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Après de nombreux reports, Gallimard publie enfin la correspondance de Céline dans «La Pléiade». Applaudissements et grincements de dents.

Certains ouvrages, Arlésiennes de l’édition, voient leur publication plusieurs fois différée sans que la cause en soit toujours évidente, les querelles de droits y faisant jeu égal avec les remaniements de priorités éditoriales, les portes claquées ou les problèmes de trésorerie, voire les décès prématurés. Les raisons du report en ce qui concerne la correspondance de Louis-Ferdinand Céline [1894-1961] furent, elles, sinon évoquées, du moins imaginables : la difficulté de la sélection et des options de mise en perspective, les ayants droit échaudés, les prévisibles critiques auxquelles ne pas prêter le flanc, le risque d’une autocensure inconsciente, le difficile travail de gérer structures et appareil critique pour un auteur qui se manipule comme une grenade dégoupillée… entre autres ! Mais tout finit par arriver, même ce qui est vraiment souhaité, et Gallimard peut enfin confier à «La Pléiade» son Choix de lettres de Céline et de quelques correspondants [1907-1961]. À ceux qu’indignerait la présence du sulfureux postillonneur antisémite dans l’auguste Bibliothèque, on ne peut que rappeler qu’il est un peu tard : c’est là le cinquième tome de l’écrivain dans cette prestigieuse collection, qui présente ainsi la quasi-intégralité de l’œuvre, les trois fameux pamphlets qui lui valurent l’indignité nationale étant exclus de réédition de par la volonté de l’auteur puis de ses héritiers.
Il valait la peine d’attendre : ces deux mille pages sont remplies à ras bord de centaines de lettres peu connues ou tout à fait inédites, rassemblées et organisées sous la houlette d’Henri Godard, professeur à la Sorbonne et spécialiste des écrivains français du XXe siècle. Abondance peu surprenante si l’on considère la place essentielle qu’occupe la lettre dans la structure narrative du romancier ! Le parti pris chronologique, outre la simple facilité à s’y retrouver, atteint un double objectif de biographie et de critique littéraire, révélant à la fois la jeunesse de Céline, moins connue, l’évolution de certains de ses thèmes, et la naissance puis la maturation d’un style unique en son genre. Il n’est pas courant qu’une correspondance soit documentée dès la verte adolescence de son auteur, et hors une carte de vœux ou un petit poème de circonstance on n’en trouve généralement pas trace. Pour ce volume, il semblait au contraire indispensable d’ouvrir le dossier par des missives de 1907, alors que le jeune Destouches, fils de petits commerçants parisiens, est en pension puis en stage en Allemagne : si son style est encore des plus banals, sa non-répulsion pour ce que peut signifier le terrible voisin germanique en reçoit son petit éclairage. De retour, le jeune homme s’engage volontairement à 18 ans : ses lettres du front, dès 1914, diront à la fois sa déception horrifiée devant la grande boucherie, et son goût de l’aventure, inattendu lorsqu’on pense au petit bonhomme aigri de la fin. Audacieux, il part ensuite pour l’Afrique où il trafique matières premières et ivoire, avant de rejoindre la norme en entamant en France ses études de médecine : sa thèse, consacrée au médecin hongrois Semmelweiss, sera également son premier ouvrage littéraire – la machine est lancée ! En 1932, le Dr Destouches signe «Céline» son premier roman, Voyage au bout de la nuit, qui manque le prix Goncourt [mais pas le Renaudot] et ancre sa paranoïa.
Pacifiste par expérience de la guerre, libertaire d’abord révolté contre les abus du capitalisme – il a vu les terribles usines Ford à Detroit – comme du communisme, dont il a tâté à Moscou, ou du colonialisme, vécu au Cameroun, l’homme dans les années 1930 transmute en écrivain, mais se retourne comme un gant : donnant tout à la liberté dans l’écriture, inventive, violente, audacieuse, qui produit des chefs-d’œuvre comme Mort à crédit, Nord ou Guignol’s Band, il régresse au contraire vers la plus veule rancœur envers le genre humain et son bouc émissaire typique de l’époque, la « juiverie ». Mais, qu’il fasse exploser des paragraphes d’anthologie en éructations flamboyantes, s’adresse d’égal à égal aux plus grands noms de la littérature, déblatère à longueur de lettres de dénonciation antisémites ou pleurniche avec ingratitude sur son sort d’exilé au Danemark [où l’épuration le rattrapera en 1950, mais avec une certaine mansuétude quoi qu’il en ait], c’est toujours « du Céline ». Stylistiquement fascinant, personnellement infréquentable – mais comment dissocier l’homme de l’écrivain ? L’entreprise, hasardeuse pour beaucoup, semble impossible avec lui, et ce n’est pas le moindre mérite de cette remarquable présentation épistolaire que de renvoyer Céline à Céline pour s’expliquer, et le lecteur aux deux faces inséparables de cette drôle de médaille pour comprendre, si possible, comment et pourquoi un tel énergumène est devenu l’un des auteurs majeurs du XXe siècle, honni par la République mais lu dans les collèges.
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Louis-Ferdinand Céline, Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Cuir, 2009, 2029 pages
Prix : CHF 106.90
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 1) |
Louis-Ferdinand Céline, Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Relié, 2000, 1582 pages
Prix : CHF 92.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 2) |
Louis-Ferdinand Céline, Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Cuir, 1974, 1272 pages
Prix : CHF 85.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Louis-Ferdinand Céline, Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Cuir, 1988, 1237 pages
Prix : CHF 91.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 4) |
Louis-Ferdinand Céline, Editions Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, Cuir, 1993, 1598 pages
Prix : CHF 120.40
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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