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Humerose, Le pré levé du sol


Claudia Mélin
03 juillet 2006

Du 3 au 31 Juillet, pour la première fois, les vingt-quatre porte-drapeaux - habituellement réservés à un accrochage officiel - du Pont du Mont Blanc de Genève seront habillés par un artiste photographe d’art, Alan Humerose. Les deux librairies de Payot, situées à chaque extrémité du pont, s’associent à cet événement exceptionnel par la publication d’un portfolio de luxe à tirage limité ainsi que l’exposition et la vente de quatorze photographies de l’artiste !

« Le ciel selon les prévisions, commençait à se couvrir, mais nonchalamment. Quand un orage se fomente, le jour ne sait plus s’il est un vestige du soleil ou l’annonce de l’éclair. Il est tout à la fois éclat d’un trésor passé et lueur d’un effroi à venir. Je m’assis, la lumière se fit. À côté de cet œil, dent-de-lion passée, un bleuet s’était mis, lui aussi, à jouer du mascara et louchait sur moi ». Ainsi se confie Alan Humerose dans la préface de L’Herbier Humerose, confidence livrée la tête en l’air et les yeux rivés par terre, comme inondée de lumière dans ce pré d’une nostalgie orageuse.

De ces images qui se détachent sur le papier ou sur la toile de nos regards, s’échappent des impressions d’été, de nuits vagabondes, d’abandons solitaires livrés à nous-mêmes pour une promenade aux heures perdues… « Le printemps était plutôt morose […] mon père avait fini de perdre interminablement la mémoire… », lorsque le photographe s’en va pour une ballade sans autre but que de laisser filer ses pensées au rythme de ses pas. Mais voilà, il n’est pas seul. Cette impression, diffuse tout d’abord, a les couleurs de celles qui l’abordent, à peine tapissées dans l’herbe, et qui s’amusent de son égarement passager. Ces sylfides figures habillées de bleue d’azur, de rose pourpré, de rouge, sanguines, de jaune crocodile, aux accents latins, étrangères ancrées en terre sont autant d’ Anthyllis vulneraria L, de Bellis perrennis L., de Capsella bursa-pastoris, d’Echium vulgare L., de Geum rivale L., de Salvia pratensis L., de Trifolium pratense L. ssp. ou d’Orientalis Veronica persica Poiret. Toutes belles d’un jour, persanes enchanteresses, belliqueuses rageuses, sages orientales, rivalisent pour l’attirer à elles, captiver son regard, épouser ses humeurs, suggérer sans trop se dévoiler à la lumière vive du jour, jouant des pénombres et de leurs voiles aux verts tendres. 

Flore des champs, herbier de notre enfance, Humerose transporte la terre au ciel. À sa suite, le nez dans le vent, détaché de nos regards terre à terre, il faut aller traîner ses guêtres sur le Pont du Mont Blanc genevois pour revoir les images des belles, ravies aux prés de nos campagnes, investir par magie le pavement de notre décor urbain. Elles ont là quelque chose de hiératique, juchées sur leurs épis de fer, livrées au regard des passants, tentant de les émouvoir, comme Humerose un peu plus tôt, alors qu’à nouveau elles se dérobent, capricieuses, jouant dans la brise et d’autres lumières que celles qui les avaient révélées. Humerose est un photographe au nom parfumé qui s’amuse de la séquence. Sa série Les suites, entreprise depuis 1985, a ceci de cinématographique qu’elle en devient vivante. De lui-même l’œil reconstruit le temps, le fragment manquant, celui qui a échappé à l’impression photographique. L’image fixe, née de la précédente, enchaînée à la suivante, n’existe plus en tant que telle, elle n’a de sens que dans son altérité, le rapport fragile qui la rattache aux autres. À la vue de ces images de fleurs suspendues dans les airs de nos souvenirs, comment ne pas raviver les fragments de nos mémoires fleuries, celles d’autres âges, celles de ces impressions qui nous rappellent un parfum, un soir, l’odeur de la terre après la pluie, celle de l’herbe après qu’on l’a tondue, des fleurs fraîchement coupées, celles des feuilles d’automnes, de la mousse odorante de la pénombre de sa forêt ?

C’est de la rencontre de Alan Humerose et Pascal Vandenberghe, Directeur général de Payot, au dernier Salon du livre de Genève, en avril dernier, qu’est née l’idée de recréer un mois durant, dans les deux librairies de Genève, situées à chaque bout du Pont de Genève, ces impressions florales. Quatorze photographies sont ainsi exposées et proposées [sur commande] à la vente ainsi qu’un portfolio de luxe, dont le tirage numéroté a été limité à deux cents exemplaires signés, qui a été spécialement conçu et publié pour l’occasion. Ainsi aurez-vous à loisir, une fois revenu chez vous, le plaisir joyeux de revoir et mobiliser les essences de ces belles, drapées dans vos souvenirs genevois…


SERIE. L'Herbier Humerose, octobre 2005


« J'étais plutôt morose dans ce printemps-là. [...] Je me levai ainsi, songeant aux riens qui pèsent jour et nuit, aux rêves qui posent en seigneurs [...]. Je me levai, le moral à ras les pâquerettes, et les lunettes bien rayées par les poussières de la mélancolie, et je me promenai dans les prés autour de ma maison, "les poings dans mes poches" un peu "crevées", quand au fracas silencieux de mes neurones se mêla l'étrange impression d'être observé. [...] Je repiquai du nez vers le sol, un peu par habitude - j'aime voir le socle de ma tête en l'air - beaucoup par fatigue, je l'ai dit [...].  Et c'est ainsi, parmi les herbes sans noms, que je démasquai la pupille maligne, son iris clair et fragile mêlé au sang agité des pavots... » Alan Humerose

SÉRIE. Suites, 1985-2005

Catia Gavotte


Les Suites se présentent comme des ensembles de photographies de petits formats, disposées en grilles régulières et formant ainsi un panneau, plus précisément une planche comme pourrait en établir un entomologue, ou encore un archéologue. Ces planches constituent des boîtes-vitrines d’un mètre carré [1 m2]. Le nombre de photographies à l’intérieur varie de trois à plus de cinquante, et chacune de ces planches aborde un thème et un genre photographique particulier. Sans début ni fin, sans aucune volonté narrative ou anecdotique, ces pages choisies, comme sorties d’un cabinet de curiosité, montrent des lueurs qui se cherchent.

Sous l'eau


La reconnaissance des objets, des scènes ou des êtres laisse place à une apparition de choses entrevues, connues, mais plus tout à fait nommable ni rassurante : « J'utilise la photographie pour regarder les ténèbres. apparaissent alors des choses qui n'ont pas encore de nom, ou déjà presque plus, des lueurs délestées de toutes "inutiles physionomies". [...] Il faudrait regarder mes photographies comme on souffle sur des braises quand on veut de la lumière. la lumière des braises se regarde, n'éclaire rien du tout. La grande lumière, elle éblouit et montre. Il y a juste un moment, quand on attise, dans ce face à face serré avec la lumière naissante, où l'on peut voir et être ébloui en même temps, irradié. [...] On se trouve alors au seuil de l'invisible, entre la vue et la vision. » Alan Humerose
PORTFOLIO HUMEROSE
Ce portfolio, intitulé Le Pont fleurit, une exclusivité Payot, en tirage limité à 200 exemplaires, tous numérotés et signés, est vendu au prix unitaire de CHF 300.-. Pour tout achat du portfolio ou d'une des photographies exposées dans nos librairies genevoises, vous pourrez bénéficier d'une remise de 20% sur L'Herbier Humerose !
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L'Herbier Humerose
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Alan Humerose, Joëlle Magnin-Gonze
Prix: CHF 50.00