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De superbes planches originales, exposées sur le stand Payot au Salon du Livre, offrent l’occasion de rencontrer l’auteur et illustrateur jeunesse allemand Wolf Erlbruch.

Lorsqu’on l’interroge sur sa technique, Wolf Erlbruch répond le plus naturellement du monde : « J’utilise des crayons de couleur sur du papier ancien récupéré, le dessin se combinant à des gravures sur bois des 16e et 18e siècles que je découpe et colle ». Comme s’il était normal d’attaquer au cutter des livres qui feraient courir les collectionneurs… Mais pour lui, rien d’extraordinaire : les jeunes lecteurs ne méritent-ils pas le grain du papier, la qualité des planches, le coup d’œil incomparable offert par un illustrateur dont la vision a parcouru les siècles, originale et désuète à la fois ? Cette approche résume l’attitude d’Erlbruch par rapport aux ouvrages pour enfants, dont l’esprit parle très directement à l’imaginaire enfantin sans que l’auteur et/ou illustrateur ne cède d’un pouce à la mièvrerie ou à la convention. Forts sans aucune violence, poétiques ou oniriques hors de toute allusion féerique, impertinents, parfois dérangeants pour les adultes mais adoptés avec enthousiasme par les plus jeunes, qui se retrouvent dans ses façons sans détour de parler clair en préservant les sentiments, ses albums remportent à chaque fois l’adhésion du jeune public – ainsi, accessoirement, que divers prix et distinctions !
Si tout le monde ou presque connaît les mésaventures drôlatiques de La petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête [Milan, 2008], la venue de Wolf Erlbruch au Salon du Livre de Genève est l’occasion de découvrir les nombreuses facettes de cet illustrateur allemand venu du monde de l’affiche et de la publicité, cultivé et audacieux, qui donne aux enfants d’Internet le goût de livres… en vieux papier recyclé ! Aux cimaises du Forum sur le stand Payot, les vingt-quatre planches originales de l’album Le canard, la mort et la tulipe, récemment publié par les Éditions La Joie de Lire, restituent grandeur nature l’ambiance mélancolique et poignante de ce conte philosophique, qui traite avec délicatesse d’un thème encore tabou. Mais aussi, à travers de nombreux titres, de faire la connaissance de Dix petits harengs fugueurs qui ne savent pas compter sur leurs doigts, ou des Cinq affreux, plutôt mal cotés au hit parades des animaux de compagnie mais qui ont plus d’une gentillesse dans leur sac !
Trois questions à…
Présent au Salon du Livre de Genève pour l’exposition des planches originales de Le canard, la mort et la tulipe, Wolf Erlbruch parle volontiers de cet ouvrage singulier et attachant.
- Pourquoi parler de la mort aux enfants ? Et quelles influences pour un tel récit ?
- Je pense qu’on ne devrait pas parler de la mort aux enfants avant qu’ils ne posent eux-mêmes des questions, par exemple lorsqu’une personne de leur entourage disparaît, ou s’ils trouvent un oiseau mort : mais alors il faut dès ce moment leur en parler ouvertement. Tout en ne leur cachant pas qu’on n’en sait pas beaucoup… Sinon que la mort a sa propre manière de se manifester, tout comme la naissance a la sienne ! Les dessins devaient être simples, je voulais éviter toute interférence narrative pour ne pas diluer l’impact, la mise en scène des trois protagonistes – car la tulipe est bel et bien un personnage aussi ! Le fait que le graphisme évoque une sorte de danse macabre n’était pas un objectif au départ, c’est plutôt la suite naturelle de cette façon d’aborder le sujet.
- Pourquoi un canard, pourquoi une tulipe ?
- C’est le hasard ! En 1996 j’avais peint pour une amie un marque-pages sur lequel on voyait un canard, une Faucheuse et une grosse tulipe. La combinaison de ces trois éléments m’a plu, ils avaient ensemble une certaine interaction. Des années plus tard, ils me sont revenus à l’esprit, et j’ai pensé alors faire quelque chose avec eux : ce livre en est le résultat ! La tulipe est un symbole ancien de la fugacité de la vie, on en voit dans les « vanités » [tableaux représentant les luxes éphémères]. Le bon canard, lui, n’a pas cette signification.
- Pourquoi a-t-il l’air en bois, et ne devient-il « mou » qu’après sa mort ?
- Ça, c’est une allusion à une citation tirée du fameux Nouvel Abécédaire pour les enfants [1791]de Karl-Philip Moritz, un pédagogue allemand des Lumières, mort lui-même assez jeune : « La mort rend souples la main et le pied… »
- Pourquoi avez-vous choisi de montrer la Mort habillée comme une petite fille du XIXe siècle ?
- C’est m’attribuer une conception dont il y a, en fait, bien des exemples dans la peinture ! Je connais cette juxtaposition sous divers aspects, et je retrouve ces vêtements par exemple chez les vieilles paysannes de ma province – mais pourquoi ne pas les voir comme des vêtements de fillette ? L’Amour, de la même façon, peut être alors une jeune fille de quatre-vingts ans ! |
- Forum Payot - L’Illustré avec Wolf Erlbruch : Vendredi 2 mai à 17h00
- Dédicace Wolf Erlbruch sur le stand Payot : Vendredi 2 mai dès 18h00, samedi 3 mai dès 15h00, dimanche 4 mai dès 10h00