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Ingrid Betancourt et Benazir Bhutto, deux voix de femmes


Joëlle Brack
11 janvier 2008

L’actualité du livre produit souvent d’étranges télescopages : ainsi paraissent simultanément les témoignages de deux femmes politiques qui font la une, Ingrid Betancourt et Benazir Bhutto.


© Droits réservés
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Aussi opposés qu’il est possible, Lettres à maman par-delà l’enfer d’Ingrid Betancourt et ses enfants, et Fille de l’Orient, 1957-2007 : une vie pour la démocratie de Benazir Bhutto sont en effet parus le même jour, alors que leur auteur et tragique héroïne font la une de l’actualité. Pensés, vécus, écrits dans des conditions radicalement différentes, ces deux textes dessinent en creux le portrait de femmes et de personnalités politiques hors du commun.

L’exercice du pouvoir
Paru initialement en 1989 chez Stock pour sa version française, Fille de l’Orient bénéficie aujourd’hui d’un double regain d’intérêt. Le premier, prévisible mais malgré tout inattendu, est évidemment l’assassinat de Benazir Bhutto le 27 décembre dernier, dernier épisode d’une sanglante saga familiale entamée il y près de trente ans par la pendaison de son père, le Premier ministre Zulfikar Ali Bhutto, et qui s’est poursuivi par la mort violente de ses deux frères. La fin spectaculaire de la candidate du Parti du Peuple Pakistanais aux prochaines élections n’est cependant pas la seule raison d’un retour à cet essai autobiographique, que Benazir Bhutto avait souhaité elle-même compléter à la lumière de ses mandats de Premier ministre. C’est donc à trois nouveaux chapitres et un épilogue différent que donne accès cette version rénovée de Fille de l’Orient, dont la publication chez Héloïse d’Ormesson s’est vue précipitée par les événements. Courageuse et déterminée, sinon autoritaire, Benazir [qui signifie « l’exceptionnelle »] construit sous nos yeux, au coup par coup et même contre l’évidence, sa vie de politicienne, première femme chef de gouvernement en pays musulman, et sa très secondaire vie privée - et l’exercice, malgré ses défauts, incite à une certaine admiration. Agaçant ou partial par certains côtés, son témoignage est aussi une réflexion de l’intérieur, simple mais claire, sur les errements du Pakistan, ainsi que de ses alliés américain et britannique, dans la gestion de la guerre en Afghanistan et surtout des rapports avec les combattants islamistes. Sous la plume scandalisée de cette démocrate, c’est la montée en puissance de Ben Laden et des mouvements islamistes qui se dessine, et la lutte complaisamment soutenue contre l’envahisseur soviétique qui se mue finalement en instauration de la théocratie et du terrorisme banalisé. S’il peut sembler regrettable que le récit de Benazir Bhutto esquive toute autocritique, sa synthèse d’événements malaisément accessibles aux Occidentaux est à saluer, d’autant que, comme elle le relève, ils sont davantage même que les Pakistanais destinés à en subir longtemps encore les conséquences.

Espoir sans espoir
Tout autre est la raison d’être de Lettres à maman par-delà l’enfer. Saisies sur des membres des FARC arrêtés le 29 novembre 2007, une vidéo et une lettre manuscrite de douze pages prouvent que la députée écologiste franco-colombienne, otage depuis février 2002, est vivante. D’une vie physique bien ténue au vu des images tremblotantes, mais d’une vie de l’esprit remarquable de force et d’élégance comme en témoigne chaque mot de la première lettre, adressée à sa mère qui, chaque jour à l’aube, sur un canal de radio crachotant, lui adresse des messages d’encouragement. Prévue par ses ravisseurs comme une de ces simples « preuves d’existence » propres à narguer les négociateurs et les proches meurtris, la triste missive [Mamita, je suis fatiguée de souffrir… Je vais mal physiquement, je ne mange plus, je n’ai envie de rien… La présence d’une femme au milieu d’hommes qui sont prisonniers depuis huit ou dix ans est un problème…] s’illumine rapidement d’un superbe message d’amour, de sagesse et de reconnaissance pour les trésors de sa vie que sont ses enfants, sa famille et son pays. Sans s’apitoyer sur son sort, Ingrid Betancourt cisèle avec une élégante simplicité ses sentiments les plus intimes et trouve moyen, dans sa prison sans espoir, d’exprimer joie, bonheur, fierté, soutien, miséricorde. Un message qui a, miraculeusement, atteint ses deux enfants, Mélanie et Lorenzo, et leur a dicté une réponse elle aussi bouleversante. À la fois électrisés par la certitude que leur maman survivait, et révoltés par les arguties politiques qui empêchent toute solution, les deux adolescents crient leur impatience et leur fol espoir : « Il y aura encore pour toi des livres, des rires et de la légèreté ! » Une explosion de vitalité qui fait ressortir hélas à quel point la lettre d’Ingrid Betancourt sonne comme un testament… |

• « Fille de l’Orient, 1957-2007 : Une vie pour la démocratie » , Benazir Bhutto, Ed. Héloïse d’Ormesson, 2008, 624 pages, Fr. 52.90, [Code EAN : 9782350870779] – prochainement disponible


1)
9782020977739.gif
Ingrid Betancourt, Seuil, Broché, 2008, 61 pages
Prix : CHF 11.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

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