il perdure dans la mémoire collective de leur pays, défiant les décennies – 1973 pour l’un, 1979 pour l’autre ! - alors que la plupart des lecteurs seraient incapables de citer le lauréat français de l’an dernier … [NB : Alabama Song de Gilles Leroy]. Le lien moins atavique des écrivains suisses avec les grandes maisons d’édition françaises, dont l’hybride constellation ironiquement baptisée « GalliGrasSeuil » trustant les premières places des Prix, leur goût même pour des éditeurs petits mais personnalisés, les disqualifie sans doute bien davantage que la réputation, plus agréable qu’on l’imagine ici, de la littérature suisse à l’étranger. Mais il n’y a pas que le Goncourt dans la vie ! Et les jurés du Prix Médicis sont là pour le rappeler. Leurs débats, qui avaient vu en 1980 émerger seul en tête le Cabinet portrait du Montheysan Jean-Luc Benoziglio [Point Seuil, 2001], ont cette année relevé dès le premier choix deux titres suisses, des traductions qui figurent dans la sélection des quinze candidats au prix Médicis Étranger 2008 : Un garçon parfait de Claude Alain Sulzer [Jacqueline Chambon, 2008] et Melnitz de Charles Lewinsky [Grasset, 2008], également repéré par les jurées du Prix Femina pour leur catégorie Romans étrangers.
Le premier, paru au printemps, a été dès le début soutenu par une critique flatteuse : « Ce premier roman traduit de l'auteur bâlois est un petit bijou. Les allures classiques de l'écriture nous font ressentir l'ambiance feutrée de ces grands établissements qui, juste avant la guerre, n'avait pourtant plus rien d'insouciant » [Diane Villet, Le Temps], « L'intrigue qu'il noue, les sentiments qu'il exalte revêtent une dimension tragique, presque sacrée ; parce que son écriture atteint une espèce d'épure, d'élégance distanciée, qui désarme par avance toute réaction de rejet » [Philippe Chevillet, Les échos] , « Un bijou néoclassique aux coutures impeccables. Un superbe livre à tiroirs, gorgé de secrets et de non-dits » [Alexandre Fillon, Lire], « Le roman de Sulzer contient des moments parfaits, de bonheur, de malheur, de plaisir, de solitude. Il s’intéresse peu à la psychologie des personnages, encore moins à leur morale. Il ne recule pas devant cette interrogation : dans le secret d’une existence effacée, une fois scellé, enterré, tel un déchet nucléaire, l’espoir est-il indestructible ? [Claire Devarrieux, Libération]. Et le public a suivi ! Traduit pour la première fois en français, Claude Alain Sulzer ne pouvait rêver mieux. Charles Lewinsky pour sa part ne bénéficie encore que de bruits de couloirs, son monumental Melnitz n’arrivant que tout juste sur les étalages des libraires francophones ! Mais la parution de la version allemande en 2006, et ce printemps en espagnol sur le marché latino-américain, a fait un bruit considérable, et Grasset, enthousiasmé, n’a pas ménagé ses allusions tentatrices, allant jusqu’à évoquer un « Cent ans de solitude suisse » ! Le nom de Lewinsky, lui, n’évoque sans doute pas la littérature pour les lecteurs romands… Cet écrivain, dramaturge et metteur en scène d’origine allemande mais né à Zurich, qui l’a entièrement adopté – le Prix Schiller décerné en 2000 pour Johannistag sanctionne la chose aussi clairement que le préavis du Contrôle de l’habitant ! – n’avait en effet pas encore été traduit : nul doute que l’écho de Melnitz, un pavé de 800 pages, n’entraîne la correction de cet oubli. Car la saga des Meijer, une famille de commerçants juifs alsaciens émigrés en Suisse en 1871 et qui s’intègrent à leur pays d’adoption jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, est aussi originale littérairement qu’éblouissante sur le plan stylistique. À l’abri sur leur « île » pacifique et prospère, mais malmenés par les soubresauts amortis de l’Histoire du XXe siècle, quatre générations aux sensibilités variées croiseront, entre Aar et Limmatt, leurs destins sous les auspices d’un mythique Oncle Melnitz…
Si cette année les collégiens romands n’ont pas été conviés à participer au marathon de lecture qu’est l’original et recherché Goncourt des Lycéens [ce sont, Europe de la Méditerranée et année Champlain obligent, des classes de Casablanca et de Montréal qui concourront], la Suisse littéraire grâce au Femina et au… « Médisuisse » Étrangers n’est donc pas mise à l’écart pour cette Rentrée littéraire, à laquelle elle offre par ailleurs une douzaine de titres qui ne passeront pas inaperçus, de Robert Walser [Morceaux de prose, Zoé] à Pascal Mercier [L’accordeur de pianos, Maren Sell] et de Nicolas Couchepin [La théorie du papillon, Infolio] à Hugo Loetscher [Le monde des miracles, En Bas] en passant par Dominique de Rivaz [Douchinka, L’Aire] et Robert Pagani [Mon roi, mon amour, Table Ronde]. Preuve supplémentaire qu’avec son nouveau label Suisse identifiant, payot.ch tombe à pic pour ceux qui ont de la Suisse dans les idées ! I

| 1) |
Jean-Luc Benoziglio, Seuil, Poche, 2002
Prix : CHF 11.20
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 2) |
Jacques Chessex, Grasset & Fasquelle, Les cahiers rouges, Poche, 2003, 208 pages
Prix : CHF 14.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Antonine Maillet, Grasset & Fasquelle, Les cahiers rouges, Poche, 2002, 307 pages
Prix : CHF 18.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|

| 4) |
Gilles Leroy, Mercure de France, Broché, 2007, 189 pages
Prix : CHF 25.40
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|